Retour sur le Marathon des Causses



 

Originaire de Saint-Etienne, Franck s’est mis à la course à pied il y a 5 ans. Depuis il ne cesse de progresser et file tranquillement vers la réalisation d’un de ses rêves : Le Marathon des Sables (250km dans le sud marocain en autonomie et en 6 étapes).

Le Marathon des Causses fait parti de sa préparation, il nous en livre ci-dessous son récit.

Millau, samedi 23 octobre, Marathon des Causses (40km)

Réveil à 9h00, comme il est agréable de ne pas se lever à 5h00 pour une course, ou encore endormi, il faut se préparer et avaler un petit dej 3h00 avant le départ…
Là ,c’est tranquille, je descend prendre le petit déjeuner dans l’hôtel, je retrouve d’autres coureurs, on est déjà dans l’ambiance de la course. J’ai prévu de quitter l’hôtel à 11h45 pour le départ à13h15 (il y a 10 mn de trajet), j’ai 2h00 pour me préparer, je fais mon mélange Hydrixir/Malto, remplit les 1,5L de la poche du sac, je teste, je règle les courroies, Véronique (mon épouse) me place mon dossard et vu la météo je choisis la tenue légère: maillot manche courte et cuissard. Je met un kway, mon ravito solide et de la sporténine dans le filet du sac, je mange un morceau de gatosport, avale une vitamine et c’est parti. Vraiment bien d’avoir du temps, je sens déjà que j’ai économisé un max d’énergie.

Arrivé sur le parking (repéré la veille) j’enfile mes chaussettes à orteils, mes chaussures, ma casquette, Véronique fait quelques photos de l’Athlète en tenue et on se dirige vers le départ. Encore 20mn. J’ai décidé de me mettre dans les premiers sur la ligne. C’est cool, l’ambiance est  sympa , je suis au soleil, on discute avec les voisins, Véro est juste là de l’autre côté de la barrière, La nous file des autocollants : »Je courre pour ma retraite », le speaker taille la bavette avec les stars sur la ligne, puis soudain musique:  Carmina Burana et c’est le le décompte: 5,4,3,2,1, c’est parti!

2km de route pour sortir de Millau et prendre son rythme, je fais gaffe à y aller mollo (environ11km/h) c’est surtout pour ça que j’ai pris mon chrono GPS. Mais d’être parti relativement dans les premiers m’évite la bousculade des premiers mètres. Dès qu’on est en dehors de la ville, une grande montée en chemin ou tout le monde marche. le ton est donné. C’est comme ça pendant près d’une borne. Arrivé sur le plateau on se remet à courir pendant environ 5km en enchainant les petites montées et descentes sur des chemins assez larges. Cela permet de créer des groupes selon le rythme de chacun, je commence à repérer quelques concurrents. je bois bien toutes les 5mn, ma montre de cosmonaute qui bip est là pour me le rappeler.

Vers le 8 ème km on rentre dans la forêt et le chemin grimpe brutalement, je m’y attendais car je me suis inscris le profil de la course dans la main. On est en « single track » (mono trace, mais ça fait mieux) et je fais la montée derrière une fille qui monte avec des bâtons, je fais gaffe car parfois son bâton s’envole derrière elle…. Il est impossible d’envisager de courir vu le dénivelé et même si parfois je marcherais peut être un plus vite, je reste tranquillement derrière le cuissard bleu ciel….
On finit par déboucher sur le plateau du Causse Noir et je m’aperçois que derrière il n’y a plus personne, finalement on n’a du monter à un bon rythme. Nous sommes une petite dizaine et pendant 5km on va courir sur des sentiers plutôt faciles, sablonneux et sans pièges. Nous sommes en bordure du plateau, la vue sur Millau et le viaduc est magnifique, le soleil est là, on fait un petit 10 km/h, je fais le serre file de notre groupe, tout va très bien, que du plaisir!!! Au bout d’un moment notre « leader » décroche et vient se mettre derrière moi. On se croirait dans une échappée du Tour de France. Parfois on double un concurrent isolé, j’arrive même sans m’arrêter à enlever mon sac et prendre un cachet de sporténine (toutes les heures) et un morceau de barre de céréales

