Archive pour le mot-clef ‘Littérature’

Se cultiver en courant, les Livres à Ecouter par AudioLib

Mercredi 23 juin 2010

Je participais récemment à la remise du Prix des Lecteurs de l’Express 2010, prix dont je fus l’un des éminents jurés – si vous ne me croyez pas, regardez donc la photo et la légende accompagnant cet article : http://www.lexpress.fr/culture/livre/david-vann-recoit-le-prix-des-lecteurs-de-l-express_899432.html , un indice pour me reconnaître : je n’ai pas mon T-shirt Wanarun – … euh où en étais-je ? Ah oui, la remise du Prix des Lecteurs de l’Express – prix, soit dit en passant, remis à un excellentissime roman que je vous conseille tous d’acheter : http://www.lexpress.fr/culture/livre/surprise-et-passion-au-prix-des-lecteurs-de-l-express_899839.html -, j’arrive à mon propos rassurez-vous, je ne perds pas le fil.

Après la remise officielle du Prix à David Vann, verre à la main – d’eau minérale, si si … – je discutais à droite à gauche, lorsque je fus abordé par Manuel S. ci-devant Assistant Marketing et Communication chez Audiolib. En tant que juré, j’avais été présenté au vaste public venu assister à la cérémonie comme runner-blogueur – à moins que cela ne soit l’inverse ?. Cette double particularité avait attiré l’attention de Manuel, lui-même runner mais surtout éditeur de … livres audio.

Mesdames, Messieurs, dépoussiérez vos placards : le livre audio, grâce notamment à Audiolib, n’est plus ce média confidentiel longtemps confiné uniquement au monde de la mal-voyance. Le livre audio est aujourd’hui une autre façon de lire, très répandue dans certains pays. Vous manquez de temps mais paradoxalement vous en perdez dans votre voiture à écouter quelque stupide animateur pour ado pré-pubère de la bande FM, rires en conserve à gogo, alors pourquoi pas un livre audio choisi parmi les romans du moment ?

Mais vous vous doutez bien que si je parle de cela sur Wanarun, ce n’est pas uniquement pour que vous écoutiez des livres audio dans votre voiture mais pour que vous les écoutiez … en courant évidemment ! Et c’est ce que m’a proposé Manuel, me contant son expérience dans le domaine. Il m’a donc proposé de réaliser un essai en me faisant parvenir deux romans : Courir de Jean Echenoz, que je vous avais déjà présenté sur wanarun (durée d’écoute 3h) et Meurtre dans un jardin indien de Vikas Swarup (durée d’écoute 14h). Déjà une heure d’Echenoz testée …

Je vous déconseille d’écouter un livre lors de séances techniques de type VMA ou fractionné long. Cela paraît une évidence mais si je ne le dis pas, je suis certain que certains vont m’en parler dans les commentaires :-)    La pratique est à réserver aux séances de récupération ou d’endurance fondamentale.

Détail technique : le livre audio est livré sous forme de CD dans une pochette reprenant la couverture du livre d’origine. Il est vendu à un prix sensiblement équivalent. Les CD sont au format MP3. Leur contenu peut donc aisément être transféré sur tout type de support … embarquable.

Au départ, c’est assez surprenant car le livre, contrairement à de la musique, ne donne pas de rythme à la course. Il faut donc soit bien se connaître, soit suivre sa vitesse au Garmin, pour ne pas trop ralentir. Il faut également faire preuve d’un surcroit d’attention et de vigilance car le livre audio mobilise bien plus de neurones que la musique … Courir en pleine ville avec des rues à traverser n’est pas forcément la meilleure idée pour débuter la running-culture.

Au final, l’expérience s’avère assez plaisante – surtout quand le livre est bon, ce qui est le cas de Courir – Déjà que la course à pied rend plus intelligent (CF le dernier numéro 2009 de la revue ZATOPEK) alors la course à pied associée à la lecture, je ne vous dis pas. Plus sérieusement, pour ceux qui adorent avoir quelque chose entre les oreilles en courant, le livre audio est une excellente alternative à la musique surtout lors de sortie de récup où la voix posée contribue à la relaxation.


