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e-saga de l’été – Episodes 14 et 15/15

Vendredi 28 août 2009

Grande Soirée Spéciale e-saga aujourd’hui et, en prime time pour achever l’été en beauté : 2 épisodes en un ou un double si vous préférez, comme pour la dernière d’Urgences sur France 2 dimanche dernier. Un grand ouf de soulagement pour certains ! Enfin terminé ! Wanarun va retrouver sa vraie nature ! Pour les autres, espérons que la fin proposée leur plaira, sinon ils peuvent toujours faire comme ce grand amateur de littérature qui, systématiquement ne lit pas les derniers chapitres des ouvrages et imagine sa propre fin idéale pour ne pas être déçu. Tiens, j’ai une meilleure idée : vous pouvez vous-mêmes proposer une autre fin dans la rubrique commentaires. La meilleure proposition recevra un cadeau de la part de Wanarun. Ah ? On me dit que j’aurais dû demander avant à Manu, c’est lui le big boss du site, et que ce n’est pas possible. Désolé. Dans ce cas, la meilleure proposition aura droit uniquement à mes félicitations, ce n’est déjà pas si mal :-)

Résumé de l’épisode précédent : tout notre petit monde, à l’exception a priori de la mère de Steeve, qui, et de loin, semble continuer à préférer le bridge avec ses copines à la course à pied, tout notre petit monde, donc, revenons à nos moutons, est en train de courir, ou presque, dans le parc. A 20h04, la situation semble très claire. Les positions en course reflètent parfaitement les places sur la grille de départ : Priscilla et Steeve sont au coude à coude, au sens propre comme au sens figuré. Brad suit légèrement derrière avec une tendance subreptice à parfois visiter  les bas-côtés pour disparaître temporairement d’une vue toujours possible. Sharon est sortie de piste dès le premier tour mais reste sur le circuit. Positions figées donc, quand soudain à 20h04 … (pour mémoire, c’est la dernière phrase de l’épisode précédent).

… surgissent, en bout de ligne droite, comme venus de nulle part et en tous les cas bien malvenus, Pat et Matt Dugenou. “M…. !” est le premier mot qui vient naturellement à l’esprit de Priscilla et avec un M majuscule qui plus est. Impossible de les éviter à moins de réaliser un rapide 180° sur place suivi d’une bonne séquence de VMA bien longue mais après bonjour la réputation que les Dugenou ne manqueraient pas alors de lui faire sur les prochaines courses – courage fuyons … Déjà qu’ils s’étaient bien gargarisés en long, en large et en travers, de leur victoire au dernier Run and Bike, une plaie toujours pas refermée. L’affrontement semble donc inévitable mais il peut sans doute être retardé le temps de fourbir quelques armes.

Ralentissement général donc, à la grande surprise de Steeve qui commençait quand même à tirer la langue et qui, l’espace d’un bref instant, eut l’impression d’avoir des ailes avant qu’il ne se rende compte que c’était le rythme de sa partenaire qui avait baissé. Surprise aussi pour Brad, d’autant qu’ évidemment les quelques secondes nécessaires à ses neurones pour la bonne appréciation du phénomène le rapproche nt dangeureusement du duo et qui ne doit alors son salut qu’à un gros buisson heureusement et judicieusement placé là par un jardinier consciencieux. Surprise aussi pour Sharon, encore toute étonnée de voir les habitants de son buisson doubler brutalement et friser la surpopulation.

Attardons-nous un instant sur ce buisson pour ne pas avoir à y revenir par la suite. Du genre hydrangéa, en pleine floraison, bien entretenu et bien taillé par notre jardinier consciencieux, il offre une cachette idéale, aux yeux des promeneurs, à deux adultes raisonnablement constitués, sans nécessiter de trop grande promiscuité. Oui mais, comme vous le savez si vous avez eu le courage de lire l’ensemble des chapitres de cette e-saga, Brad est plus que raisonnablement constitué, le fruit d’innombrables heures de travail en salle de musculation. Sharon n’est pas spécialement obèse, bien au contraire, c’est une belle et grande brune, très sympa qui plus est, mais dans notre cas d’espèce, la promiscuité n’en devient pas moins une nécessité qui s’impose naturellement.

Priscilla a donc ralenti, ce qui n’est pas son habitude et se demande quelle attitude adopter face à ces fringants Dugenou dont elle devine de loin le sourire mielleux et entend déjà les remarques acerbes qui surgiront derrière d’inévitables paroles de circonstances. “Tiens, Priscilla, tu t’entraînes ce soir ? Tu n’aurais pas un peu grossi ? Tu as changé de partenaire ? … et patati et patata.” Le pire serait, évidemment, qu’ils s’incrustent et s’entraînent avec elle. Une idée lui vient à l’esprit. Elle pourrait s’arrêter, embrasser Steeve langoureusement, le temps que les Dugenou passent. Ils n’oseraient quand même pas s’arrêter et attendre ? Bof, pas géniale comme idée. Et en plus, cela pourrait donner quelque espoir mal conçu à l’autre pseudo-runner. Plus que 50 mètres …

Un détour par notre buisson où il se passe bien des choses que l’auteur ne peut passer sous silence. Après quelques instants d’embarassement réciproque bien compréhensibles, les langues commencent à se délier. “Euh ! Bjour” dit Brad. “Euh ! Bonjour” répond Sharon. “Fait beau ce soir non ?” dit Brad. “Oui, pas mal, ils avaient annoncé de la pluie mais ça tient” répond Sharon. “Ah ouais” dit Brad. “Oui” répond Sharon. Un dialogue entâmé donc sur les chapeaux de roue. “Il est bien taillé ce buisson, vous ne trouvez pas ?” dit … Sharon (je vous ai eu !). “Ah ouais” répond Brad.

Plus que 50 m donc entre le duo Priscilla / Steeve et les Dugenou et toujours pas de positionnement stratégique clairement défini. Le baiser langoureux, abandonné. Simuler un lacet défait ? Pas beaucoup mieux.

