Il y a des courses que l’on prépare pendant quelques semaines ou quelques mois. Et puis il y a des projets qui vous accompagnent pendant une partie de votre vie de coureur.
Pour moi, celui des World Marathon Majors a commencé en 2019, presque sans que je sache encore réellement où il allait me mener.
Cette année-là, je prenais le départ du marathon de New York. Mon premier Major. Une course exceptionnelle, une ambiance difficile à décrire tant qu’on ne l’a pas vécue et, quelque part, le début d’une collection.
Car derrière les six marathons historiques de New York, Berlin, Londres, Chicago, Tokyo et Boston se cache une récompense particulière : la Six Star Medal, remise aux coureurs ayant terminé ces six épreuves.
J’avais d’ailleurs consacré en 2019 un article à cette médaille des World Marathon Majors. À l’époque, j’en étais encore très loin.
Aujourd’hui, cinq étoiles sont acquises.
Et, après presque dix ans, je sais enfin où et quand j’irai chercher la sixième.
Ce sera à Boston.
2019 : tout commence à New York
Quand je repense à cette aventure, je reviens forcément à New York en 2019.
Il y avait bien sûr le marathon. Mais il y avait aussi tout ce qui accompagne ce genre de voyage : les mois de préparation, l’arrivée dans une ville que l’on connaît déjà presque par les images, l’attente avant le départ, le pont Verrazzano, Manhattan, Central Park…
New York a quelque chose de particulier pour un marathonien. Mais ce premier Major a aussi une importance beaucoup plus personnelle dans mon histoire. Je l’avais couru avec un ami.

À ce moment-là, l’idée de compléter un jour les six World Marathon Majors était déjà présente. C’était le genre de projet que l’on évoque entre coureurs : faire Berlin, Londres, Chicago, Tokyo et, évidemment, Boston.
Sur le papier, cela semble presque simple.
Six marathons.
Dans la réalité, c’est une autre histoire.
Le plus difficile n’est pas toujours de courir 42,195 km
Quand on parle des World Marathon Majors, on pense naturellement à la difficulté de préparer et de terminer six marathons. Mais pour un coureur amateur comme moi, avec des chronos tout à fait ordinaires, il existe une autre difficulté : obtenir les dossards.
Ces courses font partie des marathons les plus prestigieux et les plus demandés au monde. Pour certaines, les inscriptions ressemblent davantage à une loterie qu’à une inscription traditionnelle. On candidate. On attend. Et, souvent, on reçoit un refus. Il faut alors recommencer l’année suivante. Et encore l’année suivante.
Cela fait partie du jeu, mais cela transforme complètement la nature du défi. On ne peut pas réellement établir un calendrier en décidant que l’on fera telle course telle année et la suivante l’année d’après. Il faut profiter des opportunités lorsqu’elles se présentent. C’est exactement ce que j’ai fait.
Berlin, Londres, Chicago, Tokyo : les étoiles s’ajoutent peu à peu
Après New York en 2019, il aura fallu attendre 2021 pour Berlin. Puis Londres en octobre 2022. La particularité de cette édition c’est que c’est le seul marathon de Londres qui se sera couru en octobre à cause du covid (car il est habituellement couru en avril).
Deux nouvelles étoiles et le sentiment que ce projet, commencé quelques années auparavant, avançait réellement. En 2024, direction Chicago pour le quatrième Major. Puis, en 2026, Tokyo.
Tokyo était déjà une étape importante car obtenir un dossard n’avait rien d’évident. Comme pour Boston, j’avais multiplié les tentatives et les tirages au sort. Lorsque j’ai franchi la ligne d’arrivée à Tokyo, le compteur affichait donc :
New York. Berlin. Londres. Chicago. Tokyo : Cinq étoiles. Il n’en restait plus qu’une. Et évidemment, c’était Boston.