Philippidès, celui que l’on respecte pour un exploit dont il aurait rougit…

Lundi 14 juin 2010

Un premier podcast pour vous narrer l’histoire de l’homme qui — en sandale ! — est passé à la postérité pour une prouesse que non seulement il n’a pas accomplie mais, qui plus est, au regard de son palmarès lui aurait fait honte… :

Si vous souhaitez télécharger ce podcast, en voici le lien : Philippidès, celui que l’on respecte pour un exploit dont il aurait rougit…


Littérature – Cimetière de pianos

Samedi 28 novembre 2009

peixoOù parfois le marathon vient se nicher là où on ne l’attend pas …

Cimetière de Pianos, du jeune romancier portugais Jose Luis Peixoto (Ed Grasset 2008), n’est pas un livre dédié à la course à pied. Loin de là. C’est le très beau récit à deux voix de la vie d’une famille portugaise du début du XXe siècle, famille désertée par la joie et plongée dans un deuil quasi-permanent. Récit énigmatique, difficile à suivre et qui ne se dévoile que très très progressivement après avoir parfois égaré le lecteur.  Mais, pourquoi donc parler de cet ouvrage sur Wanarun et quel est le rapport avec la course à pied ?

Francisco Lazaro, voilà le rapport ! Vous ne voyez toujours pas ? Vous n’avez pas de mémoire ou quoi ? Francisco Lazaro, c’est ce coureur portugais, l’un des favoris de l’épreuve, qui s’effondra mort au 30e kilomètre du marathon des JO de Stockholm en 1912. Et bien Francisco est l’une des voix du narrateur et le roman s’articule, non pas autour de chapitres, mais autour des funestes kilomètres que parcourut le malheureux marathonien.

Dans le roman, Jose Luis Peixoto, imagine un Francisco qui pense avoir trouvé la Martingale, avec un grand M, en s’enduisant le corps d’une graisse qui facilite sa pénétration dans l’air. Et effectivement, les premiers kilomètres lui donnent raison mais il fait chaud ce jour-là en Suède, très chaud …

Page 262 : “Des groupes de coureurs me dépassent. Je ne sais quel vent les porte.” … “je suis plus fort, plus fort et plus grand que la fatigue. Il y a longtemps que je connais l’instant où le corps dit : arrête, arrête. Mes jambes ne s’arrêtent pas. Arrête, arrête. Mais je continue à balancer les bras de part et d’autre de mon torse, comme si je donnais des coups de poing à l’air, comme si je luttais avec l’air et le rendais toujours plus faible, toujours plus proche de céder.”


Le livre de la mort qui tue … JOGGING

Vendredi 30 octobre 2009

Alors que je triais une vieille bibliothèque datant de mes années SciFi et Heroic Fantasy à la recherche d’un vieux Bradbury – j’ai dit vieille bibliothèque ? Il serait sans doute plus approprié de dire “très vieille” -, coincé entre PolterGeist et The Thing, j’eus la surprise de retrouver JOGGING de Brooks Stanwood.

Vous pensez bien que, par le titre alléché, titre dont je ne me souvenais d’ailleurs et je l’avoue humblement, ni de l’existence, ni du contenu, ni même de l’avoir lu à l’époque – certes très reculée, ceci pouvant expliquer cela … – je cessai immédiatement mes fouilles archéologiques pour me plonger dans une lecture – rapide – de cet opuscule.

JOGGINGAmes sensibles, s’abstenir ! JOGGING, vu sa date de sortie, 1980, n’est pas un guide pratique décryptant, ce qui à l’époque, était en train de devenir un phénomène de mode – un buzz, pour les plus jeunes. JOGGING n’est pas non plus un abécédaire du comment courir mieux, plus efficacement, gagner des minutes en se fatiguant moins etc etc etc à l’usage des millions de nouveaux pratiquants qui découvraient les vertus fabuleuses de notre sport favori.

JOGGING dont le titre porte en lui-même le teasing, surtout au seuil des 80’s, est en fait un roman d’épouvante comme il s’en faisait beaucoup en cette période et qui finissaient généralement en films de plus ou moins bonne qualité ou l’inverse – j’ai déjà parlé de PolterGeist, de The Thing, on pourrait aussi évoquer les Dents de la Mer, Carrie … – dont les premiers chapitres parlent effectivement de course à pied … sauf qu’après ça dégénère grave … mais, je vous laisse le découvrir, le livre étant assez facile à trouver en occase sur le web. Evidemment le scenario est plus qu’improbable et, sans dévoiler l’intrigue, les gentils ont quand même des chances de gagner à la fin, mais ça se laisse franchement lire !


e-saga de l’été – Episode 13/15

Mardi 25 août 2009

Résumé de l’épisode précédent : nous sommes mercredi, il est 20h. Tous les protagonistes de l’histoire, hormis la mère de Steeve, qui préfère et de loin le bridge à la course à pied, sont, à titre plus ou moins officiel, présents dans le Parc où va se dénouer, n’en doutons pas une seconde, l’intrigue. Surtout qu’il ne reste plus que 3 chapitres, y compris celui que vous allez lire maintenant donc il ne s’agit plus de lambiner en route. 18km/h svp.

Flashback … Il est 19h59, Steeve vient d’arriver à la grille d’honneur du Parc et voit s’approcher, toute de jaune vêtue et telle une gazelle ailée – bizarre, il me semblait que les gazelles n’étaient pas jaunes et ne volaient pas … – la Sublime Priscilla. Qu’elle est belle quand elle court, ne manque-t-il pas de se dire. Ben oui, quoi, il faut bien qu’il se dise un truc de ce genre. Il ne va pas juste jeter un regard bovin à l’Apparition, encore un peu lointaine, puis regarder bêtement ses lacets de chaussure ou compter le nombre de barreaux de la grille d’honneur. Brad, s’est posté quelques mètres à gauche de l’entrée, derrière un massif de troënes, Sharon a préféré la droite et les thuyas. Immobiles, tels deux caryatides, les yeux aux aguets, ils observent alternativement la mobile et le statique. La mobile se rapproche de plus en plus du statique. Encore quelques mètres. Ca y est, la jonction s’est opérée.

“Bon, voilà le topo : 10 minutes d’échauffement à 14 km/h, 10*800m à 96% de la VMA, récup 5 minutes, 5*100m VMA, récup 10 minutes. Pas de question ?”, Steeve n’est pas certain d’avoir tout compris, en particulier ce qu’est la VMA. En revanche et malgré ses très maigres connaissances théoriques de la course à pied, il se doute bien qu’un échauffement à 14 km/h, qu’il aura déjà du mal sans doute à supporter, ne peut être suivi que d’une phase plus rapide et que VMA signifiera probablement, pour lui, la fin des haricots : Viens Mourir à l’Agonie ? “Pas mal tes chaussures, des N* ? Tu les as trouvées où ?”. Enfin, un sujet qu’il maîtrise à peu près, il a d’ailleurs bien mémorisé le speech du vendeur et se dit que le rejouer permettrait de retarder la fumeuse échéance de quelques minutes. Mais à peine le nom du magasin prononcé, que la Divine, tout à son entraînement, annonçe le top départ.

Et notre Steeve de commencer à courir, suivi de près par Brad qui devance d’une courte tête Sharon. Celle-ci prend rapidement un chemin de traverse autour du lac afin de rejoindre la petite troupe à mi-chemin. Le rythme s’élève rapidement. Steeve, pour le moment s’accroche mais on sent qu’il est à la limite de la rupture. Il se met en danseuse pour aborder le premier raidillon du parcours (euh ? le Tour c’est fini). Priscilla est quelque peu surprise par la ténacité de Steeve qu’elle estimait bien inférieure et en tous les cas incapable de supporter cette première montée. Subtilement, elle accélère. Steeve s’accroche, toujours suivi par Brad qui maintient l’écart. Sharon est presque arrivée à mi-parcours, normal ! elle a triché ! Steeve est encore plus à la limite de la rupture, mais l’Amour avec un grand A, à moins que ce ne soit la bêtise avec un petit b, semble le porter. On n’est plus seulement à la limite de la rupture, mais aussi à celle du miracle. Dans la descente, Brad, on se demande bien pourquoi, accélère et se rapproche dangeureusement.

Il est 20h04, Steeve court depuis 4 minutes à 14km/h et résiste toujours. Quand soudain …

FIN DE L’EPISODE

Comme on approche de la fin, il faut bien ménager le suspense …


e-saga de l’été – Episode 12/15

Vendredi 21 août 2009

Résumé de l’épisode précédent : Steeve a décidé qu’il se rendrait à la séance d’entraînement organisée par Priscilla. Pour faire illusion, ne seraient-ce que les quelques premières minutes, il a fait l’acquisition de la tenue du parfait petit runner expérimenté. Brad, par jalousie, Sharon, par curiosité, ont également décidé d’assister, discrètement à ce qu’ils pensent devoir être se révéler une curée.

Le lendemain matin Steeve retourna au bureau. Il réussit, non sans mal, à masquer l’état de stress extrême dans lequel il se trouvait et fit, compte tenu de la situation, relativement bonne figure, tout au moins, c’est l’impression qu’il donna à l’ensemble de ses collègues, Priscilla comprise. Cette dernière, tout aussi avare de mots que d’habitude, ne lui demanda point les raisons de son absence de la veille, ne serait-ce que par politesse comme cela se fait entre collègues une fois qu’on a épuisé les sujets du temps qu’il fait ou de la bronchite du petit dernier. Son avarice verbale fut, d’ailleurs, poussée à l’extrême, puisqu’au-delà du bonjour factuel de circonstance, de toute la journée, elle n’eut pour lui que ce simple égard “20 heures, grille d’honneur du Parc”.

La journée de Steeve fut longue, très longue. Les secondes ressemblaient aux minutes, les minutes aux heures et même le déjeuner s’avéra une véritable corvée. Il quitta le bureau assez tôt, car il éprouvait un besoin impérieux, d’en quelque sorte, se ressourcer, de se recharger les batteries avant de se lancer dans la Grande Aventure. De retour à la maison, il n’eut pas, par chance et de toute façon il ne les aurait pas supportées, à subir les questions de sa mère, les mercredis après-midi de celle-ci étant entièrement consacrés au bridge. Il en profita donc pour s’allonger et tenter de se détendre, non sans avoir auparavant réglé la sonnerie du réveil, au cas où.

Priscilla, toute à son travail, ne s’était aucunement rendu compte de l’état proche de l’angoisse dans lequel elle avait jeté son voisin d’en face. Elle n’eut pour lui d’autre pensée que d’espérer qu’il lui avouerait assez vite, le soir, qu’il n’était pas un runner émérite, qu’il déclarerait donc rapidement forfait et qu’elle pourrait tranquillement mener à bien sa séance de 12×800m en VMA.   

Brad avait, lui, fourbi ses armes, encore trois heures de musculation bien senties la veille et un mental qu’il estimait d’acier. Il avait décidé que la meilleure stratégie était de se rendre au Parc et de s’entraîner seul comme si de rien n’était puis de croiser incidemment mais rapidement les deux tourtereaux-en-devenir et ensuite de les suivre à distance. Sharon, de son côté, pensait aussi simuler un quelconque entraînement, habitude qu’elle n’avait pas normalement le mercredi en empruntant des chemins suffisamment bien choisis pour lui offrir une vue imprenable sur le trajet de Roméo et de celle qu’il espérait sa Juliette. 

19h30, voilà une demi-heure que Steeve est habillé et face au miroir de la salle de bain essaie de trouver la pose adéquate du runner à qui on ne la fait pas, spécialiste toute distance. Priscilla vient d’arriver au Parc où elle débute son échauffement afin de cueillir Steeve bien à froid et d’abréger ce qu’elle pense être une ennuyeuse mascarade. Car exceptionnellement, elle a décidé de faire preuve d’un brin de gentillesse – d’impatience ? – et de renvoyer Steeve dès les premières minutes à ses chères études. Brad vient de terminer de s’enduire les muscles d’huile. Sharon s’habille.

19h45, Priscilla a déjà couru un petit quart d’heure et continue son échauffement. Steeve vient de quitter la maison et se rend au Parc en marchant, inutile de gaspiller trop d’énergie avant le Grand Rendez-Vous. Brad et Sharon quittent également leurs domiciles respectifs.

19h59, Steeve arrive au Parc et aperçoit Priscilla qui vient vers lui en courant.

20h00 …

FIN DE L’EPISODE

Dans le prochain épisode, la réponse à cette question métaphysique qui vous taraude, j’en suis certain : quelle peut être la nature des relations de Brad et Sharon ?


e-saga de l’été : Episode 11/15

Mardi 18 août 2009

Résumé de l’épisode précédent : Steeve a bien médité les conseils de sa mère et s’apprête à prendre une décision. Attention, après quelques chapitres de récupération bien mérités, l’action va redémarrer. Negative Split, quand tu nous tiens.

L’adage veut qu’une nuit, tout agitée soit-elle, porte conseil. Une fois encore, la sagesse populaire avait visé juste. Steeve, plus fatigué au réveil qu’il ne l’était au coucher, fort de ses réflexions nocturnes et des conseils avisés de sa mère, avait pris une décision. Il se rendrait à la séance d’entraînement proposée – exigée serait plus juste – par Priscilla le lendemain soir et essaierait, au moins dans un premier temps et dut-il en exprirer, de s’accrocher aux basques de la Belle.

Préalable : avoir l’air d’un runner confirmé, statut que ne lui conférait aucunement son équipement habituel du dimanche (bermuda mastic, T-shirt CK et chaussures de tennis au crocodile). Il appela donc son bureau à la fraîche et expliqua qu’il devait s’absenter pour la journée, de toute façon, il lui restait pas mal de RTT à prendre. La période n’étant pas très chargée, il n’eut pas à se justifier plus en avant.

Il avait aperçu la veille, sur la table de salon, un prospectus d’Aldidl, qui proposait justement aujourd’hui une vente flash sur un kit running : 30€ la paire de chaussures et le cardio associé. Mais cette solution n’eut pas l’air de lui convenir. Il se rendit chez Gotlon, à l’ouverture de la grande surface généraliste. Il erra plusieurs minutes dans les rayons sans rencontrer le moindre vendeur et se dit que le choix restreint de chaussures proposé, la marque distributeur et les trop communes Azuno Freeze, portées par des millions de joggeurs débutants, ne donnerait pas de lui l’image du runner confirmé. Direction donc, SemiMarathonShop, enseigne très spécialisée où il devrait trouver son bonheur, il n’en doutait pas.

Passée l’avalanche de questions du vendeur – cette fois-ci, il y en avait bien un et il semblait savoir ce qu’était la course à pied – “Vous êtes universel/pronateur/supinateur ?” Euh ? “Vous voulez favoriser amorti / dynamisme / stabilité ?” Re-euh ? “Vous courez combien de kilomètres par semaine ?”, “Vous faites quoi comme compétitions ? ” etc etc etc, il put enfin placer qu’il voulait une paire de chaussures qui fasse son effet, si possible une marque très peu répandue, qui donnerait un cachet hyper-technique à sa pratique de la course à pied. Ce qui tombait bien puisque venait d’arriver, très récemment, une nouvelle marque US dont la particularité était que la chaussure permettait de reproduire exactement une course pieds nus. Marque qui, pour l’instant, n’était disponible que dans cette boutique, ce qui tombait bien. A 200€, c’était certes un peu cher mais l’investissement en valait la peine.

Il acheta également une tenue techniquement sophistiquée : chaussettes Z-socks, spéciale anti-ampoules, destinées aux coureurs de 100km, short, maillot et casquette coordonnés en AbsorberShock. Il se tâta pour un cardio mais se dit qu’en tant que coureur d’expérience, il était censé connaître son corps sur le bout des doigts et n’en avait théoriquement pas besoin.

Pour faire son effet et ne pas sentir trop le neuf, l’équipement devait être bien entendu artificiellement vieilli. Une flaque de boue pour les semelles, un peu de poussière d’aspirateur sur le dessus. Voilà pour les chaussures. Pour le maillot, sa demi-heure de squash du mardi fut largement suffisante pour lui donner l’apparence, enfin plutôt l’odeur qui allait bien. Côté équipement, il était maintenant paré. Il n’avait plus maintenant qu’à attendre le lendemain.

Tandis que Steeve pratiquait shopping matinal et vieillissement accéléré, Priscilla se demandait, face à l’absence de son collègue de bureau, si elle n’y était pas allée un peu trop fort. Non qu’elle eut mauvaise conscience, car ce n’était pas son habitude mais peut-être qu’un zeste d’humanité …

Brad, qui avait eu vent, de la séance d’entraînement du mercredi avait décidé d’aller au Parc ce soir-là. N’ayant pas de grandes capacités d’anticipation, il aviserait de ce qu’il ferait sur place.

Sharon, par curiosité avait également décidé de se rendre au Parc.

FIN DE L’EPISODE

Dans le prochain épisode, il va y avoir du monde au Parc.


e-saga de l’été – Episode 10/15

Vendredi 14 août 2009

Résumé de l’épisode précédent : là, on était vraiment dans l’archétype de l’épisode dit de transition. Un petit peu de Brad, un petit peu de Priscilla, mais de Steeve point alors que l’action aurait dû normalement se focaliser sur lui puisqu’il était dans la m…. jusqu’au cou et que sa mère s’apprêtait à essayer de l’aider.

Reprenons donc le cours normal de nos émissions, pardon de notre récit. Nous avions laissé Steeve, dans sa chambre et dans un été très avancé de désarroi. L’espoir, mais Steeve ne le savait pas encore car il – l’espoir – ne faisait pas de bruit en montant l’escalier, s’avançait à sa rencontre. Elle, l’espoir – oui, je sais, tout à l’heure c’était il, mais si vous avez lu les chapitres précédents, vous savez bien que l’espoir en question c’est évidemment sa mère – frappa trois coups secs à la porte et demanda la permission d’entrer. Permission qui lui fut accordée dans un murmure de résignation. “Steeve, je sais que quelque chose ne va pas et tu vas me le dire, s’il te plaît”.

