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Pliométrie et course à pied : pourquoi tous les coureurs devraient en faire (ou presque)

Manu


 

Lorsque l’on demande à un coureur comment progresser, les réponses sont souvent les mêmes : courir davantage, faire du fractionné, améliorer son endurance fondamentale ou perdre quelques kilos. Pourtant, il existe un levier de progression encore relativement peu utilisé dans le monde du running : la pliométrie.

Longtemps réservée aux sprinteurs, aux sauteurs ou aux sports collectifs, la pliométrie fait aujourd’hui partie intégrante de la préparation des meilleurs marathoniens et traileurs. Elle ne permet pas simplement de courir plus vite. Elle aide surtout à courir plus efficacement, avec une foulée plus dynamique, plus économique et moins énergivore.

Cette évolution n’est pas le fruit d’une mode. Depuis une vingtaine d’années, de nombreuses études scientifiques ont montré que quelques minutes de pliométrie intégrées chaque semaine pouvaient améliorer les performances en course à pied sans augmenter le volume d’entraînement.

Alors, en quoi consiste exactement la pliométrie ? Pourquoi est-elle si efficace ? Et comment l’intégrer intelligemment à son entraînement ?

pliométrie

Qu’est-ce que la pliométrie ?

Le mot peut paraître impressionnant, mais le principe est finalement assez simple.

La pliométrie regroupe des exercices qui enchaînent très rapidement une phase d’étirement musculaire suivie d’une contraction explosive. Autrement dit, le muscle agit comme un ressort que l’on comprime avant qu’il ne restitue immédiatement l’énergie accumulée.

Prenons un exemple très concret.

Lorsque vous sautez d’une marche et rebondissez immédiatement vers le haut, vos mollets, votre tendon d’Achille et les muscles de vos jambes emmagasinent une partie de l’énergie à l’impact avant de la restituer quelques fractions de seconde plus tard.

La course à pied fonctionne exactement selon ce principe.

À chaque foulée, votre corps emmagasine de l’énergie lorsqu’il touche le sol, puis la restitue lors de la poussée suivante. Plus ce mécanisme est efficace, moins vous dépensez d’énergie pour maintenir votre vitesse.

C’est précisément ce que cherche à améliorer la pliométrie.

Courir vite ne consiste pas uniquement à produire plus de force

Beaucoup de coureurs pensent que progresser passe uniquement par un développement du système cardiovasculaire. Bien sûr, une bonne VO₂max ou une excellente endurance sont essentielles. Mais elles ne suffisent pas.

Imaginez deux coureurs capables de consommer exactement la même quantité d’oxygène. Si le premier perd une partie de son énergie à chaque foulée tandis que le second restitue efficacement cette énergie grâce à une meilleure élasticité musculaire et tendineuse, c’est le second qui sera le plus rapide.

Cette notion porte un nom : l’économie de course.

L’économie de course correspond à la quantité d’énergie nécessaire pour courir à une vitesse donnée. Plus elle est bonne, moins le corps consomme d’oxygène pour maintenir la même allure.

Et c’est justement l’un des principaux bénéfices de la pliométrie.

Ce que dit la science

La pliométrie fait aujourd’hui partie des méthodes d’entraînement les mieux documentées en course à pied.

L’une des études les plus connues est celle de Paavolainen et ses collègues, publiée en 1999. Les chercheurs ont remplacé une partie de l’entraînement classique de coureurs de haut niveau par des exercices explosifs, comprenant notamment de la pliométrie.

Le résultat est particulièrement intéressant : les performances sur 5 kilomètres se sont améliorées, alors que la VO₂max des athlètes n’avait pratiquement pas évolué.

Autrement dit, ils couraient plus vite… sans augmenter leur capacité cardiovasculaire.

L’explication avancée par les chercheurs est une amélioration de l’économie de course.

Depuis, de nombreuses publications sont venues confirmer ces résultats.

En 2018, une importante revue scientifique dirigée par Blagrove et ses collaborateurs a analysé l’ensemble des études disponibles sur le renforcement musculaire chez les coureurs. Leur conclusion est claire : la musculation, et plus particulièrement les exercices explosifs comme la pliométrie, améliorent significativement l’économie de course et les performances, aussi bien chez les coureurs de fond que chez les marathoniens.

Ces résultats expliquent pourquoi les exercices pliométriques occupent aujourd’hui une place de plus en plus importante dans les plans d’entraînement modernes.

Le tendon d’Achille : un ressort naturel

Pour comprendre pourquoi la pliométrie fonctionne, il faut s’intéresser au tendon d’Achille.

Ce tendon est l’un des plus puissants du corps humain. À chaque foulée, il se comporte comme un gigantesque ressort. Il stocke une partie de l’énergie produite lors de l’impact avant de la restituer pendant la phase de propulsion.

Plus ce système est performant, moins les muscles ont besoin de produire d’efforts.