“Le buisson ! Le buisson !” Patience, j’y arrive. Visiblement, à retourner voir Priscilla pour rien, on a loupé pas mal de phases et de phrases du dialogue car en tendant bien l’oreille on en est maintenant à “Finalement, on pourrait peut-être quitter ce buisson et aller dîner quelque part non ?” alors qu’on en était resté précédemment au temps et aux compétences du jardinier … Chose dite, chose faite et nos deux seconds rôles de se lever et de s’en aller discrètement pour voguer vers d’autres aventures.

La rencontre entre Priscilla et les Dugenou est maintenant inévitable. “Matt, tu as vu ? C’est Priscillaaaaaa !”, là c’est Pat qui parle évidemment. “Ah oui, tu as raison ma chérie”, là c’est Matt. “Bonsoir Priscilla. Tu t’entraînes ce soaaar ?”, là c’est en choeur. “Oui”. “Tiens, je ne connais pas ton nouveau partenaire ? Tu ne cours plus avec Brad ?”. “Non”. “Tu ne nous le présentes pas ?”. “Steeve”. “Nous, c’est Pat et Matt Dugenou, Priscilla a dû vous parler de nous ? non ?”. Steeve, qui peine à reprendre son souffle, a à peine le temps de prononcer ”A vrai dire …”, que la réponse à cette question toute rhétorique fuse : ”Nous sommes les derniers vainqueurs du Run and Bike de … devant Priscilla et Brad”.

Priscilla, verte de rage, reprend alors la parole “Il faut qu’on y aille là, Steeve, on a une grosse séance ce soir.” “On peut s’entraîner avec vous ?”.  ”XXXXXX – censuré” pense Priscilla mais ne le dit pas. Steeve, qui voit là, une possible occasion de rendre son calvaire peut-être un peu plus supportable, on se sait jamais, acquiesce. “Alors, vous avez quoi au menu ?” minaude Pat. “14×200m en VMA, 5×6 minutes au seuil, 5×10 minutes à 85% de la VMA”. Un regard Dugenoutien échangé puis “Bon, alors on va vous laisser car nous on fait juste un petit footing de récupération, on se voit dimanche sur le 10 ?”. “Oui”. Et les Dugenou de poursuivre leur chemin très satisfaits de cette rencontre.

Sur ces entrefaites apparaît la mère de Steeve qui a visiblement délaissé un peu plus tôt que d’habitude ses copines de bridge – mauvaise perdante ?. N’y voyez surtout pas de combines entre une mère et son fils, le parc est simplement le chemin le plus court pour aller du club de bridge à la maison, lorsqu’il est ouvert. Apercevant son Steeve chéri, elle ne peut s’empêcher de s’approcher de lui, du couple sportif qu’il forme avec la Superbe. ”Bonsoir, ah ! Vous devez être la fameuse Priscilla, non ?”.

Cette dernière est en train de friser l’exaspération, entre ce boulet qu’elle doit traîner jusqu’à ce qu’il lâche enfin prise (il a tenu 4 minutes quand même pour l’instant, elle aurait pensé moins), les Dugenou qui lui ont définitivement pourri la soirée et maintenant, il ne manquait plus que cela, la mère du boulet qui va bientôt lui demander si elle sait repasser et faire la cuisine. Pitié !!! Il faut quand même qu’elle s’entraîne Priscilla ! Elle a un blason à sérieusement redorer.

Aussi lance-t-elle sans plus attendre son premier 200 m VMA plantant là Steeve et sa mère qui en restent tous les deux coi, Steeve le premier d’ailleurs, avec comme seule perspective pour le reste de la soirée un débat sans doute très animé, autour d’une bonne salade de tofu à l’effeuillée de betterave sur lit de wakame, sur les choix peu judicieux du fiston en matière d’élément féminin.

FIN ?

Non pas encore car c’est sans compter sur les surprenantes capacités d’une mère blessée, surtout lorsqu’elle est nourrie aux algues et autres spécialités bizarroïdes biologiques. Alors certes, elle ignore ce que VMA veut dire mais jamais on aura vu 200 m aussi rapide sur ce bout de ligne droite et jamais Priscilla n’aura vu une adversaire revenir aussi vite sur elle et surtout lui asséner une bonne paire de claques retentissantes suivie d’un tournage de talon d’une surprenante rapidité et d’un retour aussi rapide que l’aller. “Mon garçon, on rentre à la maison, maintenant”.

FIN

Remerciements : à tous ceux qui ont eu le courage de lire cette e-saga, en entier ou partiellement, à tous ceux qui ont commenté ou critiqué ainsi qu’à Claudine et Mauricette, les animatrices d’un estival après-midi atelier d’écriture à Bagnères de Luchon (promesse tenue).


e-saga de l’été – Episode 13/15

Mardi 25 août 2009

Résumé de l’épisode précédent : nous sommes mercredi, il est 20h. Tous les protagonistes de l’histoire, hormis la mère de Steeve, qui préfère et de loin le bridge à la course à pied, sont, à titre plus ou moins officiel, présents dans le Parc où va se dénouer, n’en doutons pas une seconde, l’intrigue. Surtout qu’il ne reste plus que 3 chapitres, y compris celui que vous allez lire maintenant donc il ne s’agit plus de lambiner en route. 18km/h svp.

Flashback … Il est 19h59, Steeve vient d’arriver à la grille d’honneur du Parc et voit s’approcher, toute de jaune vêtue et telle une gazelle ailée – bizarre, il me semblait que les gazelles n’étaient pas jaunes et ne volaient pas … – la Sublime Priscilla. Qu’elle est belle quand elle court, ne manque-t-il pas de se dire. Ben oui, quoi, il faut bien qu’il se dise un truc de ce genre. Il ne va pas juste jeter un regard bovin à l’Apparition, encore un peu lointaine, puis regarder bêtement ses lacets de chaussure ou compter le nombre de barreaux de la grille d’honneur. Brad, s’est posté quelques mètres à gauche de l’entrée, derrière un massif de troënes, Sharon a préféré la droite et les thuyas. Immobiles, tels deux caryatides, les yeux aux aguets, ils observent alternativement la mobile et le statique. La mobile se rapproche de plus en plus du statique. Encore quelques mètres. Ca y est, la jonction s’est opérée.