Soudain, le sentier plonge et immédiatement un ralentissement, je me retrouve sur les talons du coureur devant, je lance un « attention à gauche » et je le double, le sentier est assez raide mais sans cailloux ni racines ou autres pièges, donc je laisse aller, je me met en position de « skieur » comme j’ai appris et lu (dans les magazines) et les bras en balanciers je dévale la pente. Assez rapidement j’ai dépassé la dizaine de concurrents qui formaient notre groupe, me voilà seul devant toujours plein gaz. Je me sens bien, je n’ai pas d’appréhension, les appuis sont bons et mis à part quelques coups de frein dans les virages en épingles je suis en totale relâchement, vraiment je m’éclate, Je double un gars au ralenti et je me dis que finalement contrairement à ce que je pensais je me débrouille pas trop mal en descente et je repense à cet article qui disait que c’est dans les descentes que les courses peuvent se gagner, je ne suis pas là pour gagner la course, mais sur un petit kilomètre de descente j’ai surement  gagné du temps, voire des places…. Je bois souvent pour que mon hydratation protègent les muscles des cuisses et des mollets.

Je rejoins un groupe sur la fin de la pente avec lequel je me remet en mode marche…. Pour attaquer 300 m d’escalade!!! Je me félicite d’être petit et souple car pour cette ascension (c’est vraiment le mot) c’est un avantage. Je profite de ce rythme « tranquille »pour de nouveau enlever mon sac et manger un gâteau aux amandes Arrivé au sommet nous sommes au15ème km. Je ressens un coup de mou, cela fait 2h15 que l’on est parti et je vois mal comment je pourrais mettre moins de 5h00 (mon idée de départ), surtout quand un gars  du groupe annonce qu’il en faudra au minimum 6…. Depuis un moment j’ai des douleurs au ventre, comme si je digérais mal, je rote, je pète histoire d’évacuer (désolé, mais cela fait partie des aléas de la vie d’une course, les habitués s’y retrouveront) , est ce que c’est le solide que je mange? La sporténine? La vitamine d’avant course? Le petit déjeuner traditionnel de ce matin? L’horaire inhabituel du départ et de la course? Allez savoir…???
Ceci étant on est reparti pour 10 bornes de course en traversées sur le plateau ceci avant le ravito et la 2ème descente. J’essaie de me caler à un petit 10 km/h sachant que l’ on est sur un sentier en forêt avec quasiment pas de dénivelé. J’en profite pour faire un check up de la « machine » : pas de douleurs aux jambes, ni aux pieds, de ce côté là tout est OK! J’ai un peu mal aux hanches??!! Peut être la descente?

C’est vraiment un beau parcours, avec ces arbres, ce terrain, on se croirait dans mon Pilat (Saint Etienne est au coeur du Pilat). Depuis un moment il y a beaucoup de monde qui nous encourage, c’est vraiment agréable surtout en plein coeur de la forêt. Plaisant, au détour d’un virage de voir des gens qui vous applaudissent. Il n’y a plus de groupes homogènes, c’est sans doute du au fait que le parcours est plat et plutôt large ce qui fait que chacun est à son propre rythme. Je bois, je profite du paysage, les km défilent.

20,7 km, Ravito! Beaucoup de monde, un petit verre d’eau pure( ça change de ma soupe), un de coca, je remplit ma poche avec de l’eau, ce qui va diluer mon mélange Hydrixir/Malto comme je l’avais prévu dans ma « taquetique » de course. Quelques assouplissements et je repars en prenant la foulée d’un gars au maillot vert fluo avec qui j’ai fait la 1ère montée. On va courir pendant presque 5 km ensemble, on retrouve beaucoup de coureurs avec qui on a déjà couru. Visiblement à ce stade de la course, nous sommes quasiment au même niveau, il n’ y a pas ou peu d’écart qui se créent.
Vers le Km 25 on replonge pour une longue descente de près de 2km, je reste sagement derrière un petit groupe car je me dis qu’après plus de 3h00 de course, avec la fatigue la lucidité est moindre, donc prudence… Mais très vite je me rend compte que je ne suis pas à mon rythme, je suis « en dedans », donc je remet le klaxon (Attention! à gauche ou à droite) et je double le gars devant moi qui au passage me lance en rigolant: » Eh oui la descente y’ en a ils sont né dedans », ça me booste à fond et me revoilà reparti!  Cette descente est moins raide que la 1ère, mais plus technique, je suis concentré à fond, j’essaye d’ anticiper le plus possible ou je vais poser le pied, j’e me force à rester en position assise, les bras écartés et surtout d’être complètement relâché. J’ai le sentiment de faire ma descente du siècle. Il y a des spectateurs dans les virages qui applaudissent et m’encouragent, je suis sur un petit nuage, je rattrape un type qui descend prudemment en marchant qui me voyant débouler s’écarte rapidement. J’essaie au maximum de prendre mes appuis sur le bout du pied pour économiser mes talons (et les cuisses et les mollets… j’ai la pipette de ma poche à eau dans la bouche et j’aspire une petite goulée à chaque respiration. Je ne sais pas combien de temps cela dure, j’ai l’impression d’être ailleurs, pas appréhension, pas d’hésitation, en confiance. C’est un grand  moment de plaisir, et pour moi cela va rester comme un de mes grands moment de course à pied!

