Le Pilat Trail, 44 km autour des 3 Dents



 

En ce dimanche de début Juin, je suis au départ du Pilat Trail. C’est ma 2ème participation à cette course qui se déroule « chez moi », dans la moyenne montagne du Pilat près de Saint Etienne. De retour du Marathon des Sables, je devrais continuer ma « récup » plutôt que d’aller me frotter à cette course, qui cette année est devenue une manche du TTN et permet l’octroi d’un point pour l’UTMB. Mais j’ai un compte à régler avec le Pilat Trail, tout au moins avec le passage des 3 dents ( 3 pics rocheux qui sont le toit de la course) que j’ai franchi sous le plus gros des orages que ma carrière de coureur. Moment d’ apocalypse, le tonnerre qui grondait, les éclairs qui zébraient le ciel et la foudre qui menaçait à chaque fois de s’abattre sur notre tête. C’est à ce jour la seule fois ou j’ai eu peur en course et souhaité abandonner, malheureusement (heureusement après avoir finalement terminé…) , ce n’était pas possible. Bref, je tenais à revenir pour vivre cette course sans la nature déchainée.

8h30, sous un ciel mi figue, mi raisin, nous voilà parti, les participants des 44 et 21 km confondus. Très vite on attaque par 2 km de grimpe sur un chemin que seul les plus forts gravissent en courant. J’ai rencontré une des favorites féminines , Lilianne Cléret , qui a fait une reconnaissance du parcours. Elle m’a prévenu que le parcours avait été modifié pour des raisons de sécurité et d’obligations pour cause de TTN et donc était beaucoup plus difficile que l’année dernière, il fallait vraiment démarrer doucement. Toujours à l’écoute des champions, j’enclenche le mode marche dès la première montée.  Pendant 8 Km environ, nous allons grimper sur des sentiers à travers la forêt , sans difficulté particulière hormis un assez fort dénivelé. Cela permet à chacun de se mettre en rythme et d’étirer un peu la course  et ses 700 participants.  Arrivée au niveau de la chapelle de Saint Sabin c’est une  descente qui nous amène au 1er ravito.  La descente n’est pas très technique, mais malgré tout assez piègeuse et sur un devers je me tord la cheville gauche. C’est très douloureux, mais après quelques instants à l’arrêt, je repars en marchant, puis en trottinant. Ce que je craignais un peu vient d’arriver, mes chaussures les Hoka Mafate ne tiennent pas suffisamment la cheville . J’ai beau les avoir lacées assez serré et  jusqu’au dernier oeillet. J’avais déjà constaté ce soucis il y a 15 jours sur un trail dans le même coin (Rochetaillée, pour les locaux) . Au Km 10, , en bas de la descente c’est le ravito. Je bois un gobelet d’eau en même temps que je prends mon 1er gel Mulebar , un Apple  Strudel (le Vert) . Depuis le départ je bois 2/3 gorgées toutes les 5 mn d’Hydramnov  gout menthe de chez Effinov,  j’ai prévu de refaire le plein de la poche au 2ème ravito (Km 26).

