L’ Occitane 6666: le récit- 2ème partie

Partie 2 : Lamalou- Olargues:    47Km/ 12h47’ de course

Je pénètre dans la salle des fêtes du casino, l’ambiance comme à Faugères est plutôt calme, la raison est toujours la même, on est est  fin de course. On peut comprendre que les bénévoles, qui voient défiler des coureurs depuis plusieurs heures (le 1er est passé il y a plus de 4h…) ne sautent pas au plafond quand je déboule à 8h du matin Je suis classé 188 ème sur les 206 qui arriveront à Lamalou dans les temps (info que je connais pas à cet instant, je me situe plutôt dans les 5 derniers). Immédiatement  je vais voir le médecin, une jeune femme charmante, pour lui raconter mes malheurs. Elle ne pourra pas me donner d’anti inflammatoire mais elle peut me proposer du Doliprane. OK! Pas de problème, il me faut un anti douleur sinon je ne pourrais pas repartir. Je mange (gâteaux salés, banane, chocolat), je bois (eau gazeuse, puis un thé chaud) confortablement assis avec les pieds posés sur une chaise, je profite au maximum de ce temps de repos,  j’ai 45 mn devant moi.

Je me suis installé en plein milieu de la salle et je constate que c’est un peu la loose côté coureurs, certains sont allongés endormis ou morts…? D’autres assis, le regard vide, ne donnant pas l’impression de vouloir repartir. 2 concurrents rentrent dans la salle, effectuent un passage à la table de ravitaillement et repartent aussitôt.  Leur bref arrêt  me fait cogiter et je commence à me dire que si je fais de vieux os ici je vais finir par ne plus décoller de Lamalou, un peu à l’image de ceux qui m’entourent. Cela fait déjà 20 mn que je suis arrivé, je ne sens pas de fatigue, mes douleurs aux genoux ont disparu, le doliprane doit commencer à faire effet. allez hop! Je ramasse mon sac, fais le plein de la poche à eau, remplis mon bidon d’eau gazeuse, embarque 1 banane et quelques morceaux de pains d’épices et ciao la compagnie ! Il est 8h32.

 

Section Lamalou- Colombières : 14.53 Km

Dehors, le soleil brille, le ciel est bleu et le Mont Caroux se dresse devant moi, j’ai 1h10 de retard sur mon plan (25 mn de marge sur la barrière horaire) mais je suis toujours dans la course. Dès la sortie du casino ça monte direct, je me lance dans un bon rythme de marche, bien aidé par mes bâtons. Au bout de 500m on quitte de la  ville et la route pour grimper droit sur un talus qui nous amène  sur une piste qui se révèle être une descente pour les VTT ! Au moment ou l’on croise une route je reviens sur un concurrent,  je le dépasse sans un regard, ça en fera toujours un de plus derrière moi, ils ne doivent pas être nombreux. Ca me rebooste le moral car cela signifie que j’avance finalement pas trop mal.

 

Je traverse le hameau de Combes (Km 47.3) à 9h15, je n’ai plus que 30 mn de retard sur mes prévisions, c’est un nouveau coup de fouet pour la montée vers Madale. Le parcours est toujours une alternance du GR, de pistes forestières et de sentiers utilisés par les VTT(en descente, pas fou les mecs, à se cogner ce genre de montée…).D’ailleurs ici et là je découvre des constructions aménagés pour éviter que les VTTistes n’aillent s’écraser contre les arbres. Je longe un hameau avec une portion de route plate voir même un peu en descente, j’en profite pour essayer de trottiner. Pas de douleur, ou tout au moins rien qui m’empêche de courir. C’est cool, je branche la musique et me laisse un peu aller à profiter du paysage, du soleil, au plaisir d’être là, de pouvoir marcher et courir sans souffrances. Je mesure la chance de continuer à participer activement à cette épreuve, que ce n’est pas donné à tout le monde, que certains ont déjà du abandonner pour cause de blessures physiques ou morales. je découvre aussi cette solitude, peu habituelle sur les courses auxquelles j’ai participé. Ce silence, hormis le bruit de la nature, ce calme, correspond plus à ce que j’attends de ce genre d’aventure. Je ne fuis pas le contact et les échanges, mais on profite plus de l’environnement  dans ces conditions.