Arrivé en bas, je retrouve une petite zone de plat qui me sort de ma bulle. Je rejoins un petit groupe qui entame en marchant la remontée (ça ne rate jamais, après une descente, il y a une une….) j’en profite pour me remettre de cette descente de folie, j’ai les cuisses qui « chauffent » et quand je fais un écart pour grimper (on a repris l’escalade…) j’ai des débuts de crampe et une boule qui se forme et roule dans les mollets. Je bois, une sporténine, j’essaye sans m’arrêter d’assouplir tout ça. Je me cale sur le rythme de ce groupe et j’avance sans lever les yeux des chaussures du gars devant moi. Pendant près de 30 mn, on va alterner grimpettes ( avec  parfois les mains) et marche active sur des sentiers à très fort pourcentage de dénivelé . Au bout d’un moment derrière moi je sens que certains voudraient se remettre à la course, je fais profil bas, j’en profite pour essayer de récupérer et de retrouver de la souplesse dans les jambes, j’ai toujours des douleurs, et oui, on paye toujours à un moment ou un autre….Ceci dit, c’est vrai que depuis un moment cela ressemble plus à un trek qu’a une course à pied. Nous sommes au delà du 30 ème km et cela fait 4h50 que l’on est parti, il est 18h00, va falloir arriver avant la nuit, j’ai pas de lampe et sur ce parcours …De nuit….
Bon ça y’est on est passé sous la falaise, le sentier s’élargit, on peut enfin reprendre la course et le groupe formé durant l’ascension se disloque. Je suis avec un gars de Castres, on se met à discuter des Verts dès que je lui ai dit que j’étais de Saint Etienne, on passe un bon kilomètre à se foutre de la gueule des Lyonnais…. On se quitte dans une petite descente (ou je lui met 20 m dans la vue en quelques secondes, c’est qu’il ne savait pas qu’il courrait avec un pro de la descente…) on est juste avant le ravito du 34 ème km.

Le 2ème ravit est dans un petit hameau, il y a une foule importante qui applaudit et qui encourage les coureurs, j’en ai la chair de poule, c’est vraiment extraordinaire, on a un peu le sentiment d’être des héros, même les premiers sont déjà rentrés à la maison. Le ravitaillement est dans une grange ou on trouve de l’eau, du fromage et de la charcuterie, je suis tenté mais vu mes problèmes gastriques, que j’ai un peu oubliés d’ailleurs ce qui doit être preuve que cela va mieux ou plus probable que mes douleurs musculaires sont plus importantes…. Bref, finalement je m’abstiens. Très sympa ce ravito dans cette grange, je m’assois sur un banc et j’essaye de téléphoner à Véronique pour lui dire qu’il me reste encore 6 km et qu’elle ne  s’inquiète pas (je lui avais parlé de 5h00 de course environ), pas de réseau! Bon, c’est pas tout, on est bien là mais il faut repartir, un verre d’eau pour la route, je vois passer le gars de Castres, je démarre derrière lui. Pendant 3 km c’est des chemins de traverses vallonnés que je fais en courant tranquillement, j’ai redoublé « Castres » et je suis la plupart du temps seul, rattrapant des coureurs (plutôt des marcheurs isolés), mais ça va je ne suis pas dans le « dur », ce stop au ravit m’a fait du bien. Toujours pas mal de spectateurs malgré la nuit qui tombe, la route ne doit pas être loin. Je rejoins un groupe juste avant la dernière descente, la fatigue est quand même bien présente et je reste sagement en queue de peloton, c’est très caillouteux et on glisse beaucoup.l Les rolling stones (les cailloux roulent), c’est très dangereux, tout le monde est prudent, c’est pas le moment de tomber. Il y a pas mal de trou et de gros cailloux ,personne n’ose vraiment se lancer dans l’axe du tracé, on descend en escalier, j’ai les yeux rivés sur les pieds du gars devant moi, il n’y aucune stabilité, l’objectif c’est d’éviter la chute. Au bout de 500m de ce régime usant on débouche sur une route. Le premier du groupe se met sur le coté, visiblement épuisé, on le dépasse en le remerciant de son « boulot » de lièvre dans cette descente et je file 2 types qui se lance sur la route qui descend sur Millau. On est content de retrouver la route et de la stabilité après cette zone caillouteuse et glissante.

