Un magnifique sourire


 

Ouinnnn !!!!!!!!!!!!!!! snif !!!!!!!!!!!!!!!!

Pardonnez-moi, mais je viens juste de me souvenir d’une course qui m’a valu bien des soucis.

N’avez-vous jamais cauchemardé, la nuit, de la course la plus effrayante qui soit ? De celle qui vous a pris la tête parce que l’organisation vous a donné l’impression d’être à côté de la plaque ? Ou encore, de celle qui vous a fait le plus mal au cœur car vous vous êtes tant investi dans cette « course objectif » et que vos performances le jour « J » n’étaient vraiment pas aux rendez-vous ?

La course à pied peut parfois vous rendre bileux si vous êtes un incorrigible émotif ou obsédé du chrono.

Au-delà de ces 3 cas de figures caricaturaux (ou peut-être véridiques, qui sait?) , pour ma part, je me souviendrai toujours de cette course de préparation que j’avais réalisée 2 semaines avant les 10 km de l’Equipe.

Sur l’insistance d’un ami, je m’étais permis de faire une entorse à mon plan d’entraînement (le premier qui dit « Oh ! Le vilain ! » , jette la première running!) en acceptant de faire une petite course de préparation de 10 ou de 12km. Ah ! La bonne ambiance des petites compétitions, le dimanche matin, telle une kermesse de village ! Le doux son du micro du speaker qui crépite, les quelques spectateurs qui vous acclament sur le parcours, la jolie petite bénévole toute mimi qui vous remets votre médaille (Oui !? Euh ! Enfin, dans mes rêves !) . Ce fut une proposition alléchante pour celui qui commence à être rebuté par les longues sorties dominicales, en solitaire, durant sa préparation au marathon couru un mois et demi auparavant. C’était aussi une façon de me faire pardonner auprès de cet ami qui avait l’impression que je le snobais en refusant chaque semaine, pour cause d’intérêt majeur pour la préparation de votre marathon marathon, tous les cross et 10 kil’ existant dans la région.

N’ayant, à 31 ans, toujours pas le permis de conduire (le premier qui dit « Oh ! Le Tanguy ! » , jette sa seconde running ! ……….Enfin ! Pas sur moi !!! Triples buses !) , je me trouve quelque peu tributaire de cet ami tant pour mes déplacements que pour le choix de la course.

La veille au soir, alors que je pensais qu’on m’avait oublié, mon ami m’appelle pour m’annoncer qu’il m’invitait à courir avec lui dans une commune dont j’entendais le nom pour la première fois. C’était pour lui comme une sorte de pèlerinage dans le coin de campagne de son enfance (Ah ! La course à pied, quelle madeleine de Proust !) . Un 12 km route et nature. Peu d’information sur le site internet de la course. Chiche, j’y vais.

La nuit précédent la course est orageuse, l’air pesant. Je ne parviens pas trouver le sommeil mais tente malgré tout de dompter cette insomnie imposée par le fracas du tonnerre et la chaleur qui m’assèche la gorge. Néanmoins, j’ai la flemme de descendre dans la cuisine chercher une bouteille d’eau (mauvais calcul, pour le coup) . A 4h30 du matin, l’orage cesse mais l’air reste lourd et le sommeil plus léger. 7H30, catastrophe ! Je ne suis toujours pas levé et mon camarade de course m’attend pour 8h00 à plusieurs quartiers de chez moi ; il n’ose s’aventurer dans mon quartier, peur d’être perdu dans ce labyrinthe de ruelles en sens unique. J’ai donc à peine 15 minutes pour me changer, prendre, le plus léger des petits déjeuners (un bol de chicorée au lait et un yaourt) . Par chance, mon sac était déjà prêt la veille avec 2 bidons de boisson énergétique comme bien modeste en-cas pour la route.

Je cours comme un dératé, malgré les jambes lourdes et les yeux encore rougis par le sommeil, pour arriver à l’heure du rendez-vous. 5 minutes de retard. hirsute et pas rasé. Le collègue commence déjà à s’impatienter. Bonjour le stress dès le matin. Bordel !

Mon comparse m’annonce que la course commencera à 10h et que les inscriptions pourront être prises jusqu’à 9h45. Néanmoins, il faudra, selon ses souvenirs, faire 1h15 de trajet. Gloups ! Je me dis que cela va être un peu léger pour trouver le temps de s’inscrire et de s’échauffer, une fois arrivé sur place. Mon ami ajoute qu’il prendra le départ avec très peu d’échauffement et parcourra les 1ers kilomètres « très cool » (pour lui, « très cool » , c’est 90% de sa VMA !) . Je me dis, comme pour les rillettes, que nous n’avons pas les mêmes valeurs, or je suis déjà dans la voiture et je ne peux plus reculer (Que celui qui ose dire que j’ai manqué de sagesse, lance la première running…………Oh ! C’est bête ! Vous avez déjà lancé la paire entière tout à l’heure ! Gniark ! Gniark !) .

Alea jacta est ! Faut y aller, ma doué !

En sortant de Rouen, grosse stupeur ! Mon ami m’annonce ne plus se souvenir s’il est adéquat de prendre soit l’autoroute, soit le réseau de départementales. Il me demande su j’avais jeté un coup d’œil sur Mappy. « Quoiiiiiiiii ? » M’écrie-je en mon for intérieur. La veille au soir, il se vantait de connaître tous les moindres chemins pour aller sur cette course ! « Ben ! Euh !? Non !? » , lui ai-je répondu, déconcerté. Je lui demande, à tout hasard, s’il a une carte routière ; réponse négative et pour ce réfractaire à la technologie, point de salut par un quelconque GPS.