Je remonte  doucement sur un concurrent, je découvre son dossard dorsal : 1087 ! Un coureur du Grand Raid (rappel : ils sont partis 5h30 et 30 Km avant moi). C’est forcément le dernier, mais de le rattraper, puis de le doubler me confortent dans ma forme retrouvée ! Km 51, le hameau de Madale, il est 10h20, je n’ai plus que 10 mn de retard ! Wahouou !!! Cette fois je suis regonflé à bloc, d’autant qu’aucune douleur (genoux ou ailleurs) ne se fait sentir. Après 2Km sur le plateau, c’est la descente, annoncée technique, caillouteuse avec des successions de dalles, le moment de vérité pour mes genoux, ma cheville et mes cuisses… Je me lance d’abord très prudemment, avec les bâtons pour assurer mes appuis. Puis progressivement, je me relâche et hausse le rythme, mais tout en restant très concentré ou je pose les pieds. Je récupère les bâtons dans une main et ne m’en sers plus que pour assurer mes appuis, sur les parties plus techniques. Je perds un peu de temps à dépasser un groupe de randonneurs, un peu surpris de voir un gars débouler aussi vite (par rapport à eux, on est bien d’accord) sur ce chemin quand même piège. Je me sens à l’aise et mon allure s’en ressent .Je rejoins un concurrent et me cale dans ses pas, cela m’évite toute enflammade et j’ai toujours en tête l’expérience de cette nuit ou j’ai voulu mener, me mettre en dehors de mon rythme avec toutes les conséquences fâcheuses derrière. Je me permet même un petit stop afin d’envoyer un SMS à ma belle sœur (la sœur de ma femme et non pas la femme de mon frère) pour lui annoncer l’estimation de l’ horaire (11h15/11h30) de mon arrivée à Colombières. Je retrouve mon lièvre un peu avant la place des Seilhols et dans la dernière descente j’entends des « Allez Frank ! Bravo ! » Valérie (ma belle sœur) et Alexis (son mari donc mon beau frère) sont sur le bord de la route. Impression étrange, car c’est la première fois que j’ai des supporters au beau milieu d’une course, c’est vraiment très réconfortant et agréable. Ils m’accompagnent jusqu’à l’entrée du ravito ou l’on se donne rendez vous vers midi pour mon départ de Colombières.

J’arrive dans la salle des fêtes (Km 57.5) à 11h24, pile poil dans le créneau de mon estimation (11h15/11h30), je suis 170 ème sur les 189 arrivants dans les temps à Colombières.  C’est limite l’euphorie, je viens de me faire plaisir durant toute la descente, aucune douleur (merci docteur et Doliprane), la famille qui vient m’accueillir et j’ai rattrapé tout mon retard. Quel contraste avec l’arrivée à Lamalou il y’a 3 heures. Je suis calmé par l’ambiance dans la salle,  même si c’est plus animée qu’à Lamalou, cela me rappelle que je suis en queue de course et que tout reste à faire. Un passage à la table du ravito pour prendre du coca et me faire 2 sandwichs saucisson,  je récupère mon drop bag et je me pose. Après avoir mangé et bu, je change de chaussures (des Hoka Rapa Nui je passe aux Hoka Stinson Evo), de maillot (j’enfile le beau maillot jaune  Occitane 6666 offert à la remise des dossard) et de chaussettes (des Compressport vertes je passe aux Compressport rouges.). Tout en me changeant je cherche des yeux la Doc. Je la trouve dehors et elle me refile sans problème mon gramme de Dolipranne. Valérie se dirige vers moi, il est déjà 12h00, le temps passe vite. C’est déjà l’heure de repartir pour la 2ème montée du Caroux.

 

Section Colombières- Mons 15.01 Km

Il est 12h08 lorsque je prends les escaliers qui marquent le début de la montée vers le plateau du Caroux. On est de suite dans le bain car ça grimpe sec et le chemin est parsemé de cailloux et tout de suite j’ai chaud. Je stoppe, j’enlève la veste, la range dans le sac et je repars. Le paysage est vraiment magnifique, on grimpe sous couvert de la forêt (et aussi du vent) en longeant la vallée, ce qui permet de profiter du panorama. La trace est commune à celle des randonneurs, d’ailleurs je rejoins une famille qui me cède le passage lorsqu’ils découvrent mon dossard  Je reste très attentif ou je pose les pieds car les rochers sont parfois très importants et il faut faire preuve d’agilité sur certains passages.

