Pas vraiment l’UTMB mais un week end à Chamonix…Suite et fin.



 

Episode 2 : La course

C’est un peu la bousculade et même après quelques dizaines de mètres, on se retrouve tassés les uns contre les autres. L’ambiance est incroyable, les spectateurs sont massés contre les barrières, encourageant et applaudissant l’ensemble des concurrents. On traverse Chamonix sous les acclamations et en tapant des mains avec les enfants. Il faut attendre d’être sorti de la ville et de prendre le 1er chemin pour enfin pouvoir trottiner à son rythme. Ca double à droite et à gauche, je fais très attention à mes bâtons ainsi qu’à ceux des autres concurrents. Steph qui ouvre la route (il a la carrure pour) se retourne fréquemment pour vérifier que je suis toujours là. Même si nous ne sommes plus dans la gestion d’une course de 167 Km et de 10000m de D+, je reste sur la volonté d’être en sous régime et de m’économiser au maximum. Je cherche à courir sans produire d’effort, juste pour chauffer la machine. Depuis le départ il tombe une fine pluie qui n’est pas pénible. Les spectateurs sont encore nombreux sur le chemin. Au bout d’1h00 (20h00) on atteint le ravito des Houches  où malgré l’ambiance chaleureuse des spectateurs on ne s’arrête pas. Nous sommes dans les temps prévu. Je fais quand même un stop avant d’attaquer la montée du Delevret pour enlever le strap que je me suis fait autour de la cheville gauche. Je sens une légère gène et je préfère l’ôter avant qu’il m’irrite la peau et que ce soit douloureux. On profite de la halte pour enfiler nos vestes car la température baisse.

C’est parti pour l’ascension. Nous montons d’un pas tranquille en tapant la causette avec Steph. La nuit commence à tomber, on installe nos frontales. La température baisse encore plus on monte en altitude. Les passages à couvert nous protège de la pluie qui est devenu plus violente Un petit verre d’eau auprès d’un ravito « sauvage », un dernier petit « coup de cul » et c’est le passage du col. Il est 21h32 et cela fait 2h26 que nous sommes partis. Le vent souffle et c’est maintenant de la neige qui tombe. Le froid nous saisit, je met mes gants fins et on se lance dans la descente. Plus de 2000 concurrents sont déjà passés et le chemin est un véritable bourbier. Je suis Steph en regardant bien ou je met les pieds. Nous sommes en file indienne et chacun est concentré sur le halo de sa frontale. Je glisse dans un passage herbeux et ça y’est c’est fait, je suis couvert de boue et j’ai le cul trempé. Heureusement que j’ai suivi le conseil de Steph et que j’ai mis mes guêtres car sinon je pense que j’aurais déjà les pieds trempés et boueux. J’ai les gants trempés et j’ai froid aux mains. La descente est assez raide et je me paye une 2ème glissade pour finir de ma nouvelle couleur: le marron. Je continue à bien boire régulièrement et j’essaye d’être le plus décontracté possible pour ne pas consommer trop d’énergie.Au fil de la descente, la neige est repassée en pluie et je dois m’arrêter un instant pour enlever mes lunettes pleine de buée. Avec les nappes de brouillards, la visibilité est parfois incertaine malgré la frontale et je suis ravi quand un concurrent équipé d’un véritable phare de voiture me double et j’essaye de rester dans sa foulée. Steph est toujours devant mais sans lunettes (je manque d’équilibre et je ne suis pas serein, il me manque quelque chose…) je perds du terrain.