“Bon, voilà le topo : 10 minutes d’échauffement à 14 km/h, 10*800m à 96% de la VMA, récup 5 minutes, 5*100m VMA, récup 10 minutes. Pas de question ?”, Steeve n’est pas certain d’avoir tout compris, en particulier ce qu’est la VMA. En revanche et malgré ses très maigres connaissances théoriques de la course à pied, il se doute bien qu’un échauffement à 14 km/h, qu’il aura déjà du mal sans doute à supporter, ne peut être suivi que d’une phase plus rapide et que VMA signifiera probablement, pour lui, la fin des haricots : Viens Mourir à l’Agonie ? “Pas mal tes chaussures, des N* ? Tu les as trouvées où ?”. Enfin, un sujet qu’il maîtrise à peu près, il a d’ailleurs bien mémorisé le speech du vendeur et se dit que le rejouer permettrait de retarder la fumeuse échéance de quelques minutes. Mais à peine le nom du magasin prononcé, que la Divine, tout à son entraînement, annonçe le top départ.

Et notre Steeve de commencer à courir, suivi de près par Brad qui devance d’une courte tête Sharon. Celle-ci prend rapidement un chemin de traverse autour du lac afin de rejoindre la petite troupe à mi-chemin. Le rythme s’élève rapidement. Steeve, pour le moment s’accroche mais on sent qu’il est à la limite de la rupture. Il se met en danseuse pour aborder le premier raidillon du parcours (euh ? le Tour c’est fini). Priscilla est quelque peu surprise par la ténacité de Steeve qu’elle estimait bien inférieure et en tous les cas incapable de supporter cette première montée. Subtilement, elle accélère. Steeve s’accroche, toujours suivi par Brad qui maintient l’écart. Sharon est presque arrivée à mi-parcours, normal ! elle a triché ! Steeve est encore plus à la limite de la rupture, mais l’Amour avec un grand A, à moins que ce ne soit la bêtise avec un petit b, semble le porter. On n’est plus seulement à la limite de la rupture, mais aussi à celle du miracle. Dans la descente, Brad, on se demande bien pourquoi, accélère et se rapproche dangeureusement.

Il est 20h04, Steeve court depuis 4 minutes à 14km/h et résiste toujours. Quand soudain …

FIN DE L’EPISODE

Comme on approche de la fin, il faut bien ménager le suspense …


e-saga de l’été – Episode 12/15

Vendredi 21 août 2009

Résumé de l’épisode précédent : Steeve a décidé qu’il se rendrait à la séance d’entraînement organisée par Priscilla. Pour faire illusion, ne seraient-ce que les quelques premières minutes, il a fait l’acquisition de la tenue du parfait petit runner expérimenté. Brad, par jalousie, Sharon, par curiosité, ont également décidé d’assister, discrètement à ce qu’ils pensent devoir être se révéler une curée.

Le lendemain matin Steeve retourna au bureau. Il réussit, non sans mal, à masquer l’état de stress extrême dans lequel il se trouvait et fit, compte tenu de la situation, relativement bonne figure, tout au moins, c’est l’impression qu’il donna à l’ensemble de ses collègues, Priscilla comprise. Cette dernière, tout aussi avare de mots que d’habitude, ne lui demanda point les raisons de son absence de la veille, ne serait-ce que par politesse comme cela se fait entre collègues une fois qu’on a épuisé les sujets du temps qu’il fait ou de la bronchite du petit dernier. Son avarice verbale fut, d’ailleurs, poussée à l’extrême, puisqu’au-delà du bonjour factuel de circonstance, de toute la journée, elle n’eut pour lui que ce simple égard “20 heures, grille d’honneur du Parc”.

La journée de Steeve fut longue, très longue. Les secondes ressemblaient aux minutes, les minutes aux heures et même le déjeuner s’avéra une véritable corvée. Il quitta le bureau assez tôt, car il éprouvait un besoin impérieux, d’en quelque sorte, se ressourcer, de se recharger les batteries avant de se lancer dans la Grande Aventure. De retour à la maison, il n’eut pas, par chance et de toute façon il ne les aurait pas supportées, à subir les questions de sa mère, les mercredis après-midi de celle-ci étant entièrement consacrés au bridge. Il en profita donc pour s’allonger et tenter de se détendre, non sans avoir auparavant réglé la sonnerie du réveil, au cas où.

Priscilla, toute à son travail, ne s’était aucunement rendu compte de l’état proche de l’angoisse dans lequel elle avait jeté son voisin d’en face. Elle n’eut pour lui d’autre pensée que d’espérer qu’il lui avouerait assez vite, le soir, qu’il n’était pas un runner émérite, qu’il déclarerait donc rapidement forfait et qu’elle pourrait tranquillement mener à bien sa séance de 12×800m en VMA.   

Brad avait, lui, fourbi ses armes, encore trois heures de musculation bien senties la veille et un mental qu’il estimait d’acier. Il avait décidé que la meilleure stratégie était de se rendre au Parc et de s’entraîner seul comme si de rien n’était puis de croiser incidemment mais rapidement les deux tourtereaux-en-devenir et ensuite de les suivre à distance. Sharon, de son côté, pensait aussi simuler un quelconque entraînement, habitude qu’elle n’avait pas normalement le mercredi en empruntant des chemins suffisamment bien choisis pour lui offrir une vue imprenable sur le trajet de Roméo et de celle qu’il espérait sa Juliette. 

19h30, voilà une demi-heure que Steeve est habillé et face au miroir de la salle de bain essaie de trouver la pose adéquate du runner à qui on ne la fait pas, spécialiste toute distance. Priscilla vient d’arriver au Parc où elle débute son échauffement afin de cueillir Steeve bien à froid et d’abréger ce qu’elle pense être une ennuyeuse mascarade. Car exceptionnellement, elle a décidé de faire preuve d’un brin de gentillesse – d’impatience ? – et de renvoyer Steeve dès les premières minutes à ses chères études. Brad vient de terminer de s’enduire les muscles d’huile. Sharon s’habille.