A ce stade du récit, plusieurs scenarii sont envisageables. Tous partent du principe acquis que Steeve, malgré sa farouche détermination à garder ses misères pour lui tout seul finira par les avouer à sa mère. Je n’entre pas dans les détails car le dialogue en question, qui eut bien lieu, fut assez long et pourrait occuper tout un chapitre … de transition.

Scenario 1) si nous étions dans la saga de l’été d’une chaîne du service public, c’est à ce moment là que surgirait LE secret de famille. La mère de Steeve, à l’annonce de l’attirance de son fils pour Priscilla, deviendrait soudain muette, s’empourprerait puis annoncerait sur un ton qui ne supporterait aucune contradiction : “Tu ne Peux pas courtiser cette fille !” et tournerait les talons. Steeve ne comprendrait évidemment pas l’attitude de sa mère et aurait alors l’idée d’interroger la vieille tante Lizzie, pensionnaire de l’asile Saint Lucien, délaissée par toute la famille et qui dans un moment de lucidité se souviendrait qu’en 1432, un ancêtre de Priscilla avait osé reprendre du bouillon de maigre sans y avoir été autorisé par une ancêtre de Steeve lors de la fête communale de Saint Priprin. A la fin, Steeve épouserait quand même Priscilla et les familles se réconcilieraient.  

Scenario 2) si nous étions dans la sage de l’été d’une chaîne privée, on finirait par découvrir qu’en fait Priscilla est une extra-terrestre de la planète Runnia, dont le vrai nom est LHV345, chargée de mettre à l’épreuve les êtres humains afin de déterminer s’ils étaient dignes de recevoir l’enseignement du Grand Runner. Seul Brad, dans l’histoire, avait réussi cette épreuve, dite du 18km/h, et s’envolerait à la fin avec LHV345 dans une gerbe lumineuse pour une destination inconnue alors que Steeve courrait, pour une fois très vite mais pas à 18 quand même, pour rattraper Priscilla et Brad. Steeve serait finalement bien débarassé car dépouillée de son déguisement Priscilla était loin des canons de beauté habituels des employés du service des contentieux.

Scenario 3) si nous étions dans une série Américaine, le problème de Steeve serait résolu, sans qu’il le sache dans un premier temps, par un tueur en série qui hante les parcs avec son M16 et qui aurait fait un carton sur un duo de joggeuses justement ce soir-là. L’enquête serait confié à l’inspecteur Spiver, divorcé, alcoolique, red neck caucasien et son assistante Helen Williams, afro-américaine, génie de l’informatique. Après quelques péripéties, d’autres meurtres, quelques cascades, le tueur serait finalement appréhendé. Non, ce n’est pas Brad. Qui a dit ça ? Au contraire, Brad et Steeve, tous les deux dans la peine, deviendraient amis lors de l’enterrement de Priscilla, et plus si affinités – mais on est dans une série US, donc on s’arrêtera clairement avant les éventuelles affinités.

Le souci, pour l’auteur, est que Wanarun n’est pas une chaîne du service public, n’est pas une chaîne privée et n’est pas diffuseur de séries Américaines. Il lui faut donc faire preuve d’un peu d’originalité. Partons quand même du principe, que Steeve, contraint et forcé, finit par avouer son terrible secret à sa mère. Celle-ci, qui ne connaît pas grand chose à la course à pied et pour qui 18km/h, c’est un-vieux-qui-se-traîne-dans-sa-caisse-pourrie-mais-il-va-avancer-ce-crétin-!, aura tendance à focaliser tout son raisonnement sur la facette Amour – avec un grand A - du problème. Elle ne manquera pas de lui donner un bon conseil du genre “Tu l’aimes et tu veux savoir si elle t’aime vraiment. Pour cela, tu n’as pas besoin de courir à 18km/h. Avoue-lui que tu ne cours pas aussi vite et vois sa réaction. Si elle s’en va, c’est qu’elle ne t’aime pas”.

Sacré Steeve ! Non seulement il s’est mis tout seul dans la mouise et en plus ne voilà-t-il pas que sa mère lui donne maintenant un conseil àà deux balles.

FIN DE L’EPISODE

Dans l’épisode suivant, Steeve va prendre une décision qui va influencer sa destinée. Quelle va être cette décision ?


e-saga de l’été – Episode 9/15

Mardi 11 août 2009

Résumé de l’épisode précédent : nous avons laissé notre ami Steeve dans une de ces panades ! Voilà qui est bien résumé non ? Ah, on me signale toutefois que sa mère est entrée en action. Au temps pour moi.   