C’est avec soulagement que l’on sort de la forêt et que l’on quitte ce chemin boueux et très glissant pour retrouver la route et l’entrée de Saint Gervais. On arrive dans une super ambiance. Les spectateurs malgré le temps pourri sont dans les rues pour nous applaudir et nous encourager alors que les premier sont passés depuis 2h00 déjà…. On arrive au ravito à 22h58 après 3h52 de course. Il a quand même fallu près d’1h30 pour descendre du Delevret. Malgré les conditions on reste dans le prévisionnel du plan de course (version l’UTMB). Je suis malgré tout un peu secoué par cette descente et j’ai du mal à être efficace : nettoyer et remettre mes lunettes, manger, remplir mes bidons, mettre ma 2ème paire de gants chauds et secs Heureusement Stephane prends les choses en main et on ne traine pas pour repartir. Direction les Contamines. Les premiers kilomètres se font sur de la route ou un chemin assez stabilisé qui permet de trottiner sans trop craindre d’y laisser une cheville. Je retrouve un peu de sérénité malgré le vent, le brouillard et le froid et bien sur la pluie qui au fur et à mesure que l’on monte devient de la neige. Je commence à imaginer la nuit que l’on va traverser et les difficultés que l’on va rencontrer. Après 2h00 de course ou sur quelques montées j’ai pu assurer ma part des relais, Steph qui lui est vraiment plus fort dès qu’il s’agit d’assurer le train ou la descente, nous arrivons aux Contamines. Il est 00h54 et nous sommes en course depuis 5h47′. Les coureurs de la tête de course sont déjà passés à ce poste de ravitaillement depuis plus de 30 mn ! Le nouveau parcours faisant une boucle à partir des Contamines. Nous avons déjà 3h00 de retard sur eux après seulement 30 km de course… A ce ravito, il y a beaucoup de gens qui font de l’assistance auprès des coureurs. Avec Steph, après avoir raflé un peu de saucisson et du pain nous nous essayons sur un bout de banc et regardons songeur ces concurrents qui se déshabillent pour repartir avec une tenue complète sèche et chaude, pendant que leur assistance leur fait passer de quoi manger ou boire…. Pour ne pas avoir l’air trop misérable on en profite pour passer nos  sur pantalons imperméables et je profite de l’aide d’une dame dont le coureur est reparti pour m’aider à remettre mon dossard. On est pas trop mal assis là, mais avec l’immobilité le froid nous envahit et comme nous sommes trempés il vaut mieux s’en aller. On n’est pas vraiment en avance, même si on ne sait pas trop ce qu’il en est au niveau des barrières horaires.

Il me faut bien 1 kilomètre pour me réchauffer et ne plus avoir de frissons qui me parcoure le dos. Je fais des mouvement d’assouplissements des épaules et je bouge les bras pour me réchauffer les doigts. Après un passage vers un grand feu on attaque une longue montée. C’est un profil qui me convient pas trop mal. C’est plutôt stable et même si parfois il faut chercher la meilleure trace entre les rochers ou les racines j’ai un bon rythme avec l’aide de mes bâtons. On n’avance bien et cela nous permet de reprendre quelques coureurs. Depuis le départ des Contamines, les concurrents sont isolés et parfois je lève un œil pour repérer la lumière du concurrent devant. Steph semble avoir plus de mal et on fait quelques mini pauses pour reprendre notre souffle. Il fait toujours très froid, il y a du brouillard et plus on monte plus la pluie se transforme en neige, logique…Un signaleur nous annonce , du plat et après un virage les lumières de La Balme. Super ! Il va bien nous falloir encore 1h00 avec du plat, de la montée et des virages pour enfin arriver au ravito de la Balme. Il fait très froid et avec la neige mouillée qui tombe on ne veut pas s’attarder. Il est 3h00, nous sommes en course depuis près de 8h00 , mais surtout la barrière horaire est à 3h20. Près d’1h00 de retard par rapport au prévisionnel (UTMB). Je me remplis les poches de gâteaux secs et de chocolat et après 5 bonnes minutes à se réchauffer (et tenter de se sécher) vers un grand feu on repart pour le retour aux Contamines.