19h45, Priscilla a déjà couru un petit quart d’heure et continue son échauffement. Steeve vient de quitter la maison et se rend au Parc en marchant, inutile de gaspiller trop d’énergie avant le Grand Rendez-Vous. Brad et Sharon quittent également leurs domiciles respectifs.

19h59, Steeve arrive au Parc et aperçoit Priscilla qui vient vers lui en courant.

20h00 …

FIN DE L’EPISODE

Dans le prochain épisode, la réponse à cette question métaphysique qui vous taraude, j’en suis certain : quelle peut être la nature des relations de Brad et Sharon ?


e-saga de l’été : Episode 11/15

Mardi 18 août 2009

Résumé de l’épisode précédent : Steeve a bien médité les conseils de sa mère et s’apprête à prendre une décision. Attention, après quelques chapitres de récupération bien mérités, l’action va redémarrer. Negative Split, quand tu nous tiens.

L’adage veut qu’une nuit, tout agitée soit-elle, porte conseil. Une fois encore, la sagesse populaire avait visé juste. Steeve, plus fatigué au réveil qu’il ne l’était au coucher, fort de ses réflexions nocturnes et des conseils avisés de sa mère, avait pris une décision. Il se rendrait à la séance d’entraînement proposée – exigée serait plus juste – par Priscilla le lendemain soir et essaierait, au moins dans un premier temps et dut-il en exprirer, de s’accrocher aux basques de la Belle.

Préalable : avoir l’air d’un runner confirmé, statut que ne lui conférait aucunement son équipement habituel du dimanche (bermuda mastic, T-shirt CK et chaussures de tennis au crocodile). Il appela donc son bureau à la fraîche et expliqua qu’il devait s’absenter pour la journée, de toute façon, il lui restait pas mal de RTT à prendre. La période n’étant pas très chargée, il n’eut pas à se justifier plus en avant.

Il avait aperçu la veille, sur la table de salon, un prospectus d’Aldidl, qui proposait justement aujourd’hui une vente flash sur un kit running : 30€ la paire de chaussures et le cardio associé. Mais cette solution n’eut pas l’air de lui convenir. Il se rendit chez Gotlon, à l’ouverture de la grande surface généraliste. Il erra plusieurs minutes dans les rayons sans rencontrer le moindre vendeur et se dit que le choix restreint de chaussures proposé, la marque distributeur et les trop communes Azuno Freeze, portées par des millions de joggeurs débutants, ne donnerait pas de lui l’image du runner confirmé. Direction donc, SemiMarathonShop, enseigne très spécialisée où il devrait trouver son bonheur, il n’en doutait pas.

Passée l’avalanche de questions du vendeur – cette fois-ci, il y en avait bien un et il semblait savoir ce qu’était la course à pied – “Vous êtes universel/pronateur/supinateur ?” Euh ? “Vous voulez favoriser amorti / dynamisme / stabilité ?” Re-euh ? “Vous courez combien de kilomètres par semaine ?”, “Vous faites quoi comme compétitions ? ” etc etc etc, il put enfin placer qu’il voulait une paire de chaussures qui fasse son effet, si possible une marque très peu répandue, qui donnerait un cachet hyper-technique à sa pratique de la course à pied. Ce qui tombait bien puisque venait d’arriver, très récemment, une nouvelle marque US dont la particularité était que la chaussure permettait de reproduire exactement une course pieds nus. Marque qui, pour l’instant, n’était disponible que dans cette boutique, ce qui tombait bien. A 200€, c’était certes un peu cher mais l’investissement en valait la peine.

Il acheta également une tenue techniquement sophistiquée : chaussettes Z-socks, spéciale anti-ampoules, destinées aux coureurs de 100km, short, maillot et casquette coordonnés en AbsorberShock. Il se tâta pour un cardio mais se dit qu’en tant que coureur d’expérience, il était censé connaître son corps sur le bout des doigts et n’en avait théoriquement pas besoin.

Pour faire son effet et ne pas sentir trop le neuf, l’équipement devait être bien entendu artificiellement vieilli. Une flaque de boue pour les semelles, un peu de poussière d’aspirateur sur le dessus. Voilà pour les chaussures. Pour le maillot, sa demi-heure de squash du mardi fut largement suffisante pour lui donner l’apparence, enfin plutôt l’odeur qui allait bien. Côté équipement, il était maintenant paré. Il n’avait plus maintenant qu’à attendre le lendemain.

Tandis que Steeve pratiquait shopping matinal et vieillissement accéléré, Priscilla se demandait, face à l’absence de son collègue de bureau, si elle n’y était pas allée un peu trop fort. Non qu’elle eut mauvaise conscience, car ce n’était pas son habitude mais peut-être qu’un zeste d’humanité …

Brad, qui avait eu vent, de la séance d’entraînement du mercredi avait décidé d’aller au Parc ce soir-là. N’ayant pas de grandes capacités d’anticipation, il aviserait de ce qu’il ferait sur place.

Sharon, par curiosité avait également décidé de se rendre au Parc.

FIN DE L’EPISODE

Dans le prochain épisode, il va y avoir du monde au Parc.


e-saga de l’été – Episode 10/15

Vendredi 14 août 2009

Résumé de l’épisode précédent : là, on était vraiment dans l’archétype de l’épisode dit de transition. Un petit peu de Brad, un petit peu de Priscilla, mais de Steeve point alors que l’action aurait dû normalement se focaliser sur lui puisqu’il était dans la m…. jusqu’au cou et que sa mère s’apprêtait à essayer de l’aider.

