L’Oriente, ou comment préparer l’ UTMB en Corse…

Bonjour à tous,

 

Au début de l’année mon ami Nicolas, qui finalement se trouve souvent à l’origine de beaucoup de mes défis en CAP(l’idée du MDS est de lui) avait repéré cette course lors d’un précédent séjour à Ghisoni. J’ai été tout de suite emballé par cette idée qui permettait de participer à une course magnifique, pas trop longue (20 Km) très technique avec du dénivelé, tout cela dans l’optique de préparer l’UTMB. L’occasion aussi de passer une semaine de vacances dans la région. 6 mois plus tard me voilà sur la place du village de Ghisoni prêt à en découdre en compagnie de plus de 200 participants, dont 95% de coureurs venant de l’Ile de Beauté. Je suis un de ceux qui trimballent le plus d’équipement avec mon sac, mes bâtons, mon bidon, ma casquette, etc… Il faut dire que pour l’immense majorité, ils vont courir dans leur jardin ou tout au moins dans des chemins qu’ils empruntent au quotidien. J’aperçois même des jeunes (sans doute du village) qui sont sur la ligne de départ les mains dans les poches de leur short…

 

8h30, le départ est donné, comme je ne suis ici que dans un but d’entrainement, pour réaliser une bonne sortie longue selon le programme de mon coach Fred, je m’élance depuis le fin fond du peloton. Il fait très beau et déjà la chaleur est présente malgré l’altitude (658m). On grimpe de suite quelques marches d’escaliers afin de sortir de Ghisoni qui comme beaucoup de villages en Corse est à flanc de montagne. Concernant le parcours, il s’agit d’une boucle  de 20 km qui commence par une montée de 7,5 Km jusqu’au Punta de L’Oriente (d’ou le nom de la course) que l’on contournera puis la descente, un passage sur le GR 20 et le retour au village par le même chemin qu’à l’aller mais en descente.

 

 

Dès la sortie du village ou commence le sentier, je règle mes bâtons et c’est parti pour la montée jusqu’au premier ravito. Le chemin est abrupte et caillouteux et je ne regrette pas d’utiliser les bâtons. Je regarde bien ou je pose les pieds car on traverse de nombreux passages de pierriers et je me met dans un coin de la tête d’ être très prudent quand il s’agira de redescendre. Souvent il n’y a pas de sentiers et chacun progresse en suivant sa propre intuition. On alterne les parties en sous bois et les passages découverts ou le soleil tape fort. . Depuis le départ je n’ai pas encore fait 1 m en course, même si parfois le dénivelé est moins prononcé, la technicité du terrain m’oblige à rester en mode marche, Je suis avec un groupe qui grimpe à mon rythme. Grâce à mes bâtons, je ne perd pas de terrain sur les concurrents qui m’entourent. De temps en temps je regarde derrière pour voir s’il reste des coureurs (marcheurs), mon objectif du jour étant de terminer et de préférence pas le dernier…. On passe vers un chalet ou les occupants ont mis un tuyau d’eau à disposition des coureurs, c’est très agréable. Ils  encouragent notre groupe et se saluent en Corse, mais même les concurrents qui ne sont pas Corse ont droit à un petit mot de soutien.

 

 

Après 1h13′ me voilà au 1er ravito, j’ai parcouru seulement 4km!!! Mon idée de faire cette course en 4h00 me semble déjà un peu optimiste même si pour l’instant je n’ai fait que grimper et que je n’ai pas encore couru… J’arrive en même temps qu’un hélico qui assure le transport du ravitaillement. Impressionnnant de voir cet appareil se poser à quelques mêtres et les bénévoles décharger les packs d’eau. Ce n’est pas pour nous qui sommes en queue de course  mais ce premier ravito est aussi le 4 ème et dernier et nous allons repasser ici dans quelques heures… Queqlues fruits secs, un peu d’eau et je repars en même temps que l’hélico. Nous sommes à 1482m d’altitude. Jusqu’au 2ème ravito, on continue de grimper mais nous sommes toujours à découvert et le soleil tape. C’est une succession de pierriers et souvent il faut s’aider des mains pour franchir les obstacles.  Il n’y a plus du tout de sentier, on doit suivre le balisage ou repérer le concurrent devant soi pour trouver son chemin. Depuis le ravito, notre groupe s’est étiré et mon prédécesseur disparait parfois au détour de la montagne. Selon les coups de moins bien de chacun ou l’habileté à progresser en fonction du terrain je dépasse ou me fait fait doubler par des concurrents. Je vais suivre de plus ou moins près durant un bon moment un concurrent Corse (je le sais à son maillot du club de Santamariccia ) qui semble bien connaitre le parcours. Avant d’arriver au ravito 2, un petit sentier me permet de faire enfin mes premières foulées en mode course.

 

 

2h17 de course (enfin de marche) et 6,5 Km de parcourus. Cette fois il est clair qu’il me faudra plus de 4h pour boucler l’affaire. 2 Tucs, remplissage du bidon et je repars. Je suis bien, mon genou ne me fait pas souffrir et ma cheville que j’ai strappé se tient tranquille. Je suis resté dans un rythme maitrisé avec tune bonne aisance respiratoire et je n’ai pas tapé dans la machine. Je double le V4 (local) de la course qui à des problèmes de crampes. Le parcours continue de grimper et ce sont de véritables passages d’escalade. Sur plusieurs passages, ils ont installé des cordes et un guide nous aide (notamment en récupérant les bâtons ) à franchir les obstacles. J’essaye de profiter du paysage qui est grandiose, cette montagne très minérale à cette altitude et ce panorama ou parfois on peut même deviner la mer loin à l’horizon. On approche des 2000m et du passage de « la bascule » comme nous l’annonce les bénévoles toujours très présent malgré les difficultés d’accès. Ils ne cessent de nous encourager et de nous soutenir surtout nous les « touristes » qui découvront la difficulté de ce parcours. 3h15′, je passe le mini col qui signale la mi course. Dorénavant, on devrait descendre à défaut de courir…