Pendant que Steeve commençait à scruter la toile à la recherche d’une méthode / d’un truc / d’un médicament miracle (rayez la mention inutile, si tant est qu’il y en ait une) qui lui aurait autorisé le mince espoir de courir à la même vitesse que sa Déesse Ailée, pendant ce temps, assez long d’ailleurs, Brad abdominait, développé-couchait, squatait, pressais, bicepsait, tricepsait, tirait, poussait, soulevait … bref, Brad se musclait. En aparté, il eut pu passer pour un intellectuel en affirmant qu’il ne regardait jamais la télé, ce qui était rigoureusement exact, s’il omettait évidemment de préciser qu’il passait ses soirées au FitClubForm et s’il n’ouvrait surtout plus la bouche après le mot télé.

Un observateur sagace aurait pu se demander pourquoi Brad se musclait encore tant il paraissait physiquement impossible de rajouter ne serait-ce que quelques milligrammes de muscles complémentaires sans risquer un éclatement de son enveloppe corporelle. Mais Brad n’avait cure des observateurs sagaces. Brad se musclait parce que le muscle, c’était sa vie, son oeuvre, sa religion. Qui plus est, ce n’était pas n’importe quel muscle, c’était du muscle rapide, capable, lui, de courir à 18km/h. Un observateur un peu curieux pourrait, à ce stade, se demander si ce muscle était un produit 100% bio. La question mériterait sans doute d’être soulevée un jour mais elle nécessiterait un développement un peu long et supposerait des connaissances chimiques que l’auteur ne maîtrise pas.  L’observateur curieux n’aura donc pas de réponse aujourd’hui.

Revenons donc à Brad qui se musclait ou plutôt qui passait sa frustration sur les machines mises à sa disposition, moyennant une modeste cotisation mensuelle de 150 Euros, par FitClubForm. Les pauvres gémissaient tant elles souffraient mais que pouvaient-elles faire contre un Brad à ce point déchaîné ? Quand il pressait 247 kilos, c’était Steeve Profit qu’il écrasait, quand il développé-couchait 156 kilos, c’était Steeve Profit qu’il soulevait dans les airs pour le projeter à l’autre bout de la terre … Brad s’était donc trouvé une sacrée source de motivation exogène. Abandonnons-le un instant, car la musculation, à vrai dire, ce n’est franchement pas passionnant à regarder.

Comme à son habitude, chaque lundi soir, Priscilla s’entraînait avec son amie Sharon. Vous allez sans doute vous dire, pitié, non, pas encore une fille qui court à 18 km/h ! Et bien vous auriez tort, car le lundi soir pour Priscilla, c’était le traditionnel footing de récupération, à une petite vitesse tranquille de 13-14km/h pas plus. Ce qui permettait aux deux amies de discuter tout en courant, ou pour le moins, ce qui permettait à Priscilla de parler, sans risquer d’être contredite puisqu’il faut bien l’avouer, Sharon,  à 110% de sa VMA pendant une heure n’était pas capable d’articuler le moindre son.

La discussion, le monologue, du jour portait bien évidemment sur le double bon tour que Priscilla avait joué en fin de matinée. Et pif pour Brad, qui l’avait franchement mérité, et paf pour Steeve, qui ne l’avait pas encore mérité, mais de manière préventive, ça ne peut pas faire de tort. Priscilla rayonnait. Oubliée la victoire des Dugenoux. C’était qui la meilleure maintenant ? Hein ? C’était qui ? C’était qui ?

Lorsque Sharon eut enfin retrouvé son souffle, vingt bonnes minutes après la fin de la séance, elle ne manqua pas de s’étonner du sort fait à Steeve, ce nouveau voisin de bureau que Priscilla lui avait décrit comme un garçon à l’air sympathique, pas trop mal et sans histoire (tiens, tiens …). “Il était là au mauvais moment, que veux-tu que je te dise”.

FIN DE L’EPISODE

Après cet aimable interlude dans les salles de musculation et les parcs municipaus, le prochain épisode nous  verra retourner évidemment dans la chambre de Steeve …


e-saga de l’été – Episode 8/15

Vendredi 7 août 2009

Résumé des épisodes précédents : “- Et bien, Laurent, nous voici arrivés maintenant à mi-course. Alors, que retenir de ces premières étapes ?

