Chroniques Sableuses #16 partie 2


 

Chapitre 16: Le Compte Rendu. Partie 2

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6h00 Le Bivouac s’éveille

J’ai dormi, peu, mais j’ai dormi ! J’enfile ma tenue bivouac gardant la panoplie de coureur pour le grand jour, demain. Queue au petit dej et requeue pour les contrôles techniques. Ca va, c’est cool, je sais que malgré les mises en garde répétées, il n’y a aucun contrôle et puis je suis parfaitement en règle au niveau matériel comme alimentation. J’ai décidé en dernière minute de prendre les bâtons et ma seule préoccupation est de leur trouver le bon emplacement sur le sac. Dossards, transpondeur, carte de poinçonnage CP et eau, passage chez les docs tout se passe normalement, j’en profite pour tailler la causette avec un contrôleur à la sortie. C’est clair que je suis beaucoup plus détendu que l’année précédente.

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La queue pour récuperer la Sidi Ali d’avant course

Après que mes 5 camarades soient passés au contrôle on se retape la queue  pour aller déjeuner et prendre un petit thé à la caravane Sultan. Sieste, papotage, échanges tactico techniques sur la stratégie de course (genre je fonce et après je gère ou je gère tout le long) vont rythmer l’après midi jusqu’au briefing de Patrick Bauer(PB) On aide José à diviser par 2 le poids de son sac en lui expliquant qu’il s’agit d’une course où l’on porte son sac et non pas d’une randonnée culinaire avec porteur intégré. Geoffroy comprend avec inquiétude que transporter toute son alimentation dans les emballages d’origine prend beaucoup de poids et de place et commence sa quête effrénée de sachets zip locks. On discute le bout de gras avec les voisins tout n oubliant pas qu’ »un bon voisin est un voisin qui reste chez lui » selon la bonne maxime? chère à Karim Mosta J. Principe que ne doive pas connaître certaine concurrente désoeuvrée prête à vous infliger leur monologue égocentrique. Mais que voulez vous le MDS n’attire pas que des gens parfaits. Durant le speech de PB, je n’écoute pas vraiment et m’amuse à faire des photos. C’est l’occasion de voir des visages connus et inconnus et de commencer à comprendre au vu des photographes et caméras qui se postent devant elle que ma tente possède une véritable star en la personne de Gloria. Puis assez classiquement en fin de journée, la nuit tombe! C ’est le moment d’aller faire la queue pour un dernier vrai repas (de pâtes), s’en suit le rituel du soir et le « Bienvenue sous la tente 12 » versus Foued…

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Les 2 stars du MDS 2012: Laurence Klein vainqueur féminine et Goria Nasr

C’est le grand jour, ce matin on met la tenue de lumière (enfin moi je suis tout en noir ce qui n’est pas forcément le plus malin dans un pays de soleil et de chaleur…). Tout est OK. Drapeau UFO et Salsa en place sur le sac, le dossard bien visible (aucun sponsor d’AOI caché). J’ai mangé mon gatosport et à compter de maintenant je n’ingurgite que du lyo, de la poudre énergétique, mes Mulebar et mes petits plaisirs salés. Je retrouve Gloria (toujours très bien placée près d’un objectif ou d’un micro) pour la photo du chiffre 27 constituée par l’ensemble des concurrents. Direction la ligne de départ. Cette année j’ai décidé de me mettre en 2èmeligne juste derrière les champions. Comme ça, pour le fun et pour faire 10/20m à leur niveau. Je me sens un peu décalé au milieu de ces illustres coureurs, les Mohamad, Salameh, Marco, Christophe et autres, mais bon ils ont 2 jambes comme moi, le même sac (beaucoup plus léger apparemment) et la même tenue. Speech de PB. Je suis bien zen, heureux d’être là, il fait beau, pas trop chaud, je vais courir 33.8 Km dans un décor que j’adore. La sono est tendance « Afrique », je fais quelques mouvements de décontraction en rythme. Puis c’est « Highway to Hell », 5/4/3/2/1, c’est parti !

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La légende Marco Olmo

Direct après les 50 premiers mètres, que je fais dans la foulée des premiers, je me décale d’environ 10m à gauche en parallèle à l’axe de la piste. C’est ce que j’ai choisi comme stratégie (suite à l’expérience de l’année dernière) pour plusieurs raisons. D’abord de nature je suis plutôt un coureur solitaire et j’avoue ne pas être du style à papoter durant des heures avec un partenaire de course (j’en ai croisé notamment des Espagnols et des Anglais qui tchachent du départ jusque sur la ligne d’arrivée…). Ensuite cela me permet de courir et de marcher à mon propre rythme sans me laisser entraîner par un concurrent plus rapide ou à l’inverse être en sous régime. D’autre part, je trouve un terrain  plus ou moins vierge de pas donc beaucoup plus « dur » notamment quand c’est sablonneux. J’aime aussi cette impression de faire ma propre trace, de choisir mon cap et faire ce travail d’orientation (pas toujours bénéfique). C’est aussi l’impression (avec des efforts) de ne plus être dans une course avec 850 concurrents, de retrouver un  petit peu de la magie du désert et de ces paysages magnifiques. Enfin et surtout, personne ne me double et psychologiquement c’est très important même si je ne double pas non plus…Je vais garder cette méthode durant toute la semaine. Je n’ai aucun regret car elle m’aura permis de vivre de grands moments. Bien entendu, sur certains passages (montée et descentes de djebels, passage d’oueds, arrivées et départs de CP, etc.), je rejoins la piste principale et le peloton.

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C’est tout droit d’après le Road Book

J’ai regardé le Road Book (nouveau pour moi, ça), je pense pouvoir courir quasiment jusqu’au 1er CP ou je prendrais mes bâtons pour la suite de l’étape. 1h54 et 14 km après, premier poinçon sur la carte, première Sidi Ali de la course. Gloria est là et donne une interview ! Comme toutes les stars, elle commence son travail de public relation dès le début. Je récupère mes bâtons sur le sac et j’enfile les poignées. Remplissage des bidons (la moitie avec 30g d’Effinov/la moitie eau pure) et le rab en micro douche (quand on aura 2 bouteilles, j’en consacrerais quasiment 1 pour la « douