La Saintélyon 2011 ou les tribulations d’un boulet…



 

Bonjour à tous,

La Saintélyon était la dernière étape du challenge que je m’étais fixé pour cette année 2011: être finisher de 5 courses qui pour moi étaient des épreuves majeures (donnant toutes des points UTMB) Le Marathon des Sables (3) en Avril, le Pilat Trail(1) en Juin, la CCC (3) en Aout, les Templiers(2) en Octobre et enfin la Saintélyon(1) début décembre. En étant finisher de la Saintélyon, l’objectif est réussi, mais dans la douleur.

C’était sans doute la course de trop dans ce programme imaginé pour cette année 2011. Mais par manque d’humilité et de discernement sur mon état, je m’étais fixé l’objectif de faire mieux que l’année dernière (9h30).La préparation pour cette épreuve fut loin d’être un modèle. Durant les 6 semaines avant la Saintélyon, le programme s’est globalement composé en 10 jours de coupure suite aux Templiers, une sotie de reconnaissance 3 semaines avant le départ entre St Christo et Ste Catherine en aller/retour de nuit, avoir terminé dans un temps plutôt intéressant (1H45) le semi-marathon du Beaujolais et quelques sorties. L’idée globale c’était d’en faire le moins possible pour garder de la fraicheur pour cet ultime challenge.

Bref,après avoir retrouvé mes amis de Bled Runner, me voilà dans le hall B du Parc Expos de Saint Etienne au milieu des milliers de participants. Sono à fond la caisse, ambiance idéale pour se détendre et se reposer en vue de l’épreuve. On papote en finissant de se préparer.Faut il vraiment se protéger de la pluie? Un terrain boueux? Une chose est sure, il ne fera pas froid.

Saint Etienne

23H00, après avoir mis mon sac dans le bus « consigne », on se dirige avec Laurent et l’ensemble des coureurs vers le stade Geofroy Guichard. En tant que local, je fais le guide et corrige mon voisin qui confond le Zénith et le stade..Nous voilà devant le « Chaudron », on va patienter près de 45 mn sous une fine bruine. Il va falloir que l’on m’explique l’intérêt d’un départ devant ce monument symbolique du football, hormis le fait que ce soit symbolique justement…Il est clair que là encore , on n’ apas vraiment réfléchi à mettre les coureurs dans les meilleures conditions.

0h00, le départ est donné, nous avons convenu avec Laurent de faire la course ensemble. Pour essayer d’éviter au maximum l’embouteillage, je lui propose de partir plutôt vite jusqu’à la sortie de Sorbiers.C’est la 1ère des nombreuses erreurs de jugements concernant la gestion de la course. Nous arrivons après 55 mn de course et 9 km de bitume au début du chemin qui grimpe sur Saint Christo. Par rapport au prévisions (Objectif 9H00), nous sommes dans le timing, mais comme le souligne Laurent, on ne pourra pas tenir ce rythme tout du long. la boue fait son apparition et je comprends que cette entame rapide et usante ne servira pas à nous éviter le piétinement par des milliers de coureurs qui nous ont précédés. En grimpant sur Saint Christo, on profite de l’image traditionnelle, mais toujours envoutante du long fleuve des frontales dans la nuit .C’est très beau, mais ce qui l’est moins c’est ce qui va suivre…

Saint Christo

1h48, après une pause pipi, juste avant le controle ou près de 100 coureurs nous doublent, nous voilà au 1er ravito. Enorme cohue, il est impossible d’accéder aux tables des ravitaillements. Nous décidons de de ne pas nous arrêter et c’est en grignotant une barre Mulebar et en sirotant de ma boisson énergétique que nous gravissons la côte qui suit la zone du ravito. Arrivé en haut, nous reprenons un rythme de trot et je réalise déjà que j’ai du mal à suivre Laurent. Je me sens épuisé, sans dynamisme, sans jambes! Au bout de 500m, je ressens des douleurs aux genoux au niveau des ménisques. c’est pas la panique, mais je comprends que cela sent la grosse galère. Je commence déjà à me maudire d’avoir voulu partir comme une bombe, surtout que cela ressemblait plutôt à un pétard mouillé.

Moreau

2H46. On arrive au controle et au ravito « light » du Moreau dans un temps qui laisse penser que l’objectif est encore envisageable. Je conseille à Laurent de partir devant et de ne pas m’attendre car sur ces 7 km, j’ai du faire plusieurs fois l’effort pour rester dans son sillage. Laurent refuse et nous repartons en direction de Ste Catherine après un petit coup de Coca et un gel Mulebar. Ma Lampe frontale commence donner des signes de faiblesse. J’ai acheté, en catastrophe, des piles dans un bureau de tabac et visiblement ce ne sont pas des piles de bonne qualité. Je suis furieux contre moi même, d’habitude j’utilise des piles du boulot, qui ont une grande autonomie.Et je n’ai pas prévu de piles de rechange!! C’est la continuation des erreurs grossières de la nuit. Mon rythme s’est encore ralenti. Mes genoux me font souffrir et je m’épuise à à voir ou je pose les pieds. Je renouvelle  l’offre  à Laurent de faire sa course et de ne pas m’attendre, mais grand seigneur, il me dit qu’il n’en est pas question. J’essaye de profiter de la lumière des coureurs qui nous dépassent, certains sont équipés de véritables phares longue portée, ou de suivre les pas de Laurent, mais cela reste vraiment épuisant. Il me distance rapidement mais maintient le contact en m’appelant régulièrement. Ses appels sont de plus en plus difficiles à percevoir,  quand on arrive enfin à Ste Catherine.