C’est d’abord une montée dans la tourmente ! Le vent souffle , la neige tombe, le brouillard s’installe et j’ai l’impression que ma lampe n’éclaire que dalle ! Comme ça monte j’assure le rythme. On patauge dans la boue ou les plaques de neige. J’essaye d’éviter les grosses flaques ce qui n’est pas évident et plouf , raté ! Ca y’est j’ai les 2 pieds trempés. Malgré mes 3 couches, je ressens également l’humidité dans le dos et j’ai déjà oublié la chaleur du feu au bout de mes doigts. On finit par atteindre le sommet et on plonge dans la descente. Steph est repassé devant et je je n’ai qu’une obsession : ne pas le perdre de vue. On descend prudemment tout en trottinant. Plus que la difficulté technique du chemin il s’agit surtout d’éviter de glisser dans les zones boueuses et de chuter. Avec le brouillard la visibilité est quasi nulle. Je dois une nouvelle fois enlever mes lunettes, malgré le fait que je me sente moins à l’aise sans elles. J’ai les doigts gelés, ma capuche ne me protège pas suffisamment de la neige/pluie qui tombe. Je fais des efforts pour rester concentré et attentif au terrain car je sais que la moindre chute sera fatale. Je sais que je dépense une énergie folle mais je ne veux pas réfléchir à pourquoi je suis là et tout les trucs classiques qu’on ressasse quand on est dans la galère, ma seule idée : arriver sans me casser la gueule au bout de cette putain de descente pour qu’il ne neige plus et qu’il fasse moins froid. Au bout d’un moment (trop long), on arrive sur un chemin plus sec (c’est à dire sans neige, ni d’énormes flaques d’eau ou avec 30 cm de boue) et on sort du brouillard. La pente s’est radoucie. Je rejoins Stephane et me met dans ses pas. J’essaye de m’abriter du vent et de la pluie derrière sa grande carcasse:-). Je souffle et essaye de reprendre un rythme normal. J’ai besoin de me détendre , cette descente a été très stressante. On arrive dans une zone de rochers, cela devient très technique. Steph va se retrouver à faire le guide pour la petite troupe qui s’est formé derrière lui. Héroïquement il va à la simple lueur de sa petite frontale chercher les passages entre les rochers, éviter les obstacles dangereux et surtout scruter la nuit devant lui pour éviter de se (et de nous) perdre. Point positif, la neige s’est transformé en simple crachin . Au vu de ce qu’il nous est tombé dessus jusque là on pourrait presque dire que la météo est devenu clémente. Au bout d’1h00 épuisante physiquement et nerveusement pour Steph, on finit par sortir de cette zone. 2 des concurrents qui étaient derrière nous se précipitent et nous doublent sans un mot ni un regard pour Steph. Ouahou ! Quels enfoirés ! Sans Steph, ils seraient peut être en train de hurler leur douleur avec une cheville fracassée dans le froid et la nuit et en priant pour que les secours viennent (vu l’endroit c’est pas gagné) les sauver. Et même pas un mot ou un geste de remerciements. L’ingratitude de certains !

On finit par atteindre l’arrivée d’un télésiège (non, il ne fonctionnait pas sinon ,il est possible qu’on l’ai utilisé…) et 2 contrôleurs nous annoncent 7 km de descente avant les Contamines. Il est un peu plus de 5h00. Cela fait 10h qu’on est partis de Chamonix. Je prends les devants et on commence à descendre en petites foulées. La pluie est moins forte et le froid moins piquant, mais comme nous sommes trempés des pieds à la tête (en passant par les mains), le moindre coup de vent nous glace le corps. La descente est sans piège sur une large piste (de ski?) mais assez pentue et les cuisses et les mollets souffrent. Je sens que Steph a du mal à récupérer de son effort de tout à l’heure. Lors d’une mini pause il me dit qu’il va arrêter aux Contamines. Mon réflexe est de lui dire:Non!Non! On fera un break au ravito pour se refaire la cerise et on va continuer. Le jour va se lever, ça sera moins terrible que la nuit et on va aller au bout de cette foutue course. Mais durant la descente, je commence à me poser des questions et à repenser à tout ce que l’on vient de supporter. Steph doit faire la Diagonale des Fous dans 7 semaines. Même si on va au bout, on n’aura pas fait l’UTMB. Pour terminer cette course cela veut dire encore 12 ou 14h de course dans le froid , sous la pluie (la neige). Il est ou le plaisir ? On va arriver aux Contamines on sera à la bourre ! On n’a rien pour se changer véritablement donc cela va être un calvaire ou l’on risque de se faire très mal… Quand vous en êtes là de vos cogitations c’est que ça sent pas bon. Donc je me dis , allez on oublie tout ça et on continue sans se poser de questions. Mais j’ai bien compris que Steph va arrêter et que si je continue cela va être tout seul. On double quelques pauvres hères qui titubent sur le chemin (qui est devenu route). Je m’arrête au moins 3 fois pour pisser sur 1 km (cela doit être les vibrations de la descente) Entre l’humidité, le froid et les chocs dus à la descente j’ai de plus en plus mal aux pieds et ma cheville me fait souffrir (celle ou j’avais mis le strap). J’essaye d’appliquer les méthodes apprises et de voir le positif : je n’ai pas mal aux genoux, je n’ai plus les mains gelées, le jour se lève et on ne passera pas d’autre nuit sur la course. Je partage avec Steph les biscuits et les morceaux de chocolat récupérés à La Balme. Allez ça va le faire , on devrait avoir 30mn de marge aux Contamines , de quoi reprendre un moral et quelques forces.

