Dans la peau d’un athlète non-voyant


 

A mi-parcours de l’engagement d’AREVA dans l’athlétisme (voir le site web www.athlenergy.com) et à l’occasion de la sortie prochaine du film « La Ligne Droite » de Régis Wargnier dont AREVA est partenaire, j’ai eu la chance d’être invité à un point presse à l’INSEP en la présence de Régis Wargnier, de ses acteurs (Rachida Brakni, Cyril Descours) mais également d’athlètes AREVA (Ladji Doucouré, Teddy Tamgho et Christine Arron). Je reviendrai en détail sur ce point presse et sur le film dans les jours à venir. Mais j’aimerais d’abord évoquer la petite démonstration sur piste qui a suivi et à laquelle j’ai eu l’honneur de participer en tant … qu’acteur et non de simple spectateur.

Dans le film – dont vous avez tous entendu parler et que vous allez évidemment tous aller voir à partir du 9 mars car un film ayant l’athlé pour toile de fond c’est déjà rare mais quand celui-ci a le mérite d’être réalisé par un cinéaste réel passionné de la discipline, c’est carrément rarissime  – … où en étais-je ? Ah oui. Le film met en scène un athlète non voyant et son guide et … bien d’autres choses dont je vous entretiendrai dans un autre article.

Et c’est cette expérience d’athlète non voyant et de la relation avec son guide que j’ai eu la chance de vivre pour quelques instants. Je dis la « chance » et je pèse mes mots. Déjà, ce n’est pas avec n’importe quel guide que j’ai couru car celui-ci n’était autre que Guy Mormin, l’un des meilleurs de la discipline, multi-médaillé et, ce qui ne gâte rien, super sympa. Sachez que coordonner les gestes de deux individus aux perceptions sensorielles différentes est un véritable défi et est loin d’être évident. Mais avec Guy Mormin, pas de souci !

Allez hop, j’enfile mon bandeau.

Premier exercice : le suivi à la voix et au claquement de mains. Pas facile de se retrouver tout à coup dans le noir et de marcher sans appréhension. Les premiers pas sont difficiles. On ne sait plus où on est. Marche-t-on droit ? Est-on en train de traverser la piste ? On est au bout ?  Il faut quelques longues secondes avant de se sentir à l’aise et de suivre sans se poser de question les indications du guide.

Deuxième exercice : toujours de la marche mais cette fois en symbiose avec le guide par l’intermédiaire d’un lien étroit qui joint ma main gauche à sa main droite. Les consignes passent toujours par la voix mais également par le geste. Un tirage vers la gauche signifie qu’il faut tourner vers la gauche, idem vers la droite et on a même réussi à faire demi-tour sans encombre 🙂

Troisième exercice : le même en courant et cette fois sans appréhension car on sait que si on dévie de la trajectoire, le guide est là pour nous ramener dans le droit chemin avec la voix mais maintenant compte tenu de la vitesse plus sûrement le contact physique au travers du lien. On ne sait toujours pas où on est – sans doute sur la piste LOL – mais au final on arrive à faire une ligne droite et retour dans le même couloir alors qu’on avait eu l’impression de zigzaguer (pas évident de se priver d’un sens qu’on utilise en permanence).

Enfin, l’instant de vérité : le sprint en partant des blocks. Aïe, aïe, aïe … Avec la vue, je ne suis déjà pas très doué mais alors sans … pas facile. Malgré tout, Guy et moi avons quand même réussi à faire deux départs sans que je ne me casse la figure ! Bon, c’est sûr qu’Usain Bolt n’a pas encore de souci à se faire 🙂 Plus sérieusement, ce qui est surtout important de noter c’est que dans cette phase, la synchronisation est encore plus importante : les deux coureurs doivent partir pieds opposés et surtout avoir une coordination parfaite des premières foulées car à ces instants le lien perd de son importance.

Je dois vous avouer que cette expérience, même si je vous l’ai contée à ma manière légère habituelle, m’a marqué. Non pas tant dans son aspect technique, que je n’ai pas vraiment eu le temps d’approfondir, que dans sa dimension humaine très forte qui passe par le partage et la communion entre deux individus :  il n’y en a pas un au service de l’autre, mais deux êtres qui se complètent pour obtenir une performance qui, au départ, était loin d’être acquise.

Alors, bien entendu, après cette démo rapide, j’ai retrouvé ma vue et mes perceptions habituelles mais je me dis que grâce à Guy et aux autres guides, des personnes souffrant d’un déficit visuel ont la chance de pouvoir pratiquer l’athlétisme, qui plus est en compétition et je trouve cela génial. Merci aux guides !

3 commentaires sur “Dans la peau d’un athlète non-voyant”


Posté par VIRGINIE BATOCHE Le 1 mars 2011 à 8:00

Merci d’avoir partagé ce moment incroyable et cette expérience inoubliable je l’imagine. Je ne connais rien d’aussi fort que de cette expérience de courir en Duo. Merci encore ! Virginie

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Posté par Lutheric Le 1 mars 2011 à 9:33

Cette expérience, enrichissante et inhabituelle, est l’occasion de mettre en exergue la générosité de ces personnes qui sont au service des autres. Qu’ils soient bénévoles – et officient en ce sens via des engagements associatifs par exemple – ou salariés, il faut reconnaître que ces gens participent à l’épanouissement des laissés-pour-compte de notre société (handicapés, pauvres etc.) et apportent un peu d’humanité. De même, le fait d’aider à la réalisation d’une manifestation (course à but non lucratif etc.) ou du rêve d’une personne apporte une réflexion différente sur sa propre vie. Aussi, Fred, je t’invite à essayer l’inverse maintenant, à savoir, être le guide d’un malvoyant. Tu en retireras encore plus de leçon personnelle tu verras. En tout cas, tu signes ici un bel article, trop court à mon goût surtout sur les aspects proprioception et confiance consentie. PS : petite digression personnelle : encore une fois je me pose la question du sponsoring et de la probité intellectuelle… pourquoi faire la part belle à une entreprise antinomique de l’esprit fondamental de la course à pied (nature, air sain, espace libre etc.) ? Restez libres et indépendants.

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Posté par fredbros Le 1 mars 2011 à 10:05

Je réponds à ta question sur la « probité ». L’opération a été réalisée à l’initiative d’AREVA dans le cadre, d’une part, de son sponsoring actif de l’athlé français, d’autre part, de son support au film de Régis Wargnier. Loin de moi l’idée de promouvoir cette société ou d’en dire du mal ou même tout simplement ce que moi, à titre personnel, j’en pense, mais je me devais de préciser dans quel cadre cette intéressante opération a pu être mise en place et qui m’a invité à y participer. Je ferai de même si Biocoop ou Naturalia ou les Verts ou les Jeunes Agriculteurs ou les producteurs de vin bio (surtout eux d’ailleurs) m’invitaient à un événement sportif et ce sans donner mon opinion. Pour la longueur de l’article, je suis d’accord avec toi mais j’ai voulu le faire à chaud et dans un laps de temps ultracourt compte tenu de mes agendas professionnels et personnels. J’y reviendrai peut-être à froid dans quelques jours.

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