Reprenons donc le cours normal de nos émissions, pardon de notre récit. Nous avions laissé Steeve, dans sa chambre et dans un été très avancé de désarroi. L’espoir, mais Steeve ne le savait pas encore car il – l’espoir – ne faisait pas de bruit en montant l’escalier, s’avançait à sa rencontre. Elle, l’espoir – oui, je sais, tout à l’heure c’était il, mais si vous avez lu les chapitres précédents, vous savez bien que l’espoir en question c’est évidemment sa mère – frappa trois coups secs à la porte et demanda la permission d’entrer. Permission qui lui fut accordée dans un murmure de résignation. “Steeve, je sais que quelque chose ne va pas et tu vas me le dire, s’il te plaît”.

A ce stade du récit, plusieurs scenarii sont envisageables. Tous partent du principe acquis que Steeve, malgré sa farouche détermination à garder ses misères pour lui tout seul finira par les avouer à sa mère. Je n’entre pas dans les détails car le dialogue en question, qui eut bien lieu, fut assez long et pourrait occuper tout un chapitre … de transition.

Scenario 1) si nous étions dans la saga de l’été d’une chaîne du service public, c’est à ce moment là que surgirait LE secret de famille. La mère de Steeve, à l’annonce de l’attirance de son fils pour Priscilla, deviendrait soudain muette, s’empourprerait puis annoncerait sur un ton qui ne supporterait aucune contradiction : “Tu ne Peux pas courtiser cette fille !” et tournerait les talons. Steeve ne comprendrait évidemment pas l’attitude de sa mère et aurait alors l’idée d’interroger la vieille tante Lizzie, pensionnaire de l’asile Saint Lucien, délaissée par toute la famille et qui dans un moment de lucidité se souviendrait qu’en 1432, un ancêtre de Priscilla avait osé reprendre du bouillon de maigre sans y avoir été autorisé par une ancêtre de Steeve lors de la fête communale de Saint Priprin. A la fin, Steeve épouserait quand même Priscilla et les familles se réconcilieraient.  

Scenario 2) si nous étions dans la sage de l’été d’une chaîne privée, on finirait par découvrir qu’en fait Priscilla est une extra-terrestre de la planète Runnia, dont le vrai nom est LHV345, chargée de mettre à l’épreuve les êtres humains afin de déterminer s’ils étaient dignes de recevoir l’enseignement du Grand Runner. Seul Brad, dans l’histoire, avait réussi cette épreuve, dite du 18km/h, et s’envolerait à la fin avec LHV345 dans une gerbe lumineuse pour une destination inconnue alors que Steeve courrait, pour une fois très vite mais pas à 18 quand même, pour rattraper Priscilla et Brad. Steeve serait finalement bien débarassé car dépouillée de son déguisement Priscilla était loin des canons de beauté habituels des employés du service des contentieux.

Scenario 3) si nous étions dans une série Américaine, le problème de Steeve serait résolu, sans qu’il le sache dans un premier temps, par un tueur en série qui hante les parcs avec son M16 et qui aurait fait un carton sur un duo de joggeuses justement ce soir-là. L’enquête serait confié à l’inspecteur Spiver, divorcé, alcoolique, red neck caucasien et son assistante Helen Williams, afro-américaine, génie de l’informatique. Après quelques péripéties, d’autres meurtres, quelques cascades, le tueur serait finalement appréhendé. Non, ce n’est pas Brad. Qui a dit ça ? Au contraire, Brad et Steeve, tous les deux dans la peine, deviendraient amis lors de l’enterrement de Priscilla, et plus si affinités – mais on est dans une série US, donc on s’arrêtera clairement avant les éventuelles affinités.

Le souci, pour l’auteur, est que Wanarun n’est pas une chaîne du service public, n’est pas une chaîne privée et n’est pas diffuseur de séries Américaines. Il lui faut donc faire preuve d’un peu d’originalité. Partons quand même du principe, que Steeve, contraint et forcé, finit par avouer son terrible secret à sa mère. Celle-ci, qui ne connaît pas grand chose à la course à pied et pour qui 18km/h, c’est un-vieux-qui-se-traîne-dans-sa-caisse-pourrie-mais-il-va-avancer-ce-crétin-!, aura tendance à focaliser tout son raisonnement sur la facette Amour – avec un grand A - du problème. Elle ne manquera pas de lui donner un bon conseil du genre “Tu l’aimes et tu veux savoir si elle t’aime vraiment. Pour cela, tu n’as pas besoin de courir à 18km/h. Avoue-lui que tu ne cours pas aussi vite et vois sa réaction. Si elle s’en va, c’est qu’elle ne t’aime pas”.

Sacré Steeve ! Non seulement il s’est mis tout seul dans la mouise et en plus ne voilà-t-il pas que sa mère lui donne maintenant un conseil àà deux balles.

FIN DE L’EPISODE

Dans l’épisode suivant, Steeve va prendre une décision qui va influencer sa destinée. Quelle va être cette décision ?


e-saga de l’été – Episode 9/15

Mardi 11 août 2009

Résumé de l’épisode précédent : nous avons laissé notre ami Steeve dans une de ces panades ! Voilà qui est bien résumé non ? Ah, on me signale toutefois que sa mère est entrée en action. Au temps pour moi.   

Pendant que Steeve commençait à scruter la toile à la recherche d’une méthode / d’un truc / d’un médicament miracle (rayez la mention inutile, si tant est qu’il y en ait une) qui lui aurait autorisé le mince espoir de courir à la même vitesse que sa Déesse Ailée, pendant ce temps, assez long d’ailleurs, Brad abdominait, développé-couchait, squatait, pressais, bicepsait, tricepsait, tirait, poussait, soulevait … bref, Brad se musclait. En aparté, il eut pu passer pour un intellectuel en affirmant qu’il ne regardait jamais la télé, ce qui était rigoureusement exact, s’il omettait évidemment de préciser qu’il passait ses soirées au FitClubForm et s’il n’ouvrait surtout plus la bouche après le mot télé.