Ce « plaisir » du goudron ne dure pas et je m’efforce de ménager mes talons, je sens mes mollets qui se tétanisent, mais l’écurie n’est plus très loin, allez maintenant c’est la tête qui dirige… Tout d’un coup sur un replat, je vois le gars de Castres qui déboule sur ma droite et file comme une flèche, lui aussi c’est un sacré descendeur et en plus il a des réserves pour un gros finish! On rentre dans Millau, la nuit est tombée mais je vais finir en moins de 6H00. Le dernier kilomètre est pénible malgré les encouragements des promeneurs, le bitume fait mal aux jambes, je me fais doubler, bon ça va c’est un « jeune », il ne me prendra pas une place au classement des « vieux »,  on longe le Tarn, puis on remonte sur un pont ou la circulation des voitures surprend après toutes ces heures passées dans la nature, enfin je déboule sur le bvd des Gantières, c’est l’arrivée ou comme d’hab je fais un petit sprint de 50 m avec la banane (même quand je suis à l’agonie, je me force afin de donner le change…). On me passe la poêle à frire sur mon dossard, 5h53′ indique le chrono, Véronique est là, derrière la barrière, pas inquiète sur mon « retard », l’organisation a expliqué aux spectateurs que compte tenu de la difficulté du parcours les temps estimés seraient à rallonger d’au moins 1h00…. Je rend ma puce, je me change (c’est bien pratique d’avoir une assistance), récupère mon débardeur (???!!! curieux comme choix) souvenir et je me dirige vers la tente du ravitaillement. Ma chère épouse me trouve « en forme » et m’annonce que je suis 242 ème, sur 900 partant ,ça me semble pas mal, bon faut relativiser, je finis quand même 2h20 après le vainqueur…. Après une petite collation, plutôt que de faire la queue sous la tente des kinés (au moins 30′ d’attente on m’annonce) , on choisit de rentrer à l’hôtel, je commence d’ailleurs à avoir froid. Après une douche, on fête ça au grill en face de l’hôtel avec une entrecôte frites et un verre de Côtes du Rhône.

Elle n’est pas belle la vie ?

5 commentaires sur “Retour sur le Marathon des Causses”


Posté par maire Le 19 novembre 2010 à 9:34

si elle est belle !! super récit j’ai aimer et bravo pour le marathon !belle course

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Posté par Patrick Le 19 novembre 2010 à 20:36

Il est fou je vous dit ! II est fou… Moi je fais un concours de hamac si tu veux ! A+

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Posté par christophe Le 19 novembre 2010 à 21:27

une fois de plus, tu me donnerais presque envie de courir… pour le moment, je tiens le coup bonne continuation et à bientot biz christophe

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Posté par cathy Le 20 novembre 2010 à 20:24

j »ai dévoré votre article, super intéressant… c’est mon projet pour 2011 de faire cette course et vous avez su nous faire part de vos impressions de manière ludique et constructive.. C’est mon projet pour 2011 faire ce marathon.. avant faut grandir en cap lol

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Posté par Sophie Le 20 novembre 2010 à 21:27

Cà donne envie de courir tout ce récit !!!!! Enfin presque…en tout cas, ADMIRATION totale ! Tu nous fais vivre ta course, avec humour, en n’omettant pas les détails, j’adoore !

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