 

Après une descente très technique ou je dois très souvent jeter mes bâtons devant moi pour utiliser mes 2 mains, je retrouve un petit sentier plat ou je peux enfin trottiner tout en faisant très attention ou je pose les pieds. L’ancien  en profite pour me redoubler, il a retrouvé ses jambes et sa connaissance du terrain fait merveille. Plus loin j’aperçois des gens et il me semble entendre des « Allez Frank! ». Hallucinations sonores? Pourtant je ne manque pas de sommeil, je n’ai pas vraiment puisé dans mes réserves ni atteint mes limites! En fait ce sont mes amis qui étaient au départ qui avec l’aide d’un 4X4 et de pas mal de marche on pu accéder jusque là et venir m’encourager. Grand moment de plaisir qui me donne un gros coup de boost pour continuer. J’en profite pour boire la bouteille qu’ils me proposent et sous leurs encouragements je repars en petite foulée. Mais très vite, je repasse en mode marche car je ne vois plus personne devant moi et il faut que je trouve mon chemin, d’autre part ce n’est plus du tout roulant. C’est une longue descente très technique que je fais vraiment prudemment. Mon genou m’élance un peu mais rien d’handicapant, quand à ma cheville, je ne sais pas si c’est le strap, mais je n’ai aucune douleur malgré les dévers et l’instabilité du chemin. Les cuisses encaissent bien les chocs et je descend à un bon rythme. Fréquemment je m’arrête quelques secondes pour souffler, freiner mon élan et vérifier que je suis toujours sur la bonne route, car sur ce tronçon, je n’ai croisé que 2 bénévoles et aucun concurrent!

 

 

Je replonge de nouveau dans la forêt et je retrouve une piste en terre. Cela reste malgré tout bien glissant et piègeux. Au bout de 4h30 de course je débouche à la bergerie de Scarpaccedié, lieu du 3ème ravito après 13,2 Km de course. Je suis le seul concurrent car les 2 coureurs qui me précèdent viennent de repartir. on me signale qu’aucun participant à l’Orinete n’abandonne à partir d’ci. Ca tombe bien car ce n’était pas mon intention. et cela signifie que que le plus dur est derrière moi. Pour éviter de trop cogiter je ne m’incruste pas.  Dès la sortie du ravito c’est le GR20, mais contrairement à ce que j’espérais ce n’est pas vraiment roulant. Que ce soit entre les passages de ruisseaux, les amas de cailloux ou les troncs d’arbres ou je ne peux pas vraiment courir et ma volonté de ne surtout pas me blesser sur un sentier instable, je privilégie le mode « rando ». Même si je suis resté en dedans , la fatigue est là et la lucidité n’est plus la même. Je téléphone à Véronique pour lui dire que comme elle s’en est déjà rendu compte, je ne serais pas à l’arrivée à l’heure prévue. Je croise pas mal de randonneurs, c’est l’occasion de saluer du monde et de vérifier que je ne me suis pas égaré. 4h56’de course, je rejoins au dernier ravito qui comme prévu est également le 1er. Je tape une petite causette avec un bénévole sur la difficulté de la course et sur le fait de n’avoir quasiment pas couru. Je lui demande si je ne suis pas le dernier car même si je sais que j’ai dépassé des coureurs (il y a très longtemps)  et que je ne les ai pas vu me redoubler, ceux ci ont peut être abandonné? Il me rassure et me réconforte en me signalant que c’est déjà très bien pour un « non local » de terminer cette course…

 

 

J’attaque la dernière descente qui m’apparait plus compliquée que lors de sa montée. Plusieurs fois je manque de trébucher et mes bâtons sont précieux. Je m’arrête 2/3 fois en m’engueulant  » Arrête de prendre des risques Frank, t’es pas à 5mn! Cela ne t’a pas servi de leçon au TGV..?! Si tu tombes et te fais mal, tu vas te maudire!! » Comme à la montée (normal c’est le même chemin) c’est très cailloteux et ça dérape souvent. J’essaye de bien controler et de garder de la souplesse pour ne pas traumatiser mon genou ou me tordre la cheville. Au ravito on m’avait annoncé 30/35mn mais en fait il me faut pas loin d’1h00 pour atteindre les premiers escaliers du village et de retrouver enfin avec bonheur du bitume. Je traverse le village sous les bravos des gens sur le pas de leur porte. Tout au long de cette épreuve, j’ai senti ce soutien et cette solidarité dans notre effort de la part des gens du cru. Je franchis la ligne d’arrivée en 5h52 avec les félicitations du speaker malgré mes 3h30 de plus que le vainqueur. Véronique est là et je m’affale sur une chaise. J’ai le sentiment d’avoir fait une perf malgré mon temps, je suis vraiment content d’être finisher, j’ai repris mes bonnes habitudes. Une bénévole me tend une bouteille d’eau, puis m’amène un Coca alors qu’arrive une concurrente. C’est bon je ne suis pas le dernier (en fait je serais 161 ème sur 176).

 

Quelques marches supplémentaires et je peux déguster à volonté les produits corses, le tout arrosé d’une Pietra (bière Corse) dans certainement le plus beau buffet d’après course qu’il m’ai été donné de voir (à noter également que Véronique qui m’accompagnait a pu en profiter pleinement également). Entouré de tous ces gens qui portent fièrement leur maillot « Corsa di l’Orienté » je me sens un peu des leurs car je partage avec eux, d’être venu à bout de cette course magnifique et très difficile.

 

Frank