Interview : LEIF RUSTVOLD coureur d’ultra … barefoot


 

Maintenant que des revues spécialisées francophones telles que Jogging International ou Zatopek ont ouvert leurs portes au barefoot et au minimalisme, je peux me permettre d’en reparler de temps en temps sur Wanarun, n’en déplaise à certains 🙂

Aujourd’hui, pas de grandes théories ni d’avis personnel sur le sujet, mais juste une interview. Dans le rôle de l’interviewé, Leif Rustvold, 35 ans, Américain, de Portland (Oregon) coureur, amateur, d’ultra et adepte combiné du barefoot et du minimalisme. Interview réalisée alors que Leif venait de terminer la très difficile Western States 100 (miles pas kilomètres) en … Vibram Five Fingers KSO – qui a dit que les VFF ne permettait pas de courir sur de longues distances ?. Pour les résultats, c’est ici.

Comment vous définiriez-vous ? Barefoot, minimaliste, les deux à la fois ?

Je crois déjà en l’efficacité générale des principes du minimalisme. Ensuite, chaque fois que je le peux, je cours pieds nus. Ce qui est très facile sur route, même pour un ultra et j’ai aussi couru un peu sur des parcours de trail. Mais il faut être réaliste, courir sur des sentiers de montagne sans aucune protection du pied n’a pas de sens. Aussi, en trail, je cours en Vibram Five Fingers.

Avant de vous lancer dans le barefoot, quel était votre vécu d’athlète ?

Je cours régulièrement depuis mon adolescence et de temps à autre il m’arrivait même de courir un marathon. C’est à partir de 2004 que j’ai commencé à aborder la chose de manière plus sérieuse, notamment en matière d’entraînement. Depuis, je dispute chaque année plusieurs ultra-trails. A l’époque, je courais avec des chaussures pronateur amorties que m’avait conseillées un magasin spécialisé.

Quand avez-vous débuté le barefoot ?

Un peu de barefoot dès 2004 mais j’ai réellement démarré le minimalisme en 2007 et le barefoot compétitif en 2009.

Pourquoi avoir fait ce choix ?

J’ai toujours essayé d’appliquer ce que j’avais appris lors de mes études d’anthropologie à la course à pied. Et, convaincu que l’être humain est, à la base, fait pour courir, j’ai examiné dans le détail son évolution au cours des millénaires pour essayer d’améliorer mes performances.  Et si l’être humain est « fait pour courir », pourquoi a-t-il besoin de chaussures ? J’ai donc décidé de … tester cette théorie par moi-même.

Au début et sur les conseils d’un centre d’entraînement spécialisé, j’ai commencé par une sortie hebdomadaire assez courte pour renforcer pieds et chevilles. Sur ces sorties, que j’appréciais, il m’arrivait, de temps en temps, d’attraper des ampoules ou de ne pas me sentir vraiment en forme alors régulièrement je retournais à mes chaussures, craignant de me blesser avant ma prochaine course. J’ai acheté ma première paire de Vibram, des Sprint, en 2007. Il n’était plus alors question de retourner à mes anciennes chaussures et avec les VFF, j’ai également pu me lancer dans le trail « barefoot-style ».

Au fur et à mesure, je me suis rendu compte que, d’une part, toutes ces « pré-blessures » tenaces qui me pourrissaient la vie disparaissaient … en même temps que mes chaussures classiques, d’autre part, qu’au final, j’adorais ces nouveaux pieds, plus forts, plus sains et qu’en plus cela n’impactait en rien mes performances, bien au contraire, puisque j’ai établi pas mal de mes personal bests au bout de ma première année en VFF.

Le vrai barefoot m’a toujours tenté mais y consacrer un temps non négligeable alors que je dispute essentiellement des ultra-trails n’a pas de sens. Comme on dit « entraînez-vous comme vous allez courir ». Cependant, en 2009, j’ai déménagé, et je me suis retrouvé un peu loin de mes sentiers d’entraînement, surtout lors de mes sorties courtes. Alors, je me suis mis à courir sur les trottoirs … barefoot et j’ai complètement accroché. Soudain, courir sur route est redevenu passionnant et j’ai même réintégré des courses sur route à mon programme annuel.

Comment avez-vous vécu la transition vers le minimalisme ?

Je suis un chaud partisan d’une transition lente. Soit en mélangeant chaussures classiques et minimalisme. Soit en retournant à la case départ et en réapprenant à courir depuis le début. La clé du succès réside dans une adaptation progressive des tissus du pied et du bas de la jambe. Avant de songer à accroître ses kilométrages, il faut être capable de bien sentir le renforcement de son pied.

Personnellement, j’ai donc commencé par une sortie tranquille et courte en VFF chaque semaine. J’ai pu rapidement courir une quinzaine de kilomètres sans souci. Par contre, je suis ensuite resté à cette distance maxi pendant plusieurs mois pour que mon corps s’habitue à ces nouvelles sensations. Je n’ai rien changé au reste de mon programme d’entraînement – en chaussure. Ensuite, j’ai réalisé toutes mes sorties courtes en VFF, sachant que le court s’est … allongé au fur et à mesure, jusqu’à … 100 Kmiles (laugh).

Quelle a été votre première compétition minimaliste ?

Peterson Ridge Rumble, en 2008, un 60 Kmiles. Une meilleure perf sur la distance et de super sensations avec mes VFF.