- Ecoutez, Thierry, je dirais qu’on a vécu, jusqu’à présent, une période d’observation. Les favoris de l’épreuve ne se sont pas encore découverts totalement. Priscilla a bien placé quelques banderilles, mais rien de décisif.  Disons, qu’elle a surtout cherché à montrer le maillot. Steeve a pris quelques initiatives mais souvent à contretemps. Quant à Brad, comme d’habitude, il est resté calé bien sagement dans les roues. J’attends beaucoup des étapes qui arrivent. S’ils veulent l’emporter, c’est maintenant que les leaders doivent attaquer. “

Steeve n’arrivait décidément pas à avaler sa salade de wakamé piquée de dés de tofu et de lentilles corail sauce concombre jaune, l’un des plats favoris de sa mère. Il retournait et retournait les dits dés de tofu, comme il retournait sans cesse les mêmes pensées dans sa tête. Et c’est bien ce retournement continu de dés de tofu qui avait mis la puce à l’oreille de Mme Profit mère, car des dés de tofu n’ont bien entendu pas pour vocation première d’être retournés, sauf, entre autre, par un être tracassé – un enfant facétieux aurait pu être également l’auteur d’un tel retournement mais à 27 ans, Steeve, pouvait difficilement prétendre à ce statut. Son fils avait donc un problème et foi de végétalienne, elle saurait le faire parler avant la fin de la soirée. L’attaque directe s’étant révélée vaine, une autre stratégie s’imposait. Première étape : la marinade. Prenez un fils tracassé, l’amener à température ambiante dans sa chambre durant 2 heures environ, réservez.

Après avoir déclaré qu’il n’avait pas très faim ce soir, qu’il se sentait barbouillé, sans doute un truc pas catholique qu’il avait mangé à la cantine, Steeve partir s’enfermer dans sa chambre afin de réfléchir au calme – non que sa mère soit une personne particulièrement bruyante mais sa curiosité naturelle n’aurait de cesse d’être satisfaite – à la situation et tenter de construire l’amorce de l’ébauche d’une éventuelle possibilité de solution. Ses amis Google et Bing allaient devoir lui apporter tout l’aide dont il avait bien besoin en ces instants délicats.

Rechercher “courir à 18 km/h en une semaine” … Votre recherche n’a pu aboutir. Veuillez s’il vous plaît reformuler la question. Bon, ce n’était visiblement pas gagné. “Courir à 18km/h”. 47423 réponses. Voilà qui était mieux. Allons-y. Alors, plan d’entraînement en 6 séances par semaine pendant 4 mois. Trop long. Plan d’entraînement en 5 séances par semaines pendant 4 mois. Trop long, trop long, trop long, toujours trop long !

Rechercher “running, améliorer sa vitesse”. 123545 réponses. Les plans d’entraînement, c’est bon, on passe. Ah “La FCMaxite améliore de 87,34 % vos performances.” Voilà qui semblait plus prometteur. “Prouvé scientifiquement”. Et par le professeur Dugland, spécialiste mondial de médecine de la performance sportive. Tiens, c’est curieux, il bosse à l’hôpital de St Marcel les Maillots et le distributeur de FCMaxite est aussi à St Marcel les Maillots. Coincidence sans doute. Le premier flacon est offert. Cool ! Si vous achetez tout de suite les 15 suivants pour la modique somme de … gasp !!! Ah oui, quand même ! Passons au suivant, “Run Faster with BoosterPill” livrée sous pli discret et payable uniquement par prélèvement automatique, adresse au Nigéria. OK, d’accord, je vois.

123545 sites plus tard, Steeve s’était enfin fait une raison, courir à 18km/h en une semaine n’était visiblement pas d’une évidence rarissime encore moins d’une simplicité biblique. La marinade était à point.

Deuxième étape : le grill. Prenez un fils tracassé, bien mariné. S’en emparer, par la ruse, car l’animal, même s’il présente tous les signes de l’amorphisme peut être cependant à ce stade relativement revêche, le dépit comme source de colère si vous préférez. Lorsque vous vous en êtes emparé, larder le alors de questions jusqu’à ce qu’il finisse par craquer et vous avouer la cause de ses tourments. Passer alors à la troisième étape.

FIN DE L’EPISODE

Dans le prochain épisode, nous découvrirons ce qu’est cette fameuse troisième étape, à moins que nous n’allions rejoindre Priscilla ou mieux encore Brad, qui pour l’instant, n’a joué qu’un rôle mineur de faire-valoir. “Passer 3 heures en salle de muscu pour se faire avaloir, c’est pas cool !”




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