Course

Marathon du Mont-Blanc 2018 : Décor de rêve et hors délai

La date était fixée depuis longtemps avec les copains, ça faisait presque un an qu’on parlait de cette course. Je savais que c’était une course difficile, je savais que c’était une course technique et exigeante, j’avais à coeur de faire de mon mieux mais je n’étais sans doute pas complètement prêt… Je ne connaissais pas le col des posettes et la descente qui s’en suit et c’est sans doute elle qui a eu raison de moi. Ce que je retiens : c’est que l’admiration que j’avais pour des traileurs comme Kilian Jornet a grandi : 3h54 sur ce parcours c’est tout simplement surhumain… Descendre de l’aiguillette des posettes avec des pointes à plus de 15 km/h me semble complétement surréalites.

J’avoue que la nuit a été courte, j’étais content car il allait faire beau et c’est quand même mieux de voir ce superbe décor plutôt que de naviguer dans le brouillard comme cela peut être le cas parfois. En me levant, je me sens bien, une douche pour se réveiller, le déjeuner bien choisi, boire pour s’hydrater… Nous arrivons sur la ligne de départ quelques minutes avant le briefing. Impossible de voir les élites, la place du triangle de l’amitié est déjà noire de monde. On est derrière tout le monde et on mettra quelques minutes à passer la ligne de départ.

J’essaye de gagner des places dans les rues de Chamonix et sur les premiers chemins blancs. Je me sens très bien et je suis en confiance, j’avance à un bon rythme, On rentre dans la forêt avec les premières montées, cela se passe bien, les chemins commencent à rétrécir et il y a des bouchons mais ça repart assez vite. Il fait bon dans la forêt, ni trop chaud ni trop froid. j’arrive au premier ravitaillement en 1h12 pour 10 kilomètres, je sais que c’est la partie la plus facile mais ça me met en confiance. Je me dis qu’il ne devrait pas y avoir de problème de délai et comme certains le disent, tu comptes le double de ton temps sur marathon. Je sais que je suis parti pour au moins 8 heures de course. Les premières montées sérieuses arrivent mais cela passe bien.

Je passe au deuxième ravitaillement, j’ai 18 kilomètres à ma montre et déjà 2h20, rien à dire je sais que les choses sérieuses commencement mais je me sens prêt, la montée de l’envers est encourageante avec tout ce monde mais en haut du champ avant de rentrer dans le single dans la forêt, nous sommes complètement bloqués pendant de longues minutes. L’ambiance est détendue et une fois le bouchon passé, tout le monde se met dans le rythme.

La montée est abrupte par moments mais cela correspond au pourcentage de pente que j’avais travaillé mais sans doute pas aussi technique : pierres, racines d’arbres, rochers,… On sort de la forêt pour arriver sur les pistes de ski, c’est large et ça monte fort, mais on ne se gêne pas entre coureurs. On arrive au dernier ravitaillement et bizarrement j’ai déjà 2 kilomètres de plus que ce qui était annoncé, ça fait quelques minutes que je me dis « je devrais pas tarder à être au ravitaillement ». Je fais le plein et je repars.

Je vois l’aiguillette des posettes au loin et je gère le rythme pour arriver en haut et gérer au mieux la descente. A ce moment là je ne suis pas inquiet sur la suite des événements, il y a 5 kilomètres de descente après, j’aime bien les descentes en général, ça permettra de faire descendre le cardio et de rattraper un peu de temps. la dernière partie. J’arrive en haut, je profite du paysage et je me lance dans la descente, les jambes ont pris cher dans la montée mais j’essaye de prendre du rythme, c’est plus difficile que je ne le pensais, il faut vraiment gérer l’aspect technique, c’est compliqué, chaque foulée doit être calculée. Première alerte, j’ai la cheville droite qui part et je manque de me faire une entorse, j’essaye d’être vigilant mais après plusieurs de courses c’est pas simple. Quelques minutes plus tard, deuxième frayeur, mon pied heurte une pierre ou une racine, je suis projeté en avant et je me rattrape in-extremis, je ressens un gros coup d’adrenaline… j’ai eu peur, je décide de calmer le jeu. Quelques minutes plus tard, un coureur est en train de se faire secourir par le PGHM… 3ème alerte en quelques minutes, il faut que je reste raisonnable dans la descente…

Le temps que je mets à faire un kilomètre commence à m’inquiéter, je fais des projections et je commence à me dire qu’il faut garder le rythme pour que ça passe. Sur la fin de la descente, c’est plus praticable mais les jambes commencent à être dures. J’ai du mal à prendre du rythme. Des promeneurs nous annoncent le ravitaillement à 200 mètres, je suis content… ça passe large… en fait pas du tout, c’est juste une fontaine… rien à voir avec un ravitaillement… Les coureurs autour de moi, commencent à dire qu’on va être hors délai. Je ne dis rien mais c’est ce que je pense depuis quelques minutes… ça va être compliqué. La descente parait interminable et je sais que j’ai un décalage sur mon GPS alors je ne sais plus trop où j’en suis.

Les informations sont toutes contradictoires « plus que 200 mètres », « c’est juste après la bosse »… en fait pas du tout… je comprends pas pourquoi les gens ne disent pas la vérité ? un peu de sadisme ? Une femme vient à notre rencontre et nous dit que la barrière horaire est repoussée de 15 minutes. C’est une bonne nouvelle mais est-ce que cela sera suffisant ?

Les jambes ont du mal à répondre, j’ai du mal à relancer, j’alterne marche et course en fonction du dénivelé,… j’entends des « tu y es presque » et je vois qu’il est 12h45… je suis sans aucun doute hors délai, je vois le ravitaillement mais ça sera trop juste. Les bénévoles sont sur la ligne de chronométrage, une femme gentille me regarde compatissante en me dit « je suis désolée »… ça s’est joué à presque rien… mais est-ce que j’aurais pu continuer ?

Je me ravitaille, on parle avec les autres dans le même cas, il y a beaucoup d’émotions mais les gens restent réalistes et raisonnables… je prend le bus pour rentrer sur Chamonix pour rejoindre mes amis qui eux passeront la ligne d’arrivée.

Après une nuit de repos, les émotions sont encore fraîches dans ma tête, j’essaye de comprendre… je vais encore mûrir un peu avant d’analyser le pourquoi de cet échec… En tout cas, je garde un souvenir extraordinaire de cette journée, de ce voyage entre amis et de cette course.