 

Toujours également avoir un œil sur les marques que l’on retrouve sur les arbres ou les rochers pour éviter de s’embarquer sur une fausse piste malgré qu’il y ait pas mal de monde sur le chemin entre les coureurs et les randonneurs. Cela me change, j’ étais habitué depuis cette nuit à être beaucoup plus seul sur le parcours. Je parviens au gîte de la Fage (Km 61.4) à 13h15, à la minute près de mon estimation. Je retrouve un petit groupe de coureurs au point d’eau (un robinet d’eau), 2 contrôleurs sont également là et nous indiquent le chemin à suivre. Mais cela ne m’empêche pas de m’égarer alors que je me suis mis dans la foulée d’un gars sans doute abusé par la beauté du site.  Le coin est superbe et c’est presque déçus de ne pas avoir à passer par cet endroit qui me rappelle les Aiguilles de Bavella en Corse que nous rebroussons chemin pour retrouver une balise. Nous sommes toujours sur le GR, mais désormais à découvert et le vent qui souffle ne facilite pas l’ascension. Nous sommes à 720m d’altitude il reste  encore 280m à gravir avant le sommet. Au vu de ma vitesse d’ascension (merci à ma Suunto Ambit) j’en ai pour 1 heure et non pas ½ heure comme je l’avais estimé sur le papier. Je continue en étant parfois obligé de m’aider des mains sur certains passages délicats et en regardant fréquemment l’altitude sur ma montre pour connaitre ce qu’il reste à grimper.

14h00, me voilà au sommet (63.3 Km), 1007m affiche la montre, un bon ¼ de plus que l’estimation du Road Book. la Tramontane souffle violemment, avec mon petit maillot manches courtes, j’ai presque froid. Je relance la mécanique sur le sentier, c’est plutôt sympa, plat (suffisamment rare pour être souligné) et l’on se faufile à travers les genêts. Je rejoins 2 coureurs qui font la 6666 en relais à 3 ils sont en pleine conversation. Je me marre car l’un des 2 commence systématiquement ses phrases par « Tu sais ». On se double et redouble au gré des petites montées et descentes qui agrémentent les 4 km du plateau. Je retrouve  plus loin un autre concurrent, c’est le dossard 78, surprise, c’est l’un des deux coureurs qui m’accompagnaient lorsque je me suis foulé la cheville, cette nuit. Bien que cela date que de quelques heures (12 environ) j’ai l’impression qu’il s’agit d’une autre course, d’une autre aventure, dans une autre vie. On discute un peu, je lui raconte un peu ma galère de la nuit. Je le sens un peu ailleurs, il semble avoir pas mal de difficultés, il est dans le dur. Le passage est plutôt roulant et je continue à mon rythme (c’est la dure loi de la course).

14h47, début de la descente sur Mons par le sentier des Gardes. Tout va bien, pas de douleurs (enfin celles qui vraiment vous font souffrir, faut pas exagérer non plus …) toujours dans le rythme, un paysage superbe, le soleil qui brille,  il y a 7h00, je n’en espérais pas tant. Après avoir profité un instant de la vue de la vallée et ma destination (Mons) je plonge (au figuré bien entendu) dans la forêt. C’est beaucoup moins roulant que la descente sur Colombières, beaucoup de passages techniques avec des franchissements de rochers, il est impossible de courir sur ce passage. Je marche très prudemment, certains rochers sont très glissants et comme il n’y a pas vraiment de sentier, il faut rester vigilant aussi car le ravin est impressionnant. Après 4 km de ce régime c’est la passerelle des Soupirs, je l’emprunte tranquillement, sur l’autre rive un photographe est posté, je lui fais mon plus beau sourire. Je retrouve la route et également le dossard 1087 (qui m’a donc redoublé), il est avec son «pacer» qui lui prodigue encouragements et conseils. Je reste un moment avec eux puis je les quitte dans la descente sur la base de loisirs de Mons, lieu du ravito.
Mons la Trivalle, 16h19, 71,4Km, mon Road Book me prévoyait 16h30! Si ça ce n’est pas de la bonne estimation!! 152 ème sur 172 concurrents arrivé dans les temps à Mons. Je n’ai pas ces informations à cette heure mais aujourd’hui à leur lecture, on se rend compte qu’on a perdu environ 20 coureurs sur la section depuis Colombières et que j’ai toujours une vingtaine de concurrents derrière moi. Ceci étant plus j’avance, plus les ravitaillements m’apparaissent animés. Ici, les coureurs sont, soit à l’extérieur avec les bénévoles qui profitent du soleil et de la douceur de la fin d’après midi, soit dans la salle pour se ravitailler ou se reposer. Je pénètre à l’intérieur et comme j’en ai désormais pris l’habitude, j’installe mes 2 chaises, que je colle à la table du ravito. avec les quelques coureurs présents on tape la causette avec le «barman» qui nous rappele qu’il fallait aller plus vite si on souhaitait avoir du pain lorsqu’on lui fait remarquer qu’il n’y en a plus… Sa manière de nous chambrer est plus ou moins bien accepté par les différents concurrents… Après avoir avalé une collation à l’allure de goûter (thé+pain d’épice+chocolat+coca+ gâteaux secs), je pars à la recherche de mon dealer préféré pour ma dose de Doliprane. Je la retrouve dehors, après avoir pris des nouvelles de ma santé (tout va bien grâce à vous et à votre remède miracle), je me prépare à repartir. J’avais prévu 30 mn de pause, elles sont quasiment écoulées. Une banane, quelques gâteaux dans la poche du sac, le plein d’eau gazeuse, le niveau de mélange Hydraminov+eau dans la poche, j’enfile ma veste et reprends la route.