C’est reparti pour la montée toujours à travers les bois. Au bout d’1 Km c’est la séparation avec le 21 Km. A droite en descente pour le 21, à gauche en montant pour le 44! Ce n’est pas très encourageant pour ceux qui sont sur le long et j’avoue hésiter une  seconde, mais finalement je  mets le clignotant à gauche et je continue à marcher et monter… Dès que la séparation est effectuée, la densité de coureurs baisse considérablement. Alors que jusque là j’étais en groupe (il y a même eu des bouchons ou nous étions carrément à l’arrêt lors de 2 passages compliqués), je me retrouve seul avec parfois un coureur en ligne de mire  devant.  J’arrive au col du Grateau (Km 13) , 1h45 de course, je conserve ma moyenne. Ma moyenne c’est 7 km/h, c’est l’estimation que j’ai faite avant le départ mais d’une façon tout à fait hasardeuse sur la base de la course de l’année dernière. Mais je vous l’ai déjà dit (si si je l’ai déjà dit) , le parcours a été modifié à 50% et annoncé beaucoup plus difficile.  Depuis le départ  nous sommes sur une partie similaire au parcours 2010, c’est à dire qu’il faut continuer à monter et ça jusqu’au Crêt de la Perdrix au Km 17 . Je profite d’une petite zone de plat en monotrace pour mettre en action ma foulée aérienne et revenir sur 2 concurrents (dont 1 fille) avant l’ascension du Crêt de la Perdrix.  Sur un mauvais appui, je me tord de nouveau la cheville gauche et la douleur me fait craindre une entorse. Mais là encore après avoir marché doucement, la douleur s’estompe et je peux continuer à grimper…  Arrivé au pied de la tour de communication nous sommes sur une espèce de lande en monotrace qui nous amène ensuite sur une pente douce herbeuse au dessus de la Jasserie et sa célèbre auberge (pour les locaux toujours). Le panorama est magnifique avec vue sur les Alpes et le Mont Blanc. Moins magnifique c’est la météo, il fait froid et le ciel est très menaçant. On enchaîne avec une descente sur des sentiers caillouteux ou je me tord de nouveau la cheville, mais la droite cette fois! Je commence à ressentir une douleur diffuse au genou droit, je pense que c’est du à  la compensation que j’exerce pour ma cheville gauche. Je me rends bien compte que je suis méfiant sur mes appuis à gauche, j’ai peur qu’une prochaine torsion de cette cheville soit fatale. Après une nouvelle montée, j’arrive au crêt  de l’Oeillon , c’est la mi parcours. 3 heures de course, c’est le moment de la barre Mulebar! Toujours autant de plaisir à déguster (c’est le mot) ces  barres « énerg’éthiques », Aujourd’hui au menu: la liquorice! Après cette recharge en carburant je m’ attaque à 6 Km de descente! Mon genou me fait de plus en plus mal et mon appréhension m’empêche d’être relâché et serein. D’ordinaire je rattrape dans les descentes le retard pris dans la montée (à cause de mes petites jambes qui n’avancent pas vite), je suis à l’aise dans l’exercice. Aujourd’hui je ne suis plus en confiance et durant ces 6 Km , je me fais doubler par plusieurs concurrents, ce qui me mine le moral, pas pour le classement mais pour mon manque de compétitivité. Je finis par arriver au 2ème ravito (Km 26). Je fais le plein de ma poche à eau tout en ne mettant qu’une dose d’Hydraminov afin d’avoir une boisson plus diluée. Un peu de pain et un morceau de saucisson pour prendre du salé et comme il n’est pas question de prendre racine, je repars.  Je n’ai pas fait 500m que je ne vois plus de balises ou de rubans, alors que je songe à faire demi tour, je croise une randonneuse qui me dit que ce chemin rejoint le parcours . Effectivement je retrouve la trace officielle, je ne sais pas si j’ai gagné  quelque chose en distance, mais en tout cas j’ai évité un passage tout en devers dans le bois en restant sur ce chemin bien roulant. La descente se poursuit jusqu’au Collet de Doizieux au Km 28. Content d’en avoir fini avec cette descente car mon genou droit devient un vrai handicap . Soyons positif, je n’ai par contre aucune crampe, ma préparation alimentaire de la semaine, un  cachet de Sporténine toutes les heures et mes manchons de compression sont une combinaison efficace. Une nouvelle montée qui prouve bien  que le trail du Pilat n’a rien à voir avec le trail du vignoble Nantais (exemple pris au hasard, ne voyez là aucun ostracisme particulier vis à vis des Nantais) et qui contribue au 2100 m de dénivelé +!! Je ne sais pas combien il y a de dénivelé -, mais cela doit surement approcher les mêmes valeurs…  Arrivé à Chirat Rochat,  on replonge pendant 2 Km avant d’attaquer le passage des 3 Dents. Nouvelle alerte quand ma cheville gauche  tourne de nouveau, je me dis qu’à force  je vais finir par l’avoir cette entorse. Mais bon , cette fois encore, après avoir repris doucement, j’arrive à retrottiner et la douleur s’atténue. Par contre au niveau de mon genou dès que cela descend ou que je trottine, j’ai vraiment mal.

