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Devenir lièvre de fin de course



 

Inutile de regarder le règlement de la FFA dans le détail, mais je suppose que cette pratique doit être rigoureusement interdite. Mais honnêtement, dans la mesure où on ne finit pas dans les 10 premiers ce n’est pas bien important.

Techniquement un lièvre doit effectivement partir en même temps que les athlètes qui veulent battre un record. On les voit souvent sur les grands marathons ou dans les meeting d’athlétisme lors des tentatives de record.

Sur le marathon de Berlin et à chaque record depuis des années, les lièvres ont permis de lancer la course, de maintenir un rythme pendant une grande partie de la distance et ensuite de s’effacer pour laisser la course reprendre un cours normal.

En général, ces athlètes sont rémunérés pour effectuer une certaine distance à un chronomètre donné.

Chez les coureurs amateurs, la pratique est assez courante. Certains courent à deux et l’un de deux à un niveau supérieur, il est chargé de maintenir le rythme tout au long de l’épreuve et faire en sorte que son partenaire. Dans l’idée c’est ce que font les meneurs d’allure.

Il y a quelques semaines, j’étais à Tokyo pour le marathon. J’aurais aimé le courir mais je n’ai pas réussi à avoir le précieux dossard. En effet au Japon, le marathon est une religion. Il y a beaucoup d’excellents marathoniens japonais et il y a 10 fois plus de demandes que de dossards.

Une amie qui le court me demande de l’accompagner sur les derniers kilomètres pour l’aider à tenir le rythme jusqu’au bout. J’accepte spontanément car je dois courir pour la préparation du marathon de Paris. Elle me donne son rythme et je devrais pouvoir le tenir sur 10-12 km sans souci.

En réfléchissant, je me mets un peu la pression c’est beaucoup de responsabilités de tenir un rythme correct. Si je ne suis pas la bonne allure, je risque d’entrainer dans un faux rythme et lui faire rater son objectif. Dans le doute, je fais deux sorties équivalentes pour bien mémoriser le rythme prévu.

Le jour J

Mauvaises nouvelles, alors qu’il faisait un temps magnifique la veille, la pluie et le vent sont bien présents. Nous nous sommes donnés rendez-vous après le ravitaillement du 30ème kilomètre. Je me rend à l’arrivée pour voir les premiers coureurs et je surveille le suivi en ligne pour voir les temps de passage. Elle est dans le timing c’est pas parfait. Je calcule la fourchette de passage à notre point de rendez-vous. Je suis un peu inquiet, il y a pas mal de bénévoles et on peut difficilement passer par dessus les barrières… En arrivant près du stand d’eau, je vois qu’il y a des toilettes sur le côté et il y a donc un passage, je m’approche du bord pour regarder passer les coureurs. Une bénévole japonais me demande gentiment de me reculer. Je tente alors un coup de poker, je sors une accréditation que j’ai eu pour la ligne d’arrivée et miracle il me laisse passer.

Je commence à observer les coureurs et je remarque qu’un grand nombre d’entre eux portent une veste coupe-vent par dessus leurs dossards pour se protéger de la pluie. Le dossard n’est donc pas visible. Je me dis que si j’arrive à démarrer je pourrais sans doute aller au bout sans être rattraper par un bénévole qui ne veut pas que je gêne les coureurs (et c’est bien légitime).

Mon amie arrive dans un timing parfait, j’ai le temps d’anticiper et je me lance avec les autres coureurs. Elle est concentrée et je sens que cela va le faire, elle va battre son record. Je me mets tout de suite dans le rythme et je surveille régulièrement ma montre.

Le GPS est un peu capricieux car nous sommes au milieu de grands buildings et la réception n’est pas optimale, l’allure n’est pas stable mais je sens bien le rythme.

Je surveille mes temps à chaque kilomètre et on est vraiment dans le bon rythme. Je suis légèrement devant elle et je surveille régulièrement pour m’assurer qu’elle suit bien.

Le parcours à cet endroit est un long aller-retour, il va falloir gérer le virage en épingle. Les kilomètres défilent et on est toujours dans le bon rythme. Je vois les gros chronomètres et je suis de plus en plus confiant.