 

Section Mons- Olargues: 17,5Km

Je démarre en même temps que Stéphane (le coureur avec qui j’ai terminé la descente sur Colombières.) Il est 17h00, j’apprécie cette heure de fin d’après midi. Une belle lumière éclaire le village de Mons qui donne une sérénité à l’endroit. On traverse le village en saluant les gens, certains s’étonnent quand on leur explique que nous sommes partis de Vailhan il y a maintenant 17heures et que l’on va à Roquebrun à près de 50 km de là. Une vieille dame nous accoste pour essayer de comprendre ce que l’on fai ici avec nos sacs et nos bâtons. On est obligés de couper court à cette conversation amicale, nous ne sommes pas d’ici et une longue route nous attend.

C’est aussi et surtout cela un ultra, ces moments partagés, ces rencontres, qui font d’une course de véritables aventures humaines. Nous voilà au pied de la 3ème et dernière montée sur le Caroux avec 2 étapes intermédiaires avant Olargues, le Bardou et le Pic du Montahut. Avec Stéphane on décide de progresser chacun à son rythme, de pas s’attendre ou s’obliger à se suivre. On sort du village, la montée est immédiatement abrupt, le parcours emprunte le GR et l’on peut ainsi utiliser les repères rouges et blancs pour s’orienter. Je prends de l’avance sur Stéphane avec l’aide de mes bâtons, mais même si un sentier se dessine, je dois parfois m’aider des mains pour franchir de gros blocs de pierre.

Au cours de cette montée j’effectue une pause de 1mn à chaque fois que je gravis 100m de dénivelé et même si parfois je suis tenté de m’arrêter avant je m’oblige à respecter cette cadence. Il est 18h00, l’heure de prendre mon Doliprane, j’arrive en vue  du Bardou, je m’approche d’un mazet, un petit banc m’accueille et je profite de cette pause pour manger une banane et  attendre Stéphane. Un coup d’oeil au Road Book, pour constater que j’avais prévu 18h20 pour le Bardou, je suis toujours dans les temps. Stéphane arrive et l’on repart immédiatement. Après avoir traversé le hameau du Bardou ou enquille le GR par une bonne descente vers la rivière. Après l’avoir traversé  je commence à grimper le talus par la droite, le passage me semble quand même bien compliqué, Stéphane derrière me signale que cela lui semble un peu trop dangereux, on fait demi tour avant de trouver une balise, en fait il fallait prendre sur la gauche…     Cap sur le Pic du Montahut, à environ 6 Km et 550m de D+, je fais un rapide calcul, cela devrait nous y amener vers les 20h30.

Le paysage est toujours aussi superbe, avec le soleil qui décline les zones à l’ombre sont de plus en plus importantes et amplifie le côté sauvage de la nature qui m’entoure. Ce sont ces sensations que je recherche dans ces épreuves d’ ultratrail, être au coeur d’un tel environnement, courant, marchant pendant des heures. Cela fait  bientôt 20h que je suis en course, soit presque une journée et une nuit entière , mais je ne ressens pas de saturation. J’en profite d’autant plus que j’ai toujours en tête les souffrances de cette nuit et de ce matin . 19h33 (Km80), je fais une petite pause vers un pin et je profite de la vue de la vallée derrière moi, vraiment magnifique avec cette lumière de fin de journée. De l’autre côté, le pic du Montahut, il reste encore beaucoup de chemin, je reprends ma route en trottinant . La lumière baisse de plus en plus, un léger sentiment d’inquiétude me gagne, j’ai l’impression de n’avoir pas vu un être vivant depuis des heures.