Des voitures remontent la route, on doit donc approcher. Ces mêmes voitures repassent et nous doublent, elles sont pleines de concurrents… !!! Ils passent en nous regardant, mais fièrement nous les ignorons. Putain, ils nous avaient dit 7 km, mais cela doit en faire 10 depuis le temps !!!! il est 6h 30, le jour s’est levé. Mais il fait toujours un temps pourri, la pluie s’est remise à tomber, les nuages sont très bas. Cela va être toute la journée comme cela. Il n’y a eu aucun plaisir depuis le départ, à part le départ et la montée du Delevret. La galère, un véritable calvaire , que de la souffrance dans des conditions dantesques. Pourquoi continuer, pour franchir la ligne d’arrivée ? Ce n’est pas la course que je voulais faire, même si je finis je serais déçu et frustré. Et je vais en chier toute la journée, c’est un truc à me dégoutter de revenir ici. Et pour de vrai cette fois,(l’année dernière durant l’ascension du col de la Forclaz j’avais juré de plus mettre les pieds à la montagne même pour boire un coup). Il est 7h00 quand on aperçoit enfin le ravito des Contamines. Fais chier, on n’aura même pas le temps de souffler et de tenter de se changer et de se sécher et se réchauffer pour repartir. J’arrête ! 7H06 le contrôleur me bippe et me dit de me dépêcher. Je lui dit que j’arrête. En fait la barrière horaire est à 7h10!

On rend notre dossard, un petit passage au ravito désert ou ça remballe et on monte dans le bus. Je dis à Stéphane qu’il a eu raison et que c’est la meilleure décision. On a fait 54 Km et 12h00 de course ou plutôt 12h00 de galère… 30 mn après nous voilà de retour à Chamonix. On va enregistrer notre abandon sur l’aire de départ alors que Francois D’Haene a déjà franchi la ligne d’arrivée depuis un bon moment. On rentre au studio, on est gelés et j’ai l’impression d’avoir mal partout. Halte à la boulangerie afin d’acheter quelques douceurs. Après une douche et un bon petit dej, je récupère ma voiture et je m’enfuis de Chamonix au plus vite. Je suis tellement déçu et frustré que j’ai surtout envie d’oublier ce week end. Aujourd’hui, soit une dizaine de jours après je viens de voir que j’avais mes 7 points en 3 courses et donc que je peux m’inscrire à l’UTMB 2013 !
 

Frank

2 commentaires sur “Pas vraiment l’UTMB mais un week end à Chamonix…Suite et fin.”


Posté par Chdolf Le 13 septembre 2012 à 19:47

ben dis donc, ça donne pas du tout envie!

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Posté par frank Le 14 septembre 2012 à 18:36

C’est sur, c’est d’ailleurs pour ça qu’on a laissé tomber… Ceci étant je vais retenter le coup en 2013 (si je suis pris) donc cette expérience n’était pas rédhibitoire 🙂

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