Je cours donc je suis !



 

Petite route de campagne. Le fond de l’air est frais. Mais le soleil a percé à travers les nuages. Entre midi et deux heures, ici, j’ai peu de chance de croiser quiconque. Ni voiture, ni cycliste, ni coureur… Je suis seul. J’ai la route pour moi. Je ne m’en plains pas. Je sais qu’il va me falloir une bonne dizaine de minutes pour trouver mon rythme. A mon âge, il faut chauffer la machine. Ce début d’entrainement est toujours un peu stressant, pas évident à gérer. J’ai souvent envie de stopper tout de suite, de me laisser aller à un demi-tour salvateur. Mais l’esprit est plus fort. Je connais mon corps. Je lui fais confiance. Je sais qu’il va bientôt me répondre. Après vingt minutes, j’allonge la foulée. J’essaye de me placer au mieux. Que la pointe de mes pieds griffe le sol en premier. Que mon pied déroule au sol. Je ressens ainsi l’asphalte sous mon poids et je me concentre pour ne faire plus qu’un avec les éléments. Je positionne mes bras le long de mon buste, je redresse légèrement la tête, je vais chercher le plus loin possible avec mes jambes. Je suis le prolongement de ma volonté. Je souffle régulièrement. Tous mes sens sont en éveil maximal. J’entends ma respiration. J’entends mon coeur battre plus fort. Je sens sur ma peau le souffle de l’air. Je vois l’horizon et tous éléments de la nature, arbres, bords de champs, hauts de buttes, comme autant d’objectifs à atteindre. Encore un peu plus loin, encore un peu plus vite. Je sais que je ne vais pas tenir longtemps à ce rythme et pourtant j’accélère encore. Je me sens bien. Je ne suis plus lourd, je ne souffre plus de la pesanteur terrestre. Je suis dans un autre monde, dans un état second. J’en profite. Je sais que cela ne va pas durer. J’oublie tous mes soucis, j’oublie toute ma vie. Je ne fais plus qu’un avec la nature. Je deviens animal. Je suis à fond. Je tiens ainsi le plus longtemps possible. Je vais jusqu’au bout de moi-même. Mon esprit s’est envolé. J’ai décroché avec lui. Je ne suis plus un simple coureur. Je suis devenu un homme libre. Je suis la course. Je décélère enfin. Je coupe mon effort. Je reprends mes esprits. Je sors de ma bulle. Je redeviens moi-même. Comme j’étais avant ? Non. Juste un peu différent. Heureux tout simplement. J’adore la course à pied. Pour cela aussi !

3 commentaires sur “Je cours donc je suis !”


Posté par laurent untereiner (@webcuriousanima) Le 14 janvier 2013 à 23:42

Tellement vrai, je dis toujours que je cours parce que je me sens vivre. Je ne suis pas seul apparemment…

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Posté par Romain Le 16 janvier 2013 à 2:30

Merci pour ce texte court mais poser avec des mots justes. On sent tes sensations, on court ta course, on vit ton instant de vie. Courir, toujours courir! Après quoi? En courant on prend le temps d’y penser! Toi, tu t’es laissé courir pour la sensation, l’adrénaline, l’osmose. Courir c’est vivre…

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Posté par adamsky Le 20 janvier 2013 à 8:57

Ouais…Il faut arrêter de se la raconter et aussi la drogue lorsqu’on court. La course à pieds c’est la suppression de l’intellect entre le corps et l’esprit, c’est donc uniquement de la sensation directe. Après le délire du type : je deviens un animal, je suis un homme libre, je vais au bout de moi-même…Justement l’idée, c’est d’éviter d’aller au bout de ses forces pour que le plaisir de son corps en mouvement et en harmonie avec son esprit dure le plus longtemps possible. Si dés le départ tu as envie de faire demi-tour, c’est qu’il y a un problème. La course à pieds, c’est d’abord l’envie. Donc cette idée de forcer le corps par la volonté ce n’est pas naturel et ça démontre surtout une envie masochiste de se faire mal pour atteindre un certain plaisir ou un bête objectif productiviste. Bref, ton titre comme ton billet sont juste bidons.

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