On arrive aux 3 Dents, mais avant d’y être pour de bon, il faut se coltiner la traversée plus une grimpette à travers un éboulis de gros rochers. Sorti de ce passage ultra méga technique que je fais au ralenti, c’est une ascension de 200m qui ne peut se faire qu’avec les mains et  si tu perds l’équilibre tu te retrouves 500m plus bas en petits morceaux…. Après un chemin sensé permettre retrouver son souffle on débouche sur un plateau et les 3 Dents! Cette fois pas d’orage ni la colère des Dieux au dessus de ma tête. Je peux l’esprit tranquille regarder ou je pose les pieds et ne pas hésitez à utiliser les cordes installées pour permettre de franchir certains passages  très délicats. 1 Dent, puis la deuxième et enfin la troisième, voilà ça c’est fait! Ne reste plus qu’ à se cogner les 6 ou 7 Km de descente avant l’arrivée (Selon mon GPS c’est 7 alors que selon le plan c’est 6…) Mon genou rale, ma cheville est assez d’accord avec mon genou, mais je me lance dans la descente en scrutant chaque racine ou cailloux suspects. Et ce qui devait arriver, arrive, nouvelle torsion de la cheville, je stoppe illico et m’écroule plus que je m’assois. Cette fois c’est l’entorse! Un gars déboule derrière moi et me demande si ça va, au moment ou je me relève. Je peux marcher donc je lui réponds que c’est OK! Je vais essayer d’aller jusqu’au ravito , en marchant. Finalement, ce n’était pas encore la « bonne », car arrivé sur le plat , j’arrive à trottiner et je reprends la marche pour la montée qui amène au ravito du 39ème Km.

Sympathique ravitaillement ou les bénévoles nous regardent un peu comme des dingues au vu que cela fait 6h00 qu’on crapahute dans le quartier…je me la joue ravito du terroir: pain, saucisson, manque plus qu’un coup de rouge! Pour rattraper le coup, je me fais la totale dans les boissons; eau plate, coca, eau gazeuse et boisson énergétique et je repars! Ma cheville reste sensible et mon genou très douloureux, mais si je pense très fort à autre chose, je peux avancer.  C’est de nouveau de la descente bien raide à travers la forêt, en fait c’est la même chose que le début de course ,dans l’autre sens!. Je me fais doubler par 2/3 gars , mais c’est des « jeunes », donc pas dangereux pour mon classement V2:). J’arrive au panneau, reste 5 Km! P….. de B….. de M…., au ravito il m’ont dit qu’il restait 5 Km et mon GPS m’indique 3 KM!!!!!! J’évacue ces mauvaises pensées et continue mon chemin de croix, mon genou me fait bien comprendre que ce petit jeu ne lui va pas du tout, mais je le rassure en lui disant qu’on n’ a jamais été aussi prêt d’en finir… Je hurle chaque fois que je fais 1KM , mais ce petit jeu s’éternise car je suis au ralenti et  je marche malgré la pente . Même sur les courts passages de plat sensé servir à freiner ceux qui s’emballent, je n’arrive pas éliminer la douleur de mon genou. J’arrive enfin au panneau 1 Km,  je croise une randonneuse à qui je demande: « si c’est de la descente jusqu’au bout? » Elle me répond : » non, il y a une petite montée sur du goudron avant l’arrivée »! Super! Je hais les descentes et les chemins! Effectivement, je finis par déboucher  de la forêt et me voilà sur le bitume et du plat. Je suis en bordure du village, mes Hoka super amortissantes rentrent en action et soulagent mes genoux et mes cuisses qui commencent à grincer. Après la fameuse côte que j’avale avec presque du plaisir, il faut plonger sur une allée en herbe pour rejoindre la place du village. Un virage sec à gauche ou 2 bénévoles annoncent 200m (Quoi? Encore 200m!!!!????). Je suis le bord d’un trottoir, je fais gaffe à pas me faire l’entorse que j’ai évité durant toute la course, je plaque mon sourire du concurrent ravi de sa course et mon air du mec qui n’en apas chié du tout et je franchis l’arrivée en 6h56′!

Passage à la buvette, quelques étirements, 500m pour rejoindre ma voiture (quelle idée de m’être garé au fond du champs..??)  pour me changer et je retourne à l’arrivée pour déguster la paella offerte par l’organisation. Au moment de rentrer, c’est le podium des filles. Je découvre que Lilianne Cléret a fini seconde derrière Maud Gobert, qui après avoir gagné une course la veille dans le Larzac remporte ce 44 Km!! Encore plus fort, elle déclare au micro qu’elle regrette les parties roulantes du parcours!!!! J’annonce à mon genou qu’on va rentrer à la maison… Ceci étant, je suis très content car j’ai mis 1′ de moins que l’année dernière, pour 2 KM de plus et un parcours beaucoup, beaucoup, beaucoup plus difficile et technique. Satisfait aussi d’avoir « couru » durant 7h00 sans vraiment subir la durée de course, ce qui me montre que doucement je prend l’expérience nécessaire au courses de longues durées. Maintenant repos et prochain objectif la CCC fin août….

Frank

 

 

 

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