La pliométrie améliore justement cette capacité de restitution de l’énergie. Le résultat est une foulée plus tonique, un temps de contact au sol légèrement réduit et une meilleure efficacité mécanique.

Pour un marathonien, cela signifie qu’il faudra un peu moins d’énergie pour maintenir la même allure pendant plusieurs heures.

Une meilleure foulée… sans changer sa technique

Beaucoup de coureurs cherchent à modifier volontairement leur foulée. Ils essaient de courir avec une cadence plus élevée, un appui différent ou une attaque de pied plus spécifique.

Ces changements volontaires sont rarement une bonne idée.

La pliométrie agit différemment.

Elle améliore les qualités physiques qui sous-tendent la foulée. Avec le temps, celle-ci devient naturellement plus réactive et plus dynamique, sans qu’il soit nécessaire de penser à sa technique à chaque pas.

C’est probablement l’un des aspects les plus intéressants de cette méthode : elle agit sur les causes plutôt que sur les conséquences.

Quels exercices privilégier ?

Il n’est pas nécessaire de réaliser des exercices spectaculaires pour bénéficier des effets de la pliométrie.

Pour un coureur, quelques mouvements simples suffisent largement.

La corde à sauter reste l’un des meilleurs exercices pour apprendre à rebondir rapidement tout en développant la coordination. Les petits rebonds sur place sollicitent efficacement le tendon d’Achille sans générer une fatigue excessive. Les foulées bondissantes, souvent utilisées dans les écoles d’athlétisme, améliorent quant à elles la qualité de la propulsion et le placement du bassin.

Les bonds alternés ou les montées sur banc complètent efficacement ce travail lorsque l’on possède déjà une bonne expérience.

La qualité d’exécution est toujours plus importante que la quantité.

À quel moment intégrer la pliométrie ?

La pliométrie demande de la fraîcheur musculaire.

Elle trouve donc naturellement sa place après un échauffement, avant une séance de qualité, ou lors d’une séance spécifique de renforcement.

Une quinzaine de minutes, une à deux fois par semaine, suffisent généralement pour obtenir des bénéfices.

Il est inutile de multiplier les exercices ou de rechercher une fatigue importante. La pliométrie sollicite fortement les tendons et le système nerveux. La progression doit rester progressive.

Les erreurs les plus fréquentes

Comme souvent en course à pied, le principal risque vient d’un excès d’enthousiasme.

Beaucoup de coureurs découvrent la pliométrie et veulent immédiatement reproduire les exercices réalisés par les athlètes de haut niveau. Les sauts deviennent plus hauts, les volumes augmentent rapidement et les séances sont parfois réalisées après une sortie longue ou un entraînement intense.

C’est précisément ce qu’il faut éviter.

La pliométrie est efficace parce qu’elle développe des qualités de réactivité. Dès que la fatigue s’installe, cette qualité disparaît et le risque de blessure augmente.

Il vaut donc mieux réaliser quelques séries parfaitement exécutées que prolonger inutilement la séance.

Tous les coureurs doivent-ils faire de la pliométrie ?

La réponse est presque oui.

Pour un coureur débutant, quelques exercices très simples permettront déjà de renforcer progressivement les appuis et d’améliorer la coordination.

Les coureurs confirmés y trouveront un moyen efficace d’améliorer leur économie de course sans augmenter leur kilométrage hebdomadaire.

En revanche, en cas de douleur au tendon d’Achille, d’aponévrosite plantaire ou lors d’un retour de blessure, il est préférable de demander l’avis d’un professionnel de santé avant d’intégrer ce type de travail.

Quelques exercices simples pour débuter en pliométrie

La pliométrie regroupe des dizaines d’exercices, allant des simples rebonds sur place aux sauts les plus techniques utilisés par les athlètes de haut niveau. Il n’est cependant pas nécessaire de réaliser des mouvements spectaculaires pour en tirer des bénéfices.

Pour un coureur, quelques exercices bien exécutés suffisent à améliorer progressivement la réactivité des appuis, la tonicité des jambes et l’économie de course. La qualité d’exécution est toujours plus importante que le nombre de répétitions ou la hauteur des sauts.

Avant de commencer, prenez le temps de vous échauffer pendant une dizaine de minutes avec un footing léger, quelques mobilisations articulaires et des éducatifs de course. La pliométrie sollicite fortement les muscles, les tendons et le système nerveux. Elle doit toujours être réalisée lorsque l’on est frais, jamais en fin d’entraînement après une grosse fatigue.

Enfin, progressez avec patience. Commencez par de faibles volumes et privilégiez des contacts au sol de qualité plutôt que des séries longues. Une ou deux séances par semaine sont largement suffisantes pour la plupart des coureurs.

Foulées bondissantes

Les foulées bondissantes font partie des grands classiques de l’athlétisme. Elles développent la puissance de propulsion tout en améliorant la coordination entre les bras et les jambes. Elles permettent également de travailler le placement du bassin et d’apprendre à utiliser efficacement l’élasticité naturelle des muscles et des tendons.

