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Santé

Oscillation verticale en course à pied : faut-il vraiment chercher à rebondir moins ?

Vous venez de terminer votre sortie longue. Comme beaucoup de coureurs, vous ouvrez Garmin Connect, Coros Training Hub ou Polar Flow pour analyser votre séance. Après avoir regardé votre allure, votre fréquence cardiaque ou votre cadence, votre regard s’arrête sur une donnée dont le nom intrigue : l’oscillation verticale.

La montre indique 8,3 cm. Hier, c’était 7,9 cm. Sur Internet, certains affirment qu’il faut absolument être sous les 7 cm. D’autres expliquent que cette donnée est sans intérêt.

Qui croire ?

Depuis quelques années, les montres GPS sont devenues de véritables laboratoires biomécaniques miniatures. Elles mesurent désormais une multitude de paramètres liés à la foulée. L’oscillation verticale en fait partie, mais c’est probablement l’un des plus mal compris. Beaucoup de coureurs cherchent à faire baisser cette valeur sans réellement savoir ce qu’elle représente ni ce qu’elle raconte de leur manière de courir.

Comme souvent en biomécanique, la réalité est plus nuancée qu’un simple chiffre.

Courir, ce n’est pas seulement avancer

Lorsque l’on imagine un coureur, on pense naturellement à son déplacement vers l’avant. Pourtant, le corps ne progresse jamais de manière parfaitement horizontale.

À chaque foulée, il monte légèrement avant de redescendre lors du contact suivant avec le sol. Ce mouvement est totalement naturel. Il accompagne la phase d’appui, la propulsion puis la suspension qui caractérisent la course à pied.

C’est précisément cette variation de hauteur que les montres GPS appellent l’oscillation verticale.

Elle correspond au déplacement vertical du centre de gravité du corps, généralement situé au niveau du bassin. Les fabricants l’expriment en centimètres. Chez la majorité des coureurs, elle se situe entre 6 et 12 cm, même si cette valeur varie en fonction de nombreux paramètres comme la taille, la vitesse, la fatigue ou encore le style de course.

La première erreur serait donc de croire qu’il existe une valeur idéale valable pour tous. Ce n’est pas le cas.

Pourquoi le corps rebondit-il naturellement ?

À première vue, ce mouvement vertical pourrait sembler inutile. Après tout, toute l’énergie utilisée pour monter n’est-elle pas une énergie qui ne sert pas à avancer ?

L’idée paraît logique, mais elle ne reflète pas le fonctionnement du corps humain.

La course à pied repose sur ce que les biomécaniciens appellent le cycle étirement-raccourcissement. À chaque impact, les muscles, les tendons et les fascias absorbent une partie de l’énergie produite par le poids du corps. Cette énergie est ensuite restituée lors de la poussée suivante.

Le tendon d’Achille est probablement le meilleur exemple de ce mécanisme. Il agit comme un ressort extrêmement performant, capable de stocker puis de restituer une quantité importante d’énergie élastique. Sans lui, courir serait beaucoup plus coûteux sur le plan énergétique.

Autrement dit, une certaine oscillation verticale est non seulement normale, mais aussi nécessaire. Vouloir la supprimer complètement reviendrait à empêcher ce système de fonctionner correctement.

Quand le rebond devient-il excessif ?

Si une oscillation est indispensable, pourquoi les entraîneurs parlent-ils souvent de limiter les rebonds ? Parce qu’il existe une différence entre un mouvement vertical naturel et une oscillation excessive. Imaginez deux coureurs qui avancent exactement à la même vitesse.

Le premier présente une foulée souple. Son bassin monte légèrement puis redescend avec fluidité. La majeure partie de son énergie est dirigée vers l’avant. Le second effectue des bonds beaucoup plus marqués. Sa tête monte et descend visiblement à chaque foulée. Une partie plus importante de son énergie est utilisée pour déplacer son corps vers le haut plutôt que pour le propulser horizontalement.

Dans ce second cas, le coût énergétique de la course augmente. C’est un peu comme si deux cyclistes développaient la même puissance, mais que l’un d’eux zigzaguait constamment sur la route. Tous deux avancent, mais l’un gaspille davantage d’énergie.L’objectif n’est donc pas de supprimer le rebond, mais d’éviter qu’il ne devienne excessif.

Ce que disent réellement les études scientifiques

Les chercheurs travaillent depuis plusieurs décennies sur les facteurs qui expliquent pourquoi certains coureurs consomment moins d’énergie que d’autres à vitesse identique. Cette notion est connue sous le nom d’économie de course.