Aux environs du 37ème kilomètre, je sens qu’il y a un petit coup de mou. Elle grimace un peu, je ne me pose pas de questions, je garde le rythme et je me retourne à plusieurs reprises. Au début, je prend un peu le large mais je vois qu’elle revient tout de suite. On approche de la fin, je lui donne quelques infos et je l’encourage, c’est pas le moment de lâcher.

On passe la ligne d’arrivée après un dernier kilomètre plutôt bien rythmé et elle réalise son objectif et bat son record. Le tout dans des conditions météorologiques plutôt difficiles.

Une expérience intéressante pour apprendre à caler et c’est très grisant de passer la ligne d’arrivée d’un grand marathon en ayant fait un quart du parcours, on profite un peu plus du moment même si l’émotion n’est pas du tout la même.

5 commentaires sur “Devenir lièvre de fin de course”


Posté par MarieNo Le 21 mars 2019 à 16:21

Bonjour,
expérience intéressante et voilà ce qu’il me faudrait pour ne pas flancher les dix derniers kilomètres. A condition d’en avoir encore sous la semelle, ce qui n’est pas le cas forcément à chaque fois 🙂

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Posté par Mccrv Le 3 avril 2019 à 7:53

Bonjour,
Personnellement je ne suis pas pour les coureurs qui s’incrustent dans les courses, même si c’est pour accompagner un ami. Il y a déjà trop de monde.
Pour la première fois, il est possible de faire officiellement lièvre de fin de course sur les 10 derniers km d’un marathon : celui de Sénart que je recommande d’ailleurs.
Sportivement

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Posté par jhgfd Le 20 avril 2019 à 13:42

Encore un comportement égoïste et nombriliste: moi et mes petits copains…
Imaginez si la moitié des coureur se comporte comme votre amie en faisant rentrer un lièvre à mi-course.
LAMENTABLE!

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Posté par Manu Le 25 avril 2019 à 7:48

Mccrv et jhgfd : je comprend tout à fait vos arguments mais je ne pense avoir gêner personne.
Je pense que ce phénomène est plus courant que vous ne le pensez.

A San Francisco en 2011, j’ai déjà participé à la course « Bay to breakers » (une course historique qui existe depuis 1912). Tout le monde n’a pas de dossard et on estime qu’il y autant de participants avec dossard que de coureurs sans dossard.

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Posté par Benoit Le 7 mai 2019 à 13:03

Anecdote sympa 🙂
Ca me rappelle mon expérience (un peu…).
Après mon 1er marathon (dur, 5h40) en 2017, effectué à Prague avec mes deux meilleurs amis, j’étais parti sur de bonnes bases d’entrainement en 2018 (objectif: 2h sur semi; 4h30 sur marathon) avant d’être « foudroyé » par ce satané syndrome de la bandelette ilio-tibiale.
Contraint à l’abandon au 12e kilo du semi 2018 (alors que je suivais facilement le pacemaker 2h), j’ai dû renoncer à courir le marathon. Alors que, à l’origine, mes deux amis s’étaient inscrits au relais « 1+1 » (le 1er coure les 21 premiers kms, l’autre les 21 derniers) afin de pouvoir être mes « lièvres », c’est moi qui suis devenu le leur, grâce au parcours sinueux de Prague qui repasse à divers endroits plusieurs fois (j’y habite, aucun problème pour me diriger facilement dans la ville :D).
Avec mon dossard valide (puisque je m’y étais inscrit avant la blessure), j’ai pu les accompagner au départ, entre le 10e et 14e km (pour le premier) avant de récupérer le 2e entre le 30e et 32e et à 1,5kms de la ligne pour l’encourager jusqu’au bout. Résultat des courses: un beau soutien moral pour eux (leur témoignage, pas le mien) leur ayant permis de courir chacun leur semi en 1h45 et une belle expérience partagée à trois.
Ayant passé la ligne, j’ai eu droit à une médaille mais, contrairement à celle de 2017, je me refuse à l’exhiber et elle dort dans un carton…

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