Boston aurait dû être couru en 2020
Il y a une certaine ironie dans cette histoire, parce que Boston aurait normalement dû arriver beaucoup plus tôt.
J’avais un dossard pour le marathon de Boston 2020.
Pour quelqu’un qui ne possède pas les chronos permettant d’obtenir facilement une qualification sur le temps, avoir ce dossard représentait déjà énormément.Le marathon devait avoir lieu en avril. Puis le Covid est arrivé.
La course a d’abord été repoussée avant que l’édition physique soit finalement annulée. Contrairement à de nombreuses courses qui ont permis de reporter les inscriptions sur une édition ultérieure, mon précieux dossard pour Boston n’allait pas simplement m’attendre l’année suivante.
Il faudrait recommencer. À l’époque, il était évidemment impossible de savoir que cette sixième étoile allait encore me demander plusieurs années.
Des dizaines de tentatives pour Tokyo et Boston
Ces dernières années, deux courses concentraient donc une grande partie de mes efforts : Tokyo et Boston.
Ce sont aussi deux des Majors pour lesquels décrocher un dossard peut être particulièrement compliqué lorsque l’on ne dispose pas d’un temps qualificatif. J’ai donc tenté ma chance. Encore et encore.
Tirages au sort, possibilités proposées par les agences, différentes voies permettant d’espérer obtenir un dossard…
Avec, la plupart du temps, la même réponse : pas cette année. Tokyo a finalement été débloqué et j’ai pu prendre le départ en 2026. Boston restait le dernier obstacle. Jusqu’à un message récent.
Cette fois, je vais à Boston
Après toutes ces tentatives, la bonne nouvelle est finalement arrivée : j’ai été tiré au sort par l’agence France Marathon pour obtenir un dossard pour Boston (après plusieurs tentatives infructueuses).
Je dois reconnaître que ce tirage au sort n’avait pas tout à fait la même saveur que les autres. Parce que cette fois, il ne s’agissait plus simplement d’obtenir un dossard pour un marathon prestigieux. C’était le dossard qui manquait.
Celui qui allait me permettre de terminer ce que j’avais commencé en 2017.
Presque huit ans après New York, je vais donc pouvoir prendre le départ du marathon de Boston et, si tout se passe bien, franchir la ligne d’arrivée avec ma sixième étoile.
Et l’année n’est pas anodine puisque je vais avoir 50 ans.
Difficile d’imaginer meilleur moment pour boucler cette histoire.

Une médaille qui aura forcément une signification particulière
Je parle régulièrement de médailles sur Wanarun. J’avais même écrit en 2019 un article consacré à cette fameuse médaille des six World Marathon Majors.
Mais celle-ci ne sera pas tout à fait une médaille comme les autres.Pas à cause de sa taille, de sa valeur ou de son prestige. À cause de ce qu’elle représentera pour moi.
Lorsque j’ai commencé cette aventure à New York en 2019, je l’avais partagée avec un ami. Nous avions couru ce marathon et nous avions imaginé poursuivre ce projet. Depuis, il nous a quittés après une longue maladie. Et forcément, cela change le regard que je porte sur cette dernière étape.
Parce qu’au-delà du défi sportif et de cette envie un peu folle de collectionner les six étoiles, je lui avais promis d’aller au bout de ce projet.
Alors j’irai à Boston.
Aller chercher cette sixième étoile
Avec les années, ma manière d’aborder le marathon a changé. Les chronos ont plus ou moins d’importance selon les périodes, les préparations ne se passent pas toujours comme prévu et le corps rappelle parfois que les kilomètres s’accumulent.
Mais certains objectifs dépassent largement le chrono affiché à l’arrivée. Boston sera de ceux-là. Bien sûr, il faudra encore préparer le marathon. Il faudra arriver en forme sur la ligne de départ, gérer ces 42,195 kilomètres et franchir cette fameuse ligne d’arrivée sur Boylston Street. Rien n’est jamais acquis sur un marathon. Mais cette fois, le dossard est là.
Après New York 2019, Berlin 2021, Londres 2022, Chicago 2024 et Tokyo 2026, Boston sera la dernière étape. Une aventure commencée presque huit ans plus tôt. Six marathons, plusieurs continents, des milliers de kilomètres d’entraînement, beaucoup de tirages au sort, quelques déceptions et énormément de souvenirs.
À 50 ans, j’espère pouvoir enfin recevoir cette Six Star Medal que je regardais déjà avec envie lorsque j’écrivais à son sujet en 2019.
Mais je sais déjà que lorsque je l’aurai autour du cou, je ne penserai pas seulement aux six marathons. Je penserai surtout au premier. À New York. À celui avec qui cette aventure avait commencé. Et à cette promesse que j’aurai enfin tenue.



