Triathlon de Gérardmer distance olympique 2016 : le rêve



 

reve-enferLa date était sur mon calendrier depuis un moment, je m’étais inscrit le jour de l’ouverture des inscriptions car je voulais faire cette épreuve depuis que je fais du triathlon : la distance olympique de Gérardmer dans les Vosges. Les inscriptions ouvrent des mois à l’avance et les dossards sont très vite attribués. Presque onze mois à l’avance, j’avais pris mon dossard. Une course que certains annoncent comme mythique avec une ambiance hors norme pour une épreuve de ce type.

L’été n’avait pas été formidable puisque j’avais du subir une bonne angine qui m’a privé du X-Terra mais qui a aussi mis un gros coup sur mes performances et la reprise fut longue. A cela s’ajoute quelques autres contretemps durant l’été et une casse vélo à 2 semaines de l’épreuve… Je n’arrivais pas forcément serain sur l’épreuve. J’avais pourtant bien pris le temps de me reposer la semaine avant en faisant des bonnes nuits.

Le départ donné à 13h30 permet de se lever tranquillement et de déjeuner correctement, je fais un bon petit déjeuner : thé, céréales, jus de fruits, fruits, pain aux céréales,… Tout va pour le mieux. Au hasard de mes lecteurs des réseaux sociaux, j’apprends que Matthieu de Frenchfuel et Anne Dubndidu seront également de la partie. C’est une bonne nouvelle de retrouver des gens qu’on ne voit pas souvent sur ce genre d’épreuve.

Comme toujours, je me rend sur le lieu de l’épreuve avec ma petite smart et comme à chaque fois je fais l’étonnement des autres triathlètes qui ne pensent pas qu’on peut mettre un vélo (route ou VTT) dans le coffre. Je vous l’assure cela passe largement simplement en enlevant les roues et cela prend 5 minutes. Il suffit juste d’avoir un peu le compas dans l’oeil et une vieille couverture pour ne pas tâcher la voiture avec la graisse.

Je retire mon dossard , le 46 (il faut savoir que le numéro de dossard est attribué dans l’ordre des inscriptions après les professionnels pour avoir un numéro de dossard le plus petit possible il suffit de s’inscrire le plus tôt possible) et je retourne à la voiture pour me préparer. Je monte mon vélo, je vérifie la pression des pneus, les freins, le changement de vitesse,… Tout est prêt, je me dirige vers le parc à vélo. Je m’installe et je me refais les transitions dans ma tête. Je vérifie que chaque chose est à sa place. J’en profite pour manger une barre de céréales et je déambule dans le parc pour voir les gens et les vélos. Il ne me reste plus qu’a enfiler la combinaison, je mets juste les jambes.

Je retrouve Matthieu et Anne, on discute, je leur parle de la Rayée (la montée que tout le monde craint, il faudra la monter à 3 reprises), ils ne semblent pas trop inquiets. Personnellement je ne l’ai jamais monté en vélo mais je l’ai déjà monté en voiture et je me souviens que cela monte fort. J’ai regardé sur Strava, la montée fait presque 3,5 km à 6% de moyenne et il y a des passages à près de 15%… autant dire que c’est un mur.

On se dirige vers le départ : 1500 m en natation avec un départ à 900 triathlètes… ça va être chaud. Je vais appliquer ma stratégie : partir sur l’extérieur du premier virage pour être large et bien nager. L’ambiance monte, les spectateurs sont sur une passerelle et nous sommes juste en dessous au bord du lac. Le speaker fait un travail énorme, l’ambiance est électrique. Le compte à rebours est lancé, il n’y a plus moyen de reculer. J’ai hâte de me lancer dans l’eau pour enfin commencer. On se tape dans les mains et c’est parti.

Je m’écarte du peloton et je nage à mon rythme. La natation n’est pas mon point forme, je cherche juste à prendre du plaisir. L’eau n’est pas froide, la combinaison fait le boulot et je suis content de moi, j’ai réglé ma Garmin Fénix 3 pour vibre tous les 500 mètres pour avoir une petite idée d’où j’en suis. Un autre nageur me percute en perpendiculaire, je m’arrête pour vérifier mon objectif, je suis bien dans la ligne. Le pauvre il était vraiment dans le mauvais sens. La nage se passe super bien et après 1000 mètres parcourus, j’ai des supers sensations : l’impression de prendre la vague et de glisser légèrement sur l’eau. La sensation est super agréable et cela me donne des ailes.

Seul petit bémol, les bouées sont jaunes et rouges et les bonnets des nageurs sont également jaunes et rouges, il est donc difficile de se repérer mais je m’en sors bien. Je n’ai pas fait de chemin excessif, juste ce qu’il faut pour ne pas être au milieu du peloton. La transition se passe bien, je monte sur le vélo pieds nus, les chaussures sont bien fixées mais je rate une des deux chaussures l’élastique casse et je n’ai pas encore le pied dans la chaussure. Je galère un peu mais ça passe. C’est parti pour un peu plus de quarante kilomètres de vélo et « La Rayée » va arriver tout de suite.

Je tourne à droite puis à gauche et à nouveau à droite et là…. je vois un mur devant, un mur noir de monde. De chaque coté, des centaines de personnes encouragent les cyclistes. Je me lance à fond, je pédale dur, je mets le dernier pignon mais c’est toujours dur. J’ai beaucoup de mal à pédaler, cela me semble dur mais c’est la fameuse partie à 15% il faut s’accrocher. Je m’en sors par rapport aux autres. La foule s’écarte devant toi, c’est incroyable, c’est encourageant, c’est motivant,… Voir chaque visage, qui t’encourage c’est une super énergie.

