Forest Trail 2013: récit d’un survivant….



 

forrest-trail-2013-4Il y a 4 mois je me suis inscrit au FOREST TRAIL pour un 18 km de nuit. Après confirmation de mon inscription, je me suis rendu compte que je m’étais trompé….
Hier soir je me suis donc lancé dans un 21 km de nuit avec 400 mètres de dénivelé positif.

Après 4 mois de préparation à travers différentes courses ne dépassant jamais 13 km pour la plus grande majorité, j’ai pu me rendre compte qu’un trail avait une particularité : à distance égale, on ne peut jamais se fier à un temps donné. Ainsi, il m’est arrivé de finir un trail de 10 km en 1h et un trail de 12km en 1h01.

Mes acolytes du soir pour ce trail sont comme c’était le cas pour le trail du Pastel à BALMA (celui sous la neige) Séb et Mimi (Leslie blessée sera contrainte de ne pas faire la course.)

Fort d’un temps honorable au trail du pastel 18kms en 1h56, je me dis que ce 21km pourra se courir au grand maximum en 2h15.

Je finirai cette course en 2h46.

La course : temps nuageux mais pas de pluie lorsque nous arrivons sur le site.
L’organisation est impeccable, un grand chapiteau chauffé. Séb craint de se perdre si le balisage est léger. Il n’en sera rien, puisque des éléments réfléchissants sont disposés tous les 20 mètres !
L’organisation a même pris soin de marquer d’un point rose réfléchissant les racines qui dépassent du sol ! Travail certainement colossal. Merci encore à eux.

Le départ est imminent. Ce qui est rigolo lors des trails, c’est qu’on se ressemble tous. Impossible de se distinguer. Nous avons décidé de faire le début de course ensemble avec Seb.
Mimi, elle, est inscrite au 18km
2 minutes avant le départ, tous les participants sont présents, on est tous chaud et on sait tous que le terrain va être dégueulasse. (on imagine pas encore à quel point !!!!)
Alors que tout le monde sautille sur place une averse de 2 minutes de grêle fait son apparition !!! Youpi, comme s’il n’y avait pas assez d’eau….

Bref, la musique commence à raisonner à fond, 5,4,3,2,1, go…

Comme d’habitude, ça part à fond, tout le monde essaie de se placer, il y a des bousculades, certains (qui ne connaissent certainement pas le trail) essaient d’éviter les flaques d’eau.

Très rapidement je perds Séb de vue (il ressemble à un gars qui lui-même ressemble à un autre).
On démarre sur de la route, cool, ça permet de partir vite sur un sol facile ; puis au bout de 600 m, entrée sur un sentier. On comprend bien dans quelle galère on s’est engagé ! J’accroche un petit groupe- les mecs sont tous copains-, on court à 11km/h moyen, et les mecs sont totalement détendus ! Ils sont tous habillés en K-way jaune fluo, c’est pratique je ne peux pas les perdre de vue. Les mecs sont faciles, ils discutent entre eux et j’en vois même un envoyé un sms sur son iPhone…. Plus longtemps je les collerai et plus j’avancerai à un bon rythme. Et puis courir seul la nuit, je me dis que ce n’est pas bon pour le moral.