Un observateur sagace aurait pu se demander pourquoi Brad se musclait encore tant il paraissait physiquement impossible de rajouter ne serait-ce que quelques milligrammes de muscles complémentaires sans risquer un éclatement de son enveloppe corporelle. Mais Brad n’avait cure des observateurs sagaces. Brad se musclait parce que le muscle, c’était sa vie, son oeuvre, sa religion. Qui plus est, ce n’était pas n’importe quel muscle, c’était du muscle rapide, capable, lui, de courir à 18km/h. Un observateur un peu curieux pourrait, à ce stade, se demander si ce muscle était un produit 100% bio. La question mériterait sans doute d’être soulevée un jour mais elle nécessiterait un développement un peu long et supposerait des connaissances chimiques que l’auteur ne maîtrise pas.  L’observateur curieux n’aura donc pas de réponse aujourd’hui.

Revenons donc à Brad qui se musclait ou plutôt qui passait sa frustration sur les machines mises à sa disposition, moyennant une modeste cotisation mensuelle de 150 Euros, par FitClubForm. Les pauvres gémissaient tant elles souffraient mais que pouvaient-elles faire contre un Brad à ce point déchaîné ? Quand il pressait 247 kilos, c’était Steeve Profit qu’il écrasait, quand il développé-couchait 156 kilos, c’était Steeve Profit qu’il soulevait dans les airs pour le projeter à l’autre bout de la terre … Brad s’était donc trouvé une sacrée source de motivation exogène. Abandonnons-le un instant, car la musculation, à vrai dire, ce n’est franchement pas passionnant à regarder.

Comme à son habitude, chaque lundi soir, Priscilla s’entraînait avec son amie Sharon. Vous allez sans doute vous dire, pitié, non, pas encore une fille qui court à 18 km/h ! Et bien vous auriez tort, car le lundi soir pour Priscilla, c’était le traditionnel footing de récupération, à une petite vitesse tranquille de 13-14km/h pas plus. Ce qui permettait aux deux amies de discuter tout en courant, ou pour le moins, ce qui permettait à Priscilla de parler, sans risquer d’être contredite puisqu’il faut bien l’avouer, Sharon,  à 110% de sa VMA pendant une heure n’était pas capable d’articuler le moindre son.

La discussion, le monologue, du jour portait bien évidemment sur le double bon tour que Priscilla avait joué en fin de matinée. Et pif pour Brad, qui l’avait franchement mérité, et paf pour Steeve, qui ne l’avait pas encore mérité, mais de manière préventive, ça ne peut pas faire de tort. Priscilla rayonnait. Oubliée la victoire des Dugenoux. C’était qui la meilleure maintenant ? Hein ? C’était qui ? C’était qui ?

Lorsque Sharon eut enfin retrouvé son souffle, vingt bonnes minutes après la fin de la séance, elle ne manqua pas de s’étonner du sort fait à Steeve, ce nouveau voisin de bureau que Priscilla lui avait décrit comme un garçon à l’air sympathique, pas trop mal et sans histoire (tiens, tiens …). “Il était là au mauvais moment, que veux-tu que je te dise”.

FIN DE L’EPISODE

Après cet aimable interlude dans les salles de musculation et les parcs municipaus, le prochain épisode nous  verra retourner évidemment dans la chambre de Steeve …


e-saga de l’été – Episode 8/15

Vendredi 7 août 2009

Résumé des épisodes précédents : “- Et bien, Laurent, nous voici arrivés maintenant à mi-course. Alors, que retenir de ces premières étapes ?

- Ecoutez, Thierry, je dirais qu’on a vécu, jusqu’à présent, une période d’observation. Les favoris de l’épreuve ne se sont pas encore découverts totalement. Priscilla a bien placé quelques banderilles, mais rien de décisif.  Disons, qu’elle a surtout cherché à montrer le maillot. Steeve a pris quelques initiatives mais souvent à contretemps. Quant à Brad, comme d’habitude, il est resté calé bien sagement dans les roues. J’attends beaucoup des étapes qui arrivent. S’ils veulent l’emporter, c’est maintenant que les leaders doivent attaquer. “

Steeve n’arrivait décidément pas à avaler sa salade de wakamé piquée de dés de tofu et de lentilles corail sauce concombre jaune, l’un des plats favoris de sa mère. Il retournait et retournait les dits dés de tofu, comme il retournait sans cesse les mêmes pensées dans sa tête. Et c’est bien ce retournement continu de dés de tofu qui avait mis la puce à l’oreille de Mme Profit mère, car des dés de tofu n’ont bien entendu pas pour vocation première d’être retournés, sauf, entre autre, par un être tracassé – un enfant facétieux aurait pu être également l’auteur d’un tel retournement mais à 27 ans, Steeve, pouvait difficilement prétendre à ce statut. Son fils avait donc un problème et foi de végétalienne, elle saurait le faire parler avant la fin de la soirée. L’attaque directe s’étant révélée vaine, une autre stratégie s’imposait. Première étape : la marinade. Prenez un fils tracassé, l’amener à température ambiante dans sa chambre durant 2 heures environ, réservez.

Après avoir déclaré qu’il n’avait pas très faim ce soir, qu’il se sentait barbouillé, sans doute un truc pas catholique qu’il avait mangé à la cantine, Steeve partir s’enfermer dans sa chambre afin de réfléchir au calme – non que sa mère soit une personne particulièrement bruyante mais sa curiosité naturelle n’aurait de cesse d’être satisfaite – à la situation et tenter de construire l’amorce de l’ébauche d’une éventuelle possibilité de solution. Ses amis Google et Bing allaient devoir lui apporter tout l’aide dont il avait bien besoin en ces instants délicats.

Rechercher “courir à 18 km/h en une semaine” … Votre recherche n’a pu aboutir. Veuillez s’il vous plaît reformuler la question. Bon, ce n’était visiblement pas gagné. “Courir à 18km/h”. 47423 réponses. Voilà qui était mieux. Allons-y. Alors, plan d’entraînement en 6 séances par semaine pendant 4 mois. Trop long. Plan d’entraînement en 5 séances par semaines pendant 4 mois. Trop long, trop long, trop long, toujours trop long !