Une autre speaker est au milieu de la pente, il booste la foule et les coureurs. La musique est à fond, les sirènes, on ne sait plus où donner de la tête. On ne pense à rien juste à donner le maximum et ne pas être ridicule en posant le pied. Le plus gros est passé, mon capteur cardiaque s’emballe, je sens que j’ai beaucoup donné avec les encouragements de la foule. D’un coup, je m’aperçois que je suis sur le grand plateau… Je n’ai même pas vu avant… pas étonnant que c’était si dur c’était pas uniquement dû à la pente.

Après un ravitaillement et un dernier coup de cul, on arrive en haut. Il s’en suit un plat sur une petite route de montagne où je me dis « il va encore falloir monter cette côte 2 fois… ». Ensuite on descend une route de montagne toujours sinueuse. Il faut être vigilant, une petite erreur et c’est l’abandon. Il commence à y avoir quelques gouttes mais rien de méchant.

Début du deuxième tour, je m’apprête à reprendre ce mur à plus de 15%… j’arrive en bas, je prends le temps de mettre le petit plateau (bizarrement ça passe beaucoup mieux que tout à l’heure), je monte tranquillement les pignons. Je pousse encore une fois et non en fait je suis au bout. Étonnement ma chaine saute, je dois m’arrêter là maintenant au milieu de la foule qui m’encourage.

Je sors la cale, je pose les pieds par terre. Sans que j’ai le temps de m’en rendre compte, un spectateur a pris mon vélo et remis ma chaine. Il hurle « vas-y remonte » et me pousse sur quelques mètres… Je reprends le rythme sans souci et je m’interroge sur ce qu’il vient de se passer… Je n’ai rien compris… En pédalant, je ressasse ce moment surréaliste dans ma tête… Quelle expérience… Tout se passe bien sur la fin de la montée, mais j’ai le quadriceps droit qui commence à chauffer sérieusement, je suis à la limite de la crampe sur certaines portions mais cela s’estompe quand la pente diminue.

La pluie commence à tomber, j’aperçois le dossard d’Anne devant, je la double en lui demandant si ça va. Elle lance pas convaincue « il me reste encore un tour ». Je continue à tout donner, j’ai peur de cette barrière horaire alors que je sais qu’elle est large mais je me pose des questions : est-ce que j’ai mal lu le règlement ? ai-je bien compris la phrase… Dans la descente sous la pluie, je me fais une petite frayeur, la route glisse, les freins sont moins efficaces et je roule très vite quand même mais ça passe… J’ai fait des pointes à 55 km/h sous la pluie avec une route trempée… A ce moment là, je n’avais pas de vitesse sur ma montre car j’avais le temps total pour vérifier la barrière horaires. Je boucle le deuxième tour avec un temps assez proche du premier c’est bon signe.

Je me lance dans le dernier tour, « La Rayée » est moins dense, une partie des spectateurs est descendue voir les premiers en course à pied. La foule est moins présente mais on est toujours encouragé. En arrivant juste avant le dernier passage au point haut, je vois un groupe de spectateurs qui hurle « la danseuse ! la danseuse ! ». Dans un dernier effort, je me mets en danseuse pour passer cette dernière bosse. J’essaye de me relancer sur le plat et dans la descente, mais cela commence à devenir dur. J’arrive sur l’aire de transition, je déchausse sur le vélo. D’après le chrono, j’ai fait un petit moins bien. J’ai surtout un peu calmé le jeu dans la descente, histoire d’arriver entier.

Je mets mes chaussettes et mes chaussures que j’avais mis dans une boite en plastique. Je suis content de mettre des trucs secs sur moi car tout le reste est trempé. Il me reste 2 boucles de 5 kilomètres. Je vais essayer de trouver le bon rythme et le garder. Il y a des bonnes petites côtes sur le parcours course à pied. A chaque fois que l’on monte, mon biceps fémoral est à la limite de la crampe mais cela se passe bien, je garde le rythme mais je ne surveille pas la montre. Je suis bien ça va bien se passer, je m’alimente à chaque ravitaillement tout en gardant le rythme. Je croise Anne à deux reprises sur les 10 kilomètres, je fais l’effort d’aller lui taper dans la main pour qu’on se motive. Je vais boucler les 2 tours avec quelques secondes de différences, je n’ai donc pas fléchi au niveau du rythme.

J’arrive au bout, le speaker scande votre nom, les bénévoles vous félicitent à l’arrivée,… je suis complétement dans ma bulle. Je savais que cela ne serait pas une partie de plaisir, je savais que ce n’était pas l’addition de 2 triathlons S. Je savais que ce parcours était réputé pour être très dur. Alors : oui c’était dur, oui les conditions étaient terribles avec la pluie qui vous fouette le visage dans les descentes, oui cette côte est incroyable et il faut la monter 3 fois, mais qu’est-ce qu’on est content de l’avoir fait.

Je retire de cette expérience un excellent moment, une course bien gérée de bout en bout, du plaisir pendant la nage, sur le vélo et en course à pied. Aucun souci. C’était tout juste une course de rêve dans un environnement dantesque.

Merci aux amis qui m’ont encouragé.

Merci aux organisateurs de faire un événement aussi énorme en Lorraine.

Merci aux bénévoles pour les petits mots d’encouragements (on n’a pas toujours la force de dire merci au bon moment)

Merci aux speakers qui nous donnent l’impression d’être des champions.

Merci aux spectateurs, je n’ai jamais vécu ça auparavant.

Merci Matthieu et Anne pour cette course partagée ensemble.

Je reviendrai !

 

 

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