Sainte Catherine

3h35. Nous ne sommes plus du tout dans les temps de l’objectif, mais j’avoue que je m’en fiche complètement. Pour moi, il est vital de trouver des piles. Jamais je ne me suis senti si proche de laisser tomber, l’objectif est oublié, je souffre le martyr au niveau des genoux, j’ai le sentiment de n’avoir aucune énergie. Il reste les 2/3 du parcours à effectuer, et je n’ai plus de lumière pour une course nocturne… Après nous être renseigné, on finit par trouver une charmante bénévole qui tient un stand de piles et me donne des piles neuves. C’est la bouffée d’oxygène nécessaire pour repartir. Elle me sauve la vie (au moins). On recharge la poche à eau, on mange 2/3 trucs , Laurent impatient m’attend dehors, direction St Genoux. Environ 7 km, avec la lumière ma progression est plus confortable même si je n’avance pas vraiment vite. Je m’inquiète un peu pour la descente dans le Bois d’Arfeuille, mais finalement celle ci, protégée par les arbres, n’est pas particulièrement boueuse ni trop glissante. On retrouve la route et le panneau indiquant qu’il reste 35 km avant l’arrivée. Ca c’est le genre d’information qui vous plombe le moral grave de chez grave! Moins de la moitié de la course est effectuée et je suis dans un état physique correspondant aux derniers hectomètres avant la ligne du finish… Mon moral et ma motivation ne survivent que grace à deux éléments: finir pour ne pas avoir pour rien fusillé la course de Laurent et réussir la « Frank ‘Quest 2011″ (mon challenge des 5 courses majeures)! En alternant marche et petit trop, en se faisant doubler d’une manière incessante (jamais je n’ai eu le sentiment de me faire doubler par autant de coureurs) , en répétant sans succès à Laurent de me laisser finir à mon rythme (il doit avoir peur, à juste titre, que s’il me laisse je vais lacher l’affaire et attendre des jours meilleurs sur le bord du chemin) nous atteignons St Genoux

Saint Genoux

5h21. Près de 2h00 après notre arrivée à Ste Catherine. C’est vrai que la halte à Ste Catherine a été plutôt longue, mais ceci dit c’est surtout mon rythme qui fait que l’on est passé de la 2500 ème à la 3200 ème position!! Quand je vous disais que ça n’arrêtait pas ceux qui nous doublaient, 700 en 7 km, 100 au km, 10 au 100m, 1 tous les 10m…!!! On ne traine pas dans la tente du ravito. Quelques tranches de saucissons avec du pain, un thé et direction la sortie. je croise un groupe de coureurs qui ont abandonné, ils sont emmitouflés dans leur couverture de survie en attendant la navette. Leurs regards hallucinés et épuisés me redonnent curieusement de l’énergie, je préfère continuer mon calvaire que de les rejoindre. Je me rattache à la bonne vieille méthode qui consiste à se fixer comme objectif le prochain ravito (Soucieu, environ 10Km) et non pas l’arrivée (environ 33 km). Soucieu c’est, sur la Saintélyon, un peu l’endroit charnière pour déterminer si l’on va au bout ou si l’on arrête les frais. Après ce ravito c’est quasiment 23 Km de goudron en descente, le genre qui te fracasse si tu ne l’es pas déjà. Dans mon cas cela fait déjà 25 km que je le suis. 1Km de montée et c’est parti pour 9 de descente alternant goudron et chemin. Je me maudis une nouvelle fois de n’avoir pas pris d’anti inflammatoire. Laurent toujours en ange gardien me propose sa pharmacie, je refuse. Déjà que je suis un boulet pour lui autant éviter de lui faire subir en plus mon inconscience et mon insouciance. Dans cette longue descente je me rends compte que si je n’avais pas cette douleur aux genoux, je pourrais suivre le rythme de Laurent. Il nous arrive même de doubler un ou deux concurrents. Satisfaction éphémère car suite à un arrêt technique, c’est près de 50 qui nous dépassent…