Rechercher “running, améliorer sa vitesse”. 123545 réponses. Les plans d’entraînement, c’est bon, on passe. Ah “La FCMaxite améliore de 87,34 % vos performances.” Voilà qui semblait plus prometteur. “Prouvé scientifiquement”. Et par le professeur Dugland, spécialiste mondial de médecine de la performance sportive. Tiens, c’est curieux, il bosse à l’hôpital de St Marcel les Maillots et le distributeur de FCMaxite est aussi à St Marcel les Maillots. Coincidence sans doute. Le premier flacon est offert. Cool ! Si vous achetez tout de suite les 15 suivants pour la modique somme de … gasp !!! Ah oui, quand même ! Passons au suivant, “Run Faster with BoosterPill” livrée sous pli discret et payable uniquement par prélèvement automatique, adresse au Nigéria. OK, d’accord, je vois.

123545 sites plus tard, Steeve s’était enfin fait une raison, courir à 18km/h en une semaine n’était visiblement pas d’une évidence rarissime encore moins d’une simplicité biblique. La marinade était à point.

Deuxième étape : le grill. Prenez un fils tracassé, bien mariné. S’en emparer, par la ruse, car l’animal, même s’il présente tous les signes de l’amorphisme peut être cependant à ce stade relativement revêche, le dépit comme source de colère si vous préférez. Lorsque vous vous en êtes emparé, larder le alors de questions jusqu’à ce qu’il finisse par craquer et vous avouer la cause de ses tourments. Passer alors à la troisième étape.

FIN DE L’EPISODE

Dans le prochain épisode, nous découvrirons ce qu’est cette fameuse troisième étape, à moins que nous n’allions rejoindre Priscilla ou mieux encore Brad, qui pour l’instant, n’a joué qu’un rôle mineur de faire-valoir. “Passer 3 heures en salle de muscu pour se faire avaloir, c’est pas cool !”


e-saga de l’été – Episode 7/15

Mardi 4 août 2009

Résumé de l’épisode précédent : allez, avouez que vous en avez soupé de Priscilla. Elle est peut-être superbe mais franchement qu’est ce qu’elle est pénible, pour ne pas dire plus. Ca vous dirait de retrouver un peu notre ami Steeve. Il avait l’air sympa lui, non ?

C’est avec un sourire béat de ravissement extatique que Steeve, de retour du déjeuner, découvrit – dès la sortie de l’ascenseur, il avait d’ailleurs déjà repéré, à plus de 10 mètres, l’écriture de l’Incomparable – ce qu’il considéra immédiatement, avant même de les avoir lus, comme les premiers mots doux d’une relation qui ne demandait plus qu’à s’épanouir. L’affaire lui semblait bien engagée. De quelle perspicacité n’avait-il pas fait preuve en confiant à la Sublime que lui aussi courait. Il avait certes omis quelque adjectif ou adverbe de quantification qui aurait sans doute pu clarifier quelque future équivoque, mais pour l’instant, il n’en avait cure car la Divine lui avait écrit. Sans doute, les premiers effets de l’éloignement de l’être aimé. Une demi-heure de cantine. De combien de mots son bureau aurait-il été couvert s’il était parti en réunion ?

Le premier post-it sur des temps de passage lui parut sans grand intérêt dans un premier temps, il regarderait cela plus tard, dans le métro, en rentrant. Dans le second, elle lui fixait un rendez-vous ! Un rendez-vous ! Après 3 petites minutes d’échanges seulement. Le coup de foudre assurément. Alors certes, il y avait ce mot, entraînement, qui faisait sans doute un peu tâche dans le décor, mais les plus grandes perspectives s’ouvraient maintenant à lui. Quant à ce terme, entraînement, il avait deux jours pour lui faire un sort et rendre la soirée prévue par la Sensationnelle beaucoup plus agréable.

L’après-midi passa comme dans un rêve. Il lut, relut, re-relut … re(puissance n)-relut les divines paroles. Certaines mauvaises langues prétendirent même par la suite qu’il les embrassa à plusieurs reprises. Notons que son activité professionnelle en souffrit quelque peu. Ce qui est un euphémisme, soyons clair ! A part ces lectures répétées, il ne fit strictement rien.

Comme il se l’était promis, car une promesse faite, même silencieuse, à la Phénoménale, devait être tenue, il prit, dans le métro, connaissance du premier post-it. Temps de passage. Alors, en gros du 3 minutes 20 secondes au kilomètre, soit du – click click click, les méninges tournent – soit du … 18 km/h … 18 km/h !!!! Gasp !!!! Il en resta quelque peu coi, c’est encore un euphémisme, eut-il un dentier, qu’il l’aurait, n’en doutons pas, avalé. 18 km/h, c’est plus de la course à pied à ce rythme là. Aïe, aïe, aïe. Le réveil fut douloureux. Et oui, Steeve, de temps en temps, il vaut mieux réfléchir avant de parler.

Mais comment je vais faire, mais comment je vais faire ? Avouer à la Merveilleuse, à ce stade déjà avancé de leur relation, que course à pied et 18 km/h étaient, pour lui, complètement antinomiques, c’était mettre un terme immédiat à leur possible avenir commun. Il n’en doutait pas une micro-seconde. Son tracas crût donc (répétez cette phrase 10 fois de suite rapidement), ce dont s’aperçut immédiatement sa mère chérie.

- Steeve chou, tu as l’air tracassé …

Nous voilà revenus au point de départ.

FIN DE L’EPISODE

Dans le prochain épisode, nous découvrirons comment Steeve et sa mère, qui va finir par le faire avouer, vous verrez comment, vont prendre le taureau par les cornes – remarquez que pour courir à 18 à l’heure, prendre un taureau par les cornes, ça doit pouvoir aider !


e-saga de l’été – Episode 6/15

Vendredi 31 juillet 2009

Résumé de l’épisode précédent : après avoir subi lazzi et quolibets suite à mon accès de mauvaise humeur introductif de l’épisode 5, je reprends les bonnes vieilles habitudes et résume : on ne peut pas dire que l’action ait beaucoup progressé mardi. Enfin, si, on en sait un peu plus sur Priscilla. C’est sûr qu’elle n’est pas commode, mais mettez-vous un peu à sa place. Se faire battre par le couple Dugenoux ! Il y aurait presque de quoi en perdre la raison.