Il prend finalement la décision de passer par les départementales sur lesquelles ses souvenirs pourraient se raviver et économiser, au passage, quelques deniers en évitant ainsi les péages.

Le trajet est long, surtout lorsqu’on regarde sa montre toutes les 2 minutes. Mon ami tâtonne, fait des détours, demande aux promeneurs la route vers cette commune qui a l’air d’être complément perdue dans la campagne normande (« Pour lui, tout a commencé par une nuit sombre, le long d’une route solitaire de campagne, alors qu’il cherchait un raccourci qu’il ne trouva jamais. Cela a commencé par une auberge abandonnée, et par un homme que le manque de sommeil avait rendu trop las pour continuer sa route. Cela a commencé par l’atterrissage d’un vaisseau venu d’une autre galaxie. Maintenant, David VINCENT sait que les Envahisseurs sont là, qu’ils ont pris forme humaine, et qu’il lui faut convaincre un monde incrédule que le cauchemar a déjà commencé. » Oh ! Excusez-moi ! Chers lecteurs ! Un moment d’égarement…) . Mon collègue peste, contre les passants déjà avinés le dimanche matin au lieu de se consacrer à de plus saintes occupations (In vino veritas) , contre la DDE qui n’est pas fichue d’installer les panneaux de direction tant convoités. « Même si on arrive en retard, je courrais sans dossard » , dit-il, avant d’ajouter en rigolant « On doit vraiment nous prendre des fous pour se lever tôt le dimanche courir. ». Je suis emmuré dans le silence, plus atterré que mort (…d’inquiétude!) .

9h43, le lieu de départ tant recherché est enfin trouvé. Il pleut des cordes et l’air lourd. Les autres coureurs terminent déjà leur échauffement et se dirigent vers la ligne de départ. Le local des inscriptions est introuvable, nous faisons 3 fois le tour de l’église du village avant de le trouver dans une ruelle à la dérobée.

Je commence à sortir en hâte mon carnet de pass, mon chèque-running (ou l’inverse, je ne sais plus ! Je peine à trouver mon chéquier et mon pass’running) . A la table des inscriptions, une dame sortant de je-ne-sais-quel improbable séminaire sur la gestion du stress me susurre d’une voix embrumée « reprenez votre resssssspiration ! Focalisez-vouuuuus sur l’instant préssssssent ! » . Pas le temps de lui répondre mais j’étais à deux doigts de lui répondre avec la voix de John RAMBO « Fais pas chier la vieille ! Bouaaah ! Ou je te fais une guerre que tu vas regretter ! Tu sais d’où je viens ? J’ai fais le marathon de Paris avec le colonel TRAUTMANN. Ça courait de partouuuuut ! Ce n’était pas ma guerre ! C’étaient eux qui ont versé le premier sang ! Oooooh, ma têêêêêête ! Bouaaaaah ! » (Bon ! J’arrête d’écouter Laurent GERRA, le matin, à la radio) .

Je retourne à la voiture, à la va-vite, pour enlever mon survet’, mettre mon dossard jusqu’à … Zut ! La poisse ! Mon accéléromètre est HS, plus de pile ! Et le speaker qui râle au micro pour rameuter les derniers retardataires sur la ligne de départ. Même pas le temps de boire un peu d’eau alors que j’ai la gorge sèche.

Le départ est donné mais, à froid, mes muscles sont douloureux. Au bout de 500 m, pris dans le flux des autres coureurs, je suis déjà dans le rouge. Je voudrais bien abandonner mais mon foutu orgueil m’en empêche. Pas question de se faire railler par les collègues de travail, le lundi matin, qui auront déjà vu votre résultat publié sur le net, le soir même de la course

2 tours de circuit à travers routes et champs. Les chemins où passent habituellement les tracteurs sont recouverts de hautes herbes masquant des trous ; les appuis sont improbables et douloureux. Une simple course de préparation de 12 km courue à vitesse semi-marathon paraît se transformer en un mauvais « Koh-Lantah » .

1h07 plus tard, dépité et écœuré, je me fais chambrer par mon comparse qui me fait remarquer que j’avais terminé au côté d’une jolie plante. « Ben, alors ! Tu te tapais la causette, dragueur ? » Cette jolie naïade aura eu le mérite de me casser les oreilles, derrière mon dos, à chaque virage ou montée par ses « ouuuuuuuuuh ! » , ses « aaaaaaaaah ! » ou ses « ooooh ! c’est duuuur ! » ; impossible de la semer durant les 12 km, la Castafiore.

Contre toute attente, arrive le plus doux moment d’une matinée, la remise du panier garni à tous les coureurs, des mains d’une jolie bénévole au sourire angélique. La bise en prime ! Piteux et poissard j’avais été, piteux et poissard, je ne suis plus. Un magnifique sourire et près de 8 heures de mauvais souvenirs et de petits tracas insignifiants disparaissaient comme par magie. Pour une fois, ce n’était pas un rêve.

2 semaines plus tard, à Paris, je battais mon record sur 10 km. Mais ceci est une autre histoire.

2 commentaires sur “Un magnifique sourire”


Posté par nolwenn Le 26 juin 2011 à 8:44

Un texte très sympa! On s’y croirait. Y a effectivement des jours comme ça, où on ne sait pas pourquoi on s’est laissé embarquer dans ce genre de galère. Mais avec un happy end, ça résout tout! (Et je suis très fan de la belle plante qui pousse d’insupportables cris)

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Posté par pierreyves Le 2 août 2012 à 13:12

Je viens de virer un commentaire faisant l’éloge et la pub d’un site porno datant du 23 juillet dernier. Ce type de texte n’a que faire sur ce site. A l’avenir, j’invite toutes les personnes ayant ce genre de velléité de s’en abstenir par respect pour les auteurs et les lecteurs de notre blog.

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