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Ceci étant, il ne faut pas s’arrêter à ces simples constatations et même s’il ne s’agit pas d’un acte prémédité, un certain nombre de signes annonçaient un tel scénario. Pour commencer celui d’avoir pris le départ en étant blessé. En effet, c’est avec une entorse de la cheville gauche (déjà fragile) que je démarrais l’épreuve. Malgré des glaçages quotidiens et le port d’une chevillière durant la journée, je ne commençais pas la course avec toute mon intégrité physique. D’autant, que suivant le phénomène connu de compensation, j’avais réveillé une douleur récurrente au genou droit (et oui, il ne fait pas bon vieillir).
D’autre part je m’étais impliqué sérieusement au niveau de la préparation de cette épreuve. Déjà pour évacuer la frustration de mon échec sur l ’UTMB. J’avais ainsi effectué plusieurs reconnaissances du parcours (plus facile quand on est un local) et mis en place avec mon coach une programmation structurée de mon entraînement. Mais avec le gros changement de météo ce n’était plus la même course. Que ce soit au niveau du matériel comme du plan de route rien de ce qui avait été essayé et prévu n’a fonctionné durant cette édition de la Saintélyon. Les sensations, le plaisir attendu, rien n’était au rendez vous, sans parler des espoirs éventuels de « performances », relégués au fond du sac dès la sortie de Sorbiers… Le physique s’était imposé au mental et avait choisi d’arrêter la machine.
J’ai alors repensé à ce qui avait entraîné mon abandon sur 2 autres course cette année. En Juillet sur le Trail des Glaciers de la Vanoise et lors de ce que l’on ne peut décemment pas appeler en 2012, l’UTMB.
La perspective de trouver des meilleures conditions de course et la détermination à dépasser ses limites, afin d’atteindre l’objectif, ne sont pas là. On s’interroge, avant de décider de continuer malgré tout. La Balme avec son feux qui réchauffe plus le corps que l’esprit, nous redonne quand même quelques énergies positives. Mais la redescente, infernale, dans des conditions dantesques (neige, brouillard, froid, dangerosité de certains passages, etc..) sur les Contamines vont finir de nous achever. A 7h du matin, convaincu que ces conditions seront notre lot durant toute la journée, la barrière horaire aux fesses, le constat que sans assistance nous ne pourrons pas nous refaire la cerise aux ravitos, on arrête les frais au Contamines. Même si le physique pouvait continuer, cette fois c’est la tête qui dit non ! Aucun plaisir, pas de motivation, s’obstiner n’aurait servi qu’à se dégoutter de la course à pied. Ce qui s’impose de suite dans cet arrêt de la course, c’est qu’il était plus ou moins déjà écrit au départ, qu’il ne fallait pas beaucoup pour le motiver. Avoir quitté Chamonix, 2h00 après notre retour en bus, le montre bien, on se taille d’ici…
L’éventualité de l’abandon est toujours présente, mais elle n’est concevable que lorsque les conditions de la course seront au-delà de l’imaginable et de notre dépassement de soi. Lorsque toutes les limites connues, voire inconnues seront franchies… A ce sujet il est intéressant de noter que dans certaines situations notre cerveau peut partir en exploration dans des voyages, dont on ne sait pas d’ailleurs, toujours comment on en reviendra. J’ai, à ce propos, un souvenir lors de l’étape longue du MDS, qui me rappelle, que parfois, il serait justement plus sage de savoir contrôler ses sensations et maitriser son corps pour lui dire halte! L’exemple de concurrents franchissant parfois la ligne d’arrivée dans des états irrationnels physiquement ou mentalement pose la question… En conclusion, force est de reconnaître que si effectivement on ne va pas s’auto flageller en s’accusant d’avoir tout fait pour aller à sa perte, reste que le manque de discernement, d’analyse ou d’expérience tout simplement, nous entraîne dans une chaîne d’actions, de réactions qui ne peuvent qu’aboutir à l’échec. Parler de stratégie serait exagéré, mais d’échec programmé pas loin de la vérité. Souhaitons que cela serve de leçons et que cet échec ne soit pas que cela. Que dorénavant pour prendre mon cas, je sache prendre le temps de reprendre des forces avant d’attaquer un passage difficile, que je suive ma tête quand la détermination ou la volonté ne sont pas à la hauteur de l’évènement et écouter mon corps quand celui-ci me dit qu’il n’est pas en état de m’accompagner dans ce défi.
Frank
NB : Je précise que ce propos vise, bien entendu, les coureurs comme moi, qui n’ont aucune ambition quelconque de classement et encore de moins de remporter l’épreuve. La notion d’abandon pour ces athlètes étant alors un choix beaucoup plus évident et pragmatique dès lors que la performance n’est pas à la hauteur de ce qu’ils avaient envisagé au départ.