“C’est quoi déjà son nom de famille au Steeve ?  … Brad, Steeve, le prochain c’est qui : Jason ? Donovan ? Je les collectionne, c’est pas possible. Ah oui, Profit, c’est ça. “Si tu veux faire du profit, t’appelles Profit” sur l’air des Cloches de Corneville, la sonnerie de portable la plus débile que j’ai jamais entendue. Alors comme ça, il court, il court le Profit. Mouais, jamais vu sur une course, encore moins sur un podium. C’est pas un lièvre que j’ai tiré là, tout juste un vieux lapin boîteux et myxomatosé” … Telles étaient les aimables pensées qui animaient la douce et tendre Priscilla.

La dite douce et tendre fit donc une recherche rapide sur le web et découvrit bien vite le manque de résultat, au sens propre comme au sens figuré, du dénommé Profit en matière de course à pied. “Un dragueur, encore un, et qui ne sait pas courir qui plus est. Y en a marre de tous ces mecs à la c..  Ouh là, vu son regard bovin, en plus, il croit en ses chances le bougre. Pitié !!! Mon Steevie, va falloir t’accrocher”.

Sur ces pensées toujours aussi aimables, la douce et tendre décida qu’il était temps de passer à l’attaque et de régler son compte à ce pauvre Steeve, opération qu’elle estimait des plus aisées mais qu’elle eut, pour on ne sait quelle raison, hormis de faire subir à d’autres une bonne Dugenoux, l’envie de savourer et de faire durer.

Première offensive : un post-it collé sur l’écran de son entreprenant voisin , pendant la pause-déjeuner ” Temps de passage. A respecter ! 1er kilo : 3′30, 2e kilo 7 … 10e kilo : 36′10  ” Pas un mot de plus, pas de merci évidemment.

Deuxième offensive : et deuxième post-it, cette fois collé sur le combiné du téléphone “Il FAUT qu’on s’entraîne une fois ensemble. Mercredi soir 20h, grille d’honneur du Parc”. Ca lui laisse deux jours pour mariner dans son jus.

Déjà pas mal pour un début. La tête qu’il va faire en revenant.

FIN DE L’EPISODE 6

Nous qualifierons cet épisode, assez court, je vous l’accorde, d’épisode de transition, une sorte d’étape de repos pour permettre à l’action de mieux rebondir dans l’épisode suivant. Rendez-vous mardi alors …


e-saga de l’été – Episode 5/15

Mardi 28 juillet 2009

Résumé de l’épisode précédent : qu’on soit clairs entre nous ! A ce stade du récit, soit vous êtes fan, auquel cas vous n’avez pas besoin que je vous rafraîchisse la mémoire, soit vous détestez et ne suivez pas, donc pourquoi diable devrais-je me fatiguer à résumer à chaque fois ?  :-)   

Elle jubile notre Priscilla, elle jubile car elle l’a bien vue cette fine ligne rouge qui, telle une couronne d’épines, a brièvement ceint le front de ce balourd de Brad. Brad (soupir) … Comment diable, avait-elle pu partager tant de courses – et même beaucoup plus d’ailleurs car affinités … physiques, tout au moins – avec un type incapable de déchausser lors de l’avant-dernier relais du Run and Bike de Valenbergues alors que la victoire en catégorie couple mixte senior était en vue. Se faire doubler par les Dugenoux dans le dernier kilomètre ! La honte ! Ils étaient bien contents les Dugenoux sur le podium.  Oh oui, ils étaient bien contents, tous sourires… Quand elle y repensait !

Et cet idiot avec ces “Je m’excuse, ma Pripri, je m’excuse, je ne comprends pas ce qui s’est passé” répétés à l’envi, jusqu’à l’écoeurement. Quelle humiliation ! Les Dugenoux ! Une véritable tragédie dont elle ne s’était pas encore remise, quinze jours plus tard. Une telle honte, qu’elle avait dû changer ses horaires et parcours d’entraînement pour se mettre à l’abri des regards moqueurs et sarcastiques que les habitués du Bois de Meilleurg n’auraient sans doute pas manqué de lui jeter. Une star déchue, de la pitance pour les vautours, voilà ce qu’elle était devenue, par la faute de cet abruti.

Visiblement, l’idiot n’avait pas compris que c’était fini entre eux. Fini ! F-i, fi, N-i, ni. Elle avait pourtant était très claire avec lui. Certes, pour ne pas rajouter de colère à l’humiliation, surtout devant le photographe appointé par l’organisation, elle était restée très stoïque, très très stoïque ce dimanche-là … trop stoïque. Pourtant, ce n’est pas l’envie de gifler l’idiot sur place qui lui avait manquée mais elle avait su se maîtriser. Bien entendu, de retour à l’appartement, la soupape avait lâché et elle lui avait signifié clairement qu’il était dorénavant persona non grata et que jamais, elle ne partagerait sa vie avec l’homme qui avait permis la victoire des Dugenoux au Run and Bike de Valenbergues. J-A-M-A-I-S. Et l’idiot étant ce qu’il est, elle avait dû en remettre une couche de finition le lendemain devant témoins pour enfoncer plus profondément le clou.

Et voilà que Monsieur Muscle osait se repointer. Parce qu’elle avait bien compris que ce n’était pas le travail qui l’avait amené là. Mais qu’est-ce-qu’il espérait ? Il n’avait toujours pas compris ? Après le coup qu’elle venait de lui faire, là, juste devant ses yeux, franchement, s’il ne pigeait pas, c’était à désespérer des capacités des quelques neurones qui se battaient en duel sous sa boîte cranienne.

Brad, out, elle allait maintenant devoir s’occuper de Steeve …

FIN DE L’EPISODE 5

Dans le prochain épisode, nous découvrirons, ce que Priscilla entend par “s’occuper de Steeve”.




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