L’exercice consiste à avancer en effectuant de grandes foulées dynamiques. Chaque poussée doit être énergique, avec une bonne extension de la jambe d’appui. Le genou de la jambe libre monte naturellement vers l’avant tandis que les bras accompagnent le mouvement comme lors d’une course normale.

L’objectif n’est pas d’aller vite, mais de produire une poussée de qualité à chaque appui.

Volume conseillé : 2 à 3 séries de 20 à 30 mètres avec une récupération complète entre chaque passage.

Corde à sauter

La corde à sauter est probablement l’exercice pliométrique le plus simple à intégrer dans la préparation d’un coureur. Elle développe la coordination, améliore la tonicité des mollets et renforce progressivement le tendon d’Achille.

Le mouvement doit rester léger et fluide. Les rebonds sont réalisés principalement avec les chevilles, en gardant les genoux légèrement fléchis. Les sauts restent bas : inutile de chercher de la hauteur. Plus le temps de contact avec le sol est court, plus l’exercice est efficace.

Cet exercice constitue également un excellent échauffement avant une séance de qualité.

Volume conseillé : 3 séries de 30 à 60 secondes avec une récupération d’une minute.

Pogo Jumps (petits rebonds sur place)

Les Pogo Jumps sont souvent considérés comme l’un des meilleurs exercices d’initiation à la pliométrie. Très utilisés dans les centres d’entraînement, ils apprennent au coureur à produire des appuis rapides tout en sollicitant le tendon d’Achille comme un véritable ressort.

Debout, les jambes restent presque tendues. Les rebonds sont rapides, de faible amplitude, réalisés essentiellement grâce aux chevilles. Les talons touchent très peu le sol et le regard reste porté vers l’avant. Il faut chercher à « rebondir » naturellement plutôt qu’à sauter haut.

Au début, les sensations peuvent sembler inhabituelles. Avec un peu de pratique, le mouvement devient plus fluide et la foulée gagne progressivement en dynamisme.

Volume conseillé : 3 séries de 20 à 30 secondes avec une récupération complète.

Sauts latéraux

En course à pied, les mouvements ne sont pas toujours parfaitement rectilignes. Les sauts latéraux permettent de renforcer les muscles stabilisateurs de la cheville, du genou et de la hanche, tout en améliorant l’équilibre dynamique.

L’exercice consiste à effectuer de petits bonds d’un côté puis de l’autre en conservant une bonne stabilité à chaque réception. Le buste reste droit et les genoux légèrement fléchis afin d’absorber correctement les impacts.

Les coureurs de trail apprécieront particulièrement cet exercice, qui prépare davantage aux terrains irréguliers, mais il présente également un intérêt pour les routiers en renforçant la stabilité des appuis.

Volume conseillé : 2 à 3 séries de 15 à 20 sauts de chaque côté.

Les règles de sécurité à ne jamais négliger

La pliométrie est extrêmement efficace, mais elle ne doit jamais être pratiquée à la légère. Les impacts répétés sollicitent fortement les tendons, les mollets et les articulations. Pour limiter le risque de blessure, quelques principes simples méritent d’être respectés.

Travaillez toujours sur une surface relativement souple, comme une piste d’athlétisme, une pelouse ou un sol sportif. Évitez le béton, qui augmente les contraintes sur les articulations.

Privilégiez des chaussures en bon état offrant un amorti suffisant, surtout lors des premières séances.

N’introduisez pas ces exercices après une sortie longue ou une séance de fractionné exigeante. La qualité des appuis est essentielle : dès que la fatigue dégrade le mouvement, il est préférable d’arrêter.

Enfin, si vous souffrez d’une tendinopathie d’Achille, d’une aponévrosite plantaire, d’une douleur persistante au genou ou si vous reprenez après une blessure, demandez l’avis d’un professionnel de santé avant d’intégrer la pliométrie à votre entraînement.

Bien utilisée, la pliométrie est un formidable outil de progression. Comme souvent en course à pied, ce sont la régularité, la progressivité et la qualité d’exécution qui feront la différence, bien davantage que le volume ou l’intensité des exercices.

Une méthode simple pour courir plus efficacement

La pliométrie ne remplacera jamais les sorties longues, le fractionné ou les séances d’endurance fondamentale. Elle vient en complément de ces entraînements en améliorant la manière dont votre corps utilise l’énergie produite.

C’est probablement ce qui la rend si intéressante.

À une époque où beaucoup de coureurs cherchent à progresser uniquement en augmentant leur kilométrage, la pliométrie rappelle qu’il est parfois possible de courir mieux avant de courir plus.

Quelques minutes chaque semaine suffisent souvent pour ressentir une foulée plus dynamique, plus réactive et plus économique. Ce ne sont pas forcément les progrès les plus spectaculaires… mais ce sont souvent ceux qui permettent de continuer à progresser lorsque le volume d’entraînement ne peut plus augmenter.

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