Les travaux de Peter Saunders et de ses collègues, publiés dans Sports Medicine, montrent que l’économie de course dépend d’un ensemble complexe de paramètres : la biomécanique, la force musculaire, la rigidité des tendons, la coordination ou encore les caractéristiques individuelles du coureur.

L’oscillation verticale fait partie de cet ensemble, mais elle n’en est qu’un élément. D’autres recherches, notamment celles d’Inigo Moore, montrent que les coureurs les plus économiques présentent souvent une oscillation relativement maîtrisée. Attention toutefois à ne pas inverser la relation de cause à effet. Les études ne disent pas qu’une faible oscillation rend automatiquement un coureur plus performant.

Elles montrent plutôt qu’une foulée efficace s’accompagne souvent d’une oscillation adaptée. La nuance est importante. Chercher uniquement à faire baisser ce chiffre ne garantit absolument pas une amélioration de vos performances.

Pourquoi deux excellents coureurs peuvent afficher des valeurs différentes

C’est probablement le point qui surprend le plus lorsque l’on commence à analyser ses données. Deux marathoniens capables de courir en moins de trois heures peuvent présenter des oscillations verticales différentes.

Cela s’explique très simplement.Chaque coureur possède sa propre morphologie, sa longueur de jambes, sa rigidité tendineuse, sa cadence naturelle et son amplitude de foulée. Un athlète de 1,90 m ne se déplacera pas exactement comme un coureur d’1,65 m.

La vitesse intervient également. Lorsque l’allure augmente, l’oscillation verticale évolue souvent elle aussi. Comparer sa valeur à celle d’un autre coureur n’a donc que très peu de sens. En revanche, suivre l’évolution de sa propre oscillation au fil des mois peut devenir très instructif.

Ce que votre oscillation raconte pendant un marathon

Le marathon constitue un formidable laboratoire pour observer cette donnée. Durant les premiers kilomètres, la foulée est généralement tonique. Les muscles sont frais, les tendons jouent pleinement leur rôle de ressort et le temps de contact au sol reste relativement court.

Puis vient la fatigue. Chez certains coureurs, les muscles stabilisateurs perdent progressivement en efficacité. Le bassin devient moins stable et l’oscillation verticale augmente légèrement. Chez d’autres, le phénomène inverse apparaît. Les jambes deviennent plus lourdes, la poussée diminue et la foulée s’écrase progressivement. L’oscillation diminue alors, mais cette baisse n’est absolument pas synonyme d’amélioration. Elle traduit simplement une perte de dynamisme.

C’est une excellente illustration de la difficulté d’interpréter cette donnée seule. Sans le contexte de la vitesse, de la cadence et des sensations, un simple chiffre peut raconter deux histoires totalement différentes.

Peut-on améliorer son oscillation verticale ?

La réponse est oui, mais probablement pas de la manière que l’on imagine. Il serait contre-productif de courir en essayant consciemment de limiter les mouvements du buste. Cette stratégie conduit souvent à une foulée plus rigide, moins naturelle et finalement moins économique.

En revanche, il est possible d’améliorer progressivement les qualités physiques qui influencent cette oscillation. Le renforcement musculaire contribue à stabiliser le bassin et à mieux contrôler les appuis. La pliométrie améliore la capacité des tendons à restituer l’énergie élastique. Les éducatifs de course développent quant à eux la coordination et la qualité des appuis.

Toutes ces adaptations modifient progressivement la biomécanique sans que le coureur ait besoin de penser à son oscillation verticale pendant l’effort. C’est précisément cette approche qui est utilisée par la plupart des entraîneurs. On travaille les causes, pas les conséquences.

Une donnée à interpréter avec intelligence

L’apparition de nouvelles métriques dans les montres GPS est une excellente nouvelle pour les coureurs. Elles permettent de mieux comprendre la course à pied et d’observer l’évolution de certains paramètres au fil des saisons.

Mais il ne faut jamais oublier qu’un indicateur reste… un indicateur.

L’oscillation verticale ne constitue ni une note attribuée à votre foulée, ni un objectif à atteindre. Elle représente simplement une information supplémentaire qui prend tout son sens lorsqu’elle est associée à d’autres données comme la cadence, le temps de contact au sol, la longueur de foulée ou encore vos sensations.

Au fond, la meilleure utilisation de cette métrique consiste probablement à observer son évolution plutôt qu’à chercher une valeur parfaite. Si votre économie de course s’améliore, si votre foulée devient plus fluide et si vos performances progressent, il y a de fortes chances que votre oscillation verticale évolue naturellement dans la bonne direction.

Car en course à pied, comme souvent, le corps trouve généralement lui-même les solutions les plus efficaces… à condition qu’on lui donne les moyens de progresser.