Combien de compétitions depuis ?

35 ultras « minimalistes » et 14 marathons avec ou sans chaussures. J’ai couru 1 ultra et 1 marathon totalement pieds nus ainsi que 4/5 courses plus courtes, tout en poussant un landau avec mes filles dedans.

Sur une compétition, comment faites-vous le choix barefoot ou minimaliste ?

Si c’est faisable pieds nus sans risque, je pars pieds nus. Comme je l’ai dit précédemment, j’ai réalisé mes meilleures perfs durant ma première année minimaliste. Aujourd’hui, avec des enfants en bas-âge, je n’ai plus le temps de travailler ma vitesse aussi je me fixe des objectifs minimalistes que j’essaie d’atteindre.

L’entraînement ?

Difficile en ce moment avec les enfants et le boulot. J’essaie de placer mes sorties courtes dans la semaine, parfois pour me déplacer dans le cadre de mes activités. J’essaie aussi de disputer une course par mois, marathon ou ultra et réalise une ou deux autres sorties longues les week-ends. En matière de cross-training, je fais également du renforcement musculaire et du mono-cycle.

Est-ce que votre conception du barefoot, s’accompagne d’une philosophie de vie ?

Comme je l’ai déjà signalé, je suis très influencé par mes études en anthropologie. En matière d’alimentation, par exemple, j’ai également étudié l’évolution pour optimiser ma façon de manger et bien avant qu’on parle de régime paléo, j’avais déjà élaboré mon propre régime alimentaire. En matière de renforcement musculaire, je ne vais jamais en salle de musculation, tout est basé sur des mouvements naturels, de l’équilibre …

Le barefoot est-il un phénomène de mode tiré par le succès de Born to Run ?

Il y a clairement en ce moment un engouement passager qui va aller en s’essoufflant sous sa forme actuelle mais tant les résultats scientifiques qui tombent régulièrement, qu’une meilleure réceptivité du grand public, me laissent à penser que le minimalisme n’est pas prêt de s’éteindre. Mon idée est que les grands équipementiers vont en adopter les principes et mettre sur le marché des modèles qui rendent au pied sa liberté. Pour ma part, je suis le mouvement actuel et essaie, autant que faire se peut, de dispenser quelques conseils pour bien débuter et éviter les blessures.

Est-ce que vous pensez que le barefoot / minimalisme s’adresse à tout le monde ?

J’ai vu des gens qui n’arrivaient pas à courir confortablement en chaussures, être métamorphosés en … coureurs après les avoir ôtées. D’ailleurs, je ne vois aucune raison pour démarrer la course à pied en chaussures. Si vous pouvez les éviter, évitez-les.

Cela dit, je porte une attention toute particulière aux expériences des uns et des autres pour voir comment les corps réagissent. Cette approche anthropologique me donne à penser que la vaste majorité des runners pourraient courir sans chaussures. Bien entendu, certaines blessures, certains malformations, certaines conditions font que pour quelques uns, utiliser leur corps comme à l’origine de l’humanité, demeurera impossible. Mais toutes les études scientifiques récentes tendent à prouver que pour les autres, il n’y a pas de souci.

Une question qui n’est pas de saison, le barefoot en hiver ?

Courir pieds nus renforce non seulement le pied mais également nos sensations et notre capacité à courir sur tous types de surface sans inconfort. Bien que le thermomètre ne descende pas longtemps en-dessous de zéro dans l’Oregon, il m’est arrivé de courir pieds nus en hiver. Je cours dans la neige avec mes Vibram. Je fais attention, cela va de soi, pour éviter les blessures mais je ne crains pas le froid.

Quels conseils donneriez-vous à nos lecteurs désireux de se lancer dans le barefoot ?

Mettez-vous dans la peau d’un explorateur. Ecoutez votre corps. Progressez lentement, intelligemment, en faisant attention. Soyez prêts à renoncer au cas où. Et surtout, faîtes-vous plaisir !

4 commentaires sur “Interview : LEIF RUSTVOLD coureur d’ultra … barefoot”


Posté par Aurélie Le 3 juillet 2010 à 7:37

Je me suis régalée ! Mais j’ai une question bête. En fonction de mes propres calculs, 100 kmiles c’est environ 160 kilomètres. Ce qui signifierait que ce n’est qu’au dessus de 160 km qu’il chausse ses vibrams ? Cela me semble tellement stupéfiant que je me demande si ma conversion est juste…

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Posté par Vincent Le 3 juillet 2010 à 19:08

Merci pour ce très bel interview ! Effectivement, les distances sont… stupéfiantes ! !

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Posté par Val Le 4 juillet 2010 à 11:43

Splendide! Quelle sagesse dans l’apprentissage du barefoot, bel exemple sur comment amener son corps et ses pieds toute en douceur au barefoot. Je reste persuadée qu’on n’efface pas des décennies des baskets en claquant des doigts et il le confirme.

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Posté par Alexandre Le 4 juillet 2010 à 21:31

Super ! Des interviews comme ça, et sur ce sujet 😉 j’en veux plein d’autres 😉 Sinon : entre sa connaissance et son expérience du minimalisme/barefoot, son régime alimentaire, ses exercices de musculation naturelle, ses bons conseils, ses connaissances antropoligique et j’en passe, le monsieur devrait songer à écrire un petit bouquin.

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