C’est avec un certain soulagement que je distingue  une silhouette plus haut, j’accélère afin de le rejoindre. Une fois à sa hauteur, rassuré de savoir que je ne suis pas seul au milieu de la montagne à cette heure, je pense rester en sa compagnie au moins jusqu’au sommet. Je papote un peu avec lui( vous savez comment ça fait quand on a rien dit pendant des heures on se sent obligés de raconter un peu tout et n’importe quoi). Au bout d’un moment je prends conscience que j’ai 10 m d’avance et que je parle un peu dans le vide. Tant pis, je continue seul, il est 20h00 quand je croise une piste et le point d’eau (958m, Km 81,3). Cela fait plaisir de retrouver des membres de l’organisation(en fait je suis très heureux de trouver des gens, la solitude doit commencer à me peser), je bois quelques gorgées d’eau fraiche et je remplis ma gourde. Ils m’indiquent la direction: encore 100m de forte grimpette, on pique à gauche, on contourne le Montahut et c’est la descente. Je suis toujours dans le timing même s’il me faut une bonne dizaine de minutes avant de vraiment commencer à descendre.

Au point d’eau ils m’ont prévenu, c’est très technique au début, ensuite facile et roulant avec une piste en lacet. Ils ne m’ont pas raconté de blagues pour le début, il n’y a aucun sentier et il faut bien chercher les marques sur les rochers pour rester sur la trace. Quelques cairns aident à l’orientation, mais là encore pas question de courir, déjà marcher c’est compliqué, je suis même parfois obligé de m’aider des 2 mains pour franchir les rochers. C’est de loin le passage le plus difficile depuis le début de la course et en descente cela est très vite éprouvant. J’essaye de trouver la trace la plus directe en m’aidant d’ un concurrent qui se trouve 50 m plus bas. Lorsque je vois qu’il rejoint la fameuse piste, je souffle un bon coup en me disant que ce calvaire est bientôt terminé (le passage technique, pas la course bien sur..). Une fois que je l’ai rejointe, je me détend, me relâche et retrouve avec plaisir un peu de vitesse.

Après quelques lacets roulants on surplombe une rivière, puis on traverse une piste avant 1,5km de sentier bien tracé qui nous amène au lieu dit le Cros. Il est 20h40, à couvert de la forêt  la visibilité devient plus difficile. Depuis un moment, j’aperçois au fil des détours du chemin un petit groupe de coureurs que j’aimerais bien rejoindre afin de me caler dans leur pas. Je passe au hameau du Cros, on retrouve la route et dans la descente qui amène à Olargues je finis par rejoindre les 4 coureurs que j’avais en point de mire. Arrivé à leur hauteur, un petit salut et au lieu de me mettre dans leur foulée, je continue sur ma lancée, porté par mes Hoka, it’s time to fly! Un croisement, une grande route (après ce que j’ai traversé j’ai l’impression que cette départementale est une véritable autoroute.) et j’arrive en vue d’Olargues.

Après avoir traversé le pont, donné un petit bonjour à 2 jeunes filles assises sur le parapet, je suis les indications qui nous font grimper tout en haut du village. Bon, c’est superbe, mais après plus de 85 Km, j’avoue que je ne suis pas dans l’état d’esprit à jouer au touriste. Je descends les escaliers à l’intérieur de la Commanderie sans utiliser les bâtons comme on nous l’a recommandé , je prends la direction de la mairie et après cette visite non guidée du village j’arrive au ravito. 88,6 Km, il est 21h19, je suis 133 ème sur les 152 qui rallieront Olargues dans les délais. Même constat que pour les points de contrôle précédents (après la course bien entendu), la course a perdu encore une vingtaine de coureurs et j’en ai toujours une vingtaine derrière moi. J’avais estimé mon arrivée à 21h30, donc je suis toujours dans le prévisionnel. Je suis très content d’arriver à Olargues, c’était vraiment mon objectif premier, c’est déjà une victoire, j’ai passé le Caroux, terminé les 3 montées. Maintenant place à la troisième et dernière partie de cette épreuve, peut être plus facile au niveau du parcours, mais on rentre dans la deuxième nuit et surtout c’est la découverte de durées et de distances de course que je n’ai encore jamais parcourues.

A suivre.