Soucieu

6h49. 1h30 depuis St Genoux, 10 km dont 9 de descente, vraiment pas de quoi pavoiser! D’ailleurs je ne pavoise pas du tout, j’ai une idée fixe, trouver des anti inflammatoires!. Mais peine perdue ou alors il faut que je m’aventure dans les bas fonds du ravito pour soudoyer un bénévole… Je laisse tomber et je vais aller une nouvelle fois dire à Laurent qu’il parte devant et que je vais finir en marchant. Oui je vais finir, jamais je n’ai abandonné une course, ce n’est pas sur la Saintélyon, chez moi, que je vais commencer! Je connais le parcours , il va bientôt faire jour, je vais me faire ce gros semi (23 km) pépère en marchant et dans 4/5 heures ce sera une affaire bâclée. En plus on retrouve Agnès, Laurent va pouvoir trouver quelqu’un pour papoter et finir sa course sans avoir un torticolis à force de regarder derrière pour vérifier si je le suis. On part de Soucieu tous les 3 car ils ne veulent pas me laisser repartir sans eux. Au bout de 500m, j’ai déjà 20 m de retard, maintenant c’est à 2 qu’ils se retournent et m’appellent: » Allez Frank, allez on t’attend »! Je leur dit d’y aller, mais non, ils insistent. Je fais un effort et je finis par les rejoindre. On va fonctionner comme cela pendant plusieurs Km (et même si je ne le sais pas encore à cet instant, jusque sur la ligne d’arrivée…). Agnès me propose du sucre, de l’arnica et même, grand bonheur, des anti inflamatoires!! Non seulement, elle m’attend alors qu’elle pourrait avancer beaucoup plus vite, mais en plus elle me fournit tout ce dont j’ai besoin et que j’ai misérablement oublié.On passe à Chaponost en ayant presque l’envie de se faire un petit croissant, on attend avec inquiétude le passage avec les marches d’escaliers qui l’année dernière étaient transformées en patinoire, qui finalement ne viendront jamais… Les anti inflammatoires font leur effet et même si je n’avance pas plus vite (mon moteur a explosé et ne repartira pas) au moins j’ai plus de douleurs aux genoux. Au bout de 2h00, on déboule sur le ravito de Beaunant.

Beaunant

8h49. 2 petites heures pour 12 km…!! Vraiment je me traine. Bref passage au ravito, je pose une fesse sur un banc, mais mes 2 tortionnaires sont déjà dehors et par leurs gestes je comprend qu’ils souhaitent repartir. Je leur renouvelle l’idée de m’abandonner, mais non ils veulent vraiment finir avec leur boulet. On repars donc en attaquant la grande montée de Ste Foy. Curieusement, je comble mes 20 m de retard pris en partant du ravito en gravissant la pente. Arrivé au sommet, pour une fois depuis des heures, je parcours près d’un kilomètre en compagnie de mes 2 partenaires.Très longue traversée de Ste Foy ou je coupe les trajectoires pour gratter du terrain et rattrapper mes compagnons qui continuent à se retourner (ils sont 2 maintenant) pour m’haranguer à les rejoindre. Puis c’est la descente sur Lyon, les douleurs aux genoux se sont réveillés et c’est avec un grand soupir de soulagement que je traverse l’avenue qui nous fait franchir la Saône. C’est la fin de la descente. Maintenant place à l’interminable parcours le long des quais, la Confluence, la traversée du Rhône, le parc de Gerland. C’est cauchemardesque, je sais que ça va finir, mais ça dure, c’est long. Agnès me dit de courir pour que le calvaire soit plus bref, elle a raison, mais mon corps et mes jambes surtout ne veulent pas obéir à ce raisonnement plein de bon sens. Laurent n’a même plus besoin de se retourner pour me dire de faire un effort pour les rejoindre, je devance son appel et relance la machine. Un bénévole nous annonce 1 km. Une dernière ligne droite, on aperçoit le dôme du Palais des Sports, un virage à gauche, je force la machine pour me mettre au niveau de mes 2 amis, les spectateurs applaudissent (agréable sensation) et nous franchissons ensemble la ligne d’arrivée. Il est 10h35. Nous sommes 3320 ème, la même place depuis Soucieu. A la lecture du suivi de la course, je consterai même que nous avions progressé de 30 places au controle 5 Km avant l’arrivée, mais j’ai vraiment ramé sur le final et nous les avons reperdu.

Arrivée

10h35. Je retrouve des amis et mon épouse sur la ligne d’arrivée dans le Palais des Sports. On discute, je leur raconte que c’est vraiment la volonté de boucler l’épreuve qui m’a porté. Je leur précise que sans Laurent et Agnès, ils auraient largement eu le temps de dormir 1 à 2 h de plus. Récupération du tee shirt finisher, je zappe le « mâchon » qui n’en a que le nom. On récupère notre sac, on oublie la douche qui n’en a même pas le nom…Je salue et remercie encore Laurent et Agnès pour m’avoir trainé jusque là. Je retrouve mes proches, encore quelques centaines de mètres pour une bonne bière/frites au Ninkasi. Je me sens plutôt bien, malgré les efforts, j’ai toujours gardé une certaine lucidité et  plutôt pas trop mal géré la course dès lors  que j’ai compris que le seul  but était de finir et cela quel que soit le temps qu’il me faudrait. C’est plus tard, dans la voiture du retour, que la fatigue et la nuit blanche vont me tomber dessus…

Frank

2 commentaires sur “La Saintélyon 2011 ou les tribulations d’un boulet…”


Posté par Arno Le 12 décembre 2011 à 21:38

Hé né quelle aventure!!! Félicitations pour ta ténacité!

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Posté par francois28 Le 20 décembre 2011 à 11:36

bravo pour cette dernière course finie grâce à une grande force mentale … et aux copains, ce qui primordial !

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