Au bout de 2,5km, premier ralentissement et première difficulté, des trous remplis d’eau avec des descentes en rappel à l’aide de cordes, le terrain argileux a vu passer les premiers concurrents du 43 km (230 environ, plus les 100 coureurs devant moi) c’est une véritable patinoire !
Il y a déjà pas mal de chutes… je me dis que les mecs sont pas sortis de l’auberge !
On court sur un sentier un peu en pente qui est glissant au possible. Il est très difficile d’avoir de bons appuis ! Là, rebelote, un nouveau fossé à passer mais cette fois ci pas de corde. Et chute de ma part sur une perte d’appui ! Je ne passe pas loin de tacler une nana. Je m’excuse et m’entends dire que j’avais cas être patient. Un léger « qu’est ce qui t’arrive » glissera de ma bouche.
Je suis trempé et nous n’avons même pas encore fait 4 km. Le sentier à travers bois continue, chaque pas entame les cuisses, les pieds s’enfoncent largement dans un sol peu stable. Les foulées ne sont jamais vraiment assurées et la vision est limitée au faisceau de la frontale.
Et puis on déboule au 5ème kilomètre dans le village de Levignac. Ça fait du bien, nous courons sur du sol dur et on peut accélérer pour enlever l’acide lactique. Un passage sympa sous la Halle de LEVIGNAC avec un public qui nous applaudit et nous encourage ! Je ne l’avais jamais vécu et découvre que ça donne des ailes ! Je reprends donc un rythme de 12km/h sur 2 km.
Puis nous rejoignons un nouveau sentier que nous ne quitterons plus pendant 5 km. Flaques d’eau à traverser, sol plus que boueux du fait du passage de plusieurs coureurs devant. Mais je suis content, je fais toujours parti du petit groupe de copains. Un des mecs est très affuté car il continue de parler et de faire des blagues avec les autres mais aucun ne lui répond, on sourit tous. Arrivés au pied de THE côte, là, tout le monde se met à marcher. La côte fait 3,5 km et elle finira de me fracasser les cuisses. Je vois que mon petit groupe prend de la distance sur moi. J’essaie de récoler mais il reste encore 7km et je me dis que je vais me griller, un groupe de « poursuivants » n’est pas loin, je monte tranquille et me laisse rattraper.
Arriver en haut de la colline, une descente raide finit de me flinguer les cuisses (dans la montée les quadriceps et dans la descente les ischio jambiers.) Bref je sens bien que je suis sur le fil du rasoir et que je n’ai pas intérêt à déconner. La descente laisse place à de la route, nous sommes au KM 15 et je vois passer Mylène qui arrive du 18km parti 30 min après nous ! Elle est en canne, je reviens à son niveau, cours 150 m avec elle puis la laisse partir. Elle finira 3eme féminine de sa course !
Moi je ne cours déjà plus qu’à 9,5km/h.
Et de nouveau dans la foret, et de nouveau des flaques, des rivières, des descentes assistées de cordes et un passage dans une flaque d’eau qui s’avèrera être un trou puisque j’ai de l’eau jusqu’aux cuisses ! Je suis trempé, mes cuisses me brulent ! Je crains un début de crampe et mais étrangement de ce côté-là tout va bien ! Je me sens frustré car je ne suis pas du tout essoufflé mais ce sol éternellement boueux et gorgé d’eau et ces montées nombreuses laissant place à des descentes aussi douloureuses commencent à entamer mon moral… et j’ai faim !!!!! Je bois pas mal d’eau de mon Camel back et prends un des gels que m’a gentiment offert Stéphane d’i-Run.
Ça me donne un petit coup de fouet et je repars mais mon rythme est vraiment faible. Je sais que mon « mur » est à 17 km. Lors du 22km d’entrainement et du trail du Pastel du 18km, c’était déjà à 17km que j’avais eu un coup de mou. Un gars est totalement arrêté contre un arbre. Je m’arrête et lui demande si ça va… il me répond qu’il a faim et a un moment de faiblesse. Je lui propose un peu de mon gel, il me le finira… enfoiré. Je redémarre, je me sens faible niveau musculaire et décide de continuer en marchant. Ça fait un petit moment que je sais que je ne ferai plus le temps que j’avais programmé. Tout ce que je veux c’est finir et pourvoir manger quelque chose car moi aussi j’ai une grosse fringale. La fatigue est présente et chaque foulée dans la boue entame un peu plus le moral mais le mental est là.
Je ferai les 2 derniers km en courant et en marchant. Courant dans le plat et marchant dans les montées… je suis éreinté. Nous sommes dans un bois dense avec des ronces, des flaques d’eau, je cours déjà depuis 2h40. Quand enfin j’entends le micro du speaker, je décide de recourir et de finir sur un bon rythme (je fais genre… mais à 2h46, je sais que personne n’est dupe !) Qu’importe c’est enfin finit !! Je suis exténué mais heureux d’avoir serré les dents et d’avoir fini ! Je regarde ma montre, 21,8km 2h46.
Je pensais finir dans les derniers.
Finalement sur 519 inscrits, 407 coureurs finissent la course, et pour moi ce sera une 185ème place.

Le 185ème l’année dernière avait fini en 2h15… (Je suis rassuré.)

On mange la soupe, on boit de l’eau. On mange du saucisson. Mimi prend bien soin de nous. Elle est fraîche. Séb lui a chuté une dizaine de fois, s’est démis l’épaule et a paumé son dossard, mais comme moi il est heureux d’avoir juste fini ! Ce fut dur, ce fut dégueulasse bref, super souvenir !!

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