Courir en hiver : paroles de coureurs



 

wanarun-saintelyon-031L’hiver ! Pour le Sud-Ouest, l’hiver, c’est presque inconcevable. Courir dans la neige, sous la pluie, dans le froid… Glaglagla ! Pour les coureurs qui peinent à trouver leurs marques dans ce contexte, voici quelques témoignages et quelques conseils pour mieux aborder cette période…

Ah ! Toulouse, Bordeaux, Agen. Ah ! le Sud-Ouest et sa météo plutôt clémente. Enfin, la plupart du temps… Bon, il y aura toujours des «grincheux» pour dire : «oui, mais il nous arrive d’avoir froid», ou bien «oui, mais il y a de la pluie aussi», etc. Alors, allez en parler à ceux qui courent à Valenciennes, Lille, Dunkerque, Amiens ou Arras… Oui, le Sud-Ouest est quand même privilégié. Du début du printemps au coeur de l’automne, il fait bon courir le long des rives de la Garonne, de la Bidassoa, des gaves. Au coeur des forêts, autour des lacs, au pied des massifs ou des cols. Ici, on peut minimiser les couches de vêtements, on peut courir longtemps en short, exhiber ses gambettes, sortir ses pectoraux. Pas la même chose tout là-haut, dans le Nord !

«C’est vrai que pour ça, mais pas seulement, c’est super agréable, rappelle Christine la Toulousaine. Quand on n’a pas beaucoup de temps à consacrer à notre activité, comme c’est mon cas, le climat assez doux évite de perdre trop de temps en échauffement puisque le corps est déjà à température ambiante.»

Jessica, une de ses copines d’entraînement, surenchérit dans le domaine vestimentaire. «Je suis d’accord avec tout ce que dit Christine, mais, en plus, j’accorde pas mal d’attention à mon look. Et plus longtemps il fait beau, plus longtemps je peux mettre des tenues «flashys». J’adore ça. Si je devais courir tout le temps sous la pluie, dans la grisaille, avoir froid, etc. je ne sais pas si je prendrais autant de plaisir à m’habiller et à aller courir… »

«Bon, il ne faut pas exagérer quand même, explique Jacques, un marathonien de Valenciennes. On n’est pas au Pôle Nord non plus….Mais j’avoue que, dès la mi-septembre, il faut rajouter une couche de vêtements. Moi, il y a longtemps que j’ai opté pour les tissus «mèches». Ce sont des vêtements qui empêchent l’eau d’arriver jusqu’à la peau et qui évitent les problèmes d’humidité et les irritations.»

Sonia, sa compagne, adepte des distances plus courtes, rebondit sur le témoignage à distance de Jessica. «Oui, pour le côté «fun» des tenues, on attend l’été. Nous, on porte plutôt des vêtements foncés qui, paraît-il, absorbent et retiennent le peu de chaleur dont nous disposons en hiver…»

L’aspect vestimentaire interpelle donc les coureurs, qu’ils soient nordistes ou sudistes. Mais il n’est pas le seul à prendre en compte au moment de dresser un bilan (non exhaustif) des bienfaits d’une région ou d’une autre.

Les Nordistes sont donc privilégiés quand la bise arrive. Car les bienfaits du jogging en automne et en hiver sont triple : la dépense physique est plus importante ; l’air est moins pollué ; les paysages sont magnifiques.

Concernant ces trois points, des chercheurs ont en effet découvert que notre corps dépensait plus d’énergie quand il faisait froid. En moyenne, ce sont 12% de calories en plus et jusqu’à 32% de graisses en plus qui sont brûlées. Ensuite, ils ont prouvé que l’air est de bien meilleure qualité quand il pleut ou quand il neige. C’est donc un moment propice à la course et au sport en général. Enfin, courir dans une ville, un parc ou une forêt sous la neige ou la pluie peut-être sublime par moments. Les paysages, qui sont l’une des composantes essentielles du coureur, permettent également de se vider l’esprit de toutes les contingences quotidiennes et tous les petits tracas de la vie.

Avec l’hiver qui a envahi les sentiers, il n’existe plus beaucoup de barrières géographiques. Il faut donc évidemment suivre quelques conseils d’ordre pratique pour éviter la catastrophe médicale.

Gilles, coureur de la région stéphanoise, qui a couru l’UTMB et plusieurs fois la SaintéLyon, connaît bien le problème. « Surtout, échauffez-vous bien. Il vaut mieux sacrifier une demi-heure de sommeil, quand la course démarre au petit matin, par exemple, plutôt que risquer la contracture qui va gêner pendant des heures. Si elle ne vous empêche pas complètement de courir. » Il conseille aussi «d’accélérer progressivement» pour mettre la chaudière en marche. « Le corps, c’est comme une voiture. On passe par des vitesses basses et intermédiaires avant d’être à fond. Si on se met en surrégime trop tôt, les voyants rouges s’allument et on met le clignotant pour regagner le bas-côté… » Il a déjà même expérimenté une petite marche d’une quinzaine de minutes avant de trottiner et n’a jamais été déçu ou surpris par les premières accélérations. Quelle que soit la région, quand les premiers frimas arrivent, il faut évidemment se couvrir davantage. A Toulouse comme à Valenciennes, Saint-Etienne ou Grenoble.

Dans l’Isère, Anne sacrifie les débardeurs échancrés le temps de quelques mois. «L’hiver, j’adopte un équipement spécial qui va me protéger du froid. En principe, je superpose trois couches de vêtements. La première permet à ma peau de respirer tout en évacuant la transpiration. La deuxième, par un effet que je ne connais pas, me réchauffe grâce aux mouvements que je fais. Enfin, la troisième est plutôt du style coupe-vent, ou coupe-neige, ou coupepluie… Et je ne pars jamais sans un bonnet et des gants. On sait que c’est par le sommet du crâne que s’évacue la majeure partie de notre chaleur corporelle. Le reste, c’est par les pieds et les mains»

Des principes que Nadia, coureuse pyrénéenne, adopte elle aussi. «Oh oui ! Ce n’est pas parce qu’on est dans une région relativement privilégiée, qu’il faut oublier de se protéger du froid. Et moi, je rajoute aussi des chaussures avec des petits crampons, ou carrément avec des «chaînes» comme ça existe, quand je vais courir sur la neige. Et, au delà de la tenue, il faut penser à sa technique de course. Je raccourcis mes foulées pour éviter de glisser ou de tomber.»

Un autre détail que Pierre, de Montauban, ne néglige pas, c’est la respiration. «Même si c’est parfois difficile, moi je m’efforce de respirer par le nez. Comme ça, l’air qui arrive dans les poumons est déjà réchauffé et ça leur évite un «choc thermique» qui m’empêchera de courir normalement.»

Les étirements post-entraînement devront évidemment se faire au chaud et l’hydratation est quasiment aussi importante que l’été. Le froid nous déshydrate plus rapidement que le chaud et nous n’en avons pas toujours conscience. Voilà. En attendant le retour du chant des oiseaux qui nous accompagne durant nos sorties estivales, préparons-nous à affronter le silence des forêts sous la neige ou le clic-clic de la pluie sur la terre. Chaque âge a ses plaisirs, chaque saison à les siens. Et traverser une année sportive, qu’on soit à Toulouse, Agen, Montauban, Bordeaux, ou ailleurs, c’est aussi savoir s’adapter aux grandes joies et petits désagréments de chacune d’entre elles. Et n’oublions jamais qu’après la pluie vient le beau temps, qu’après m’hiver viennent le printemps et l’été. Et que chaque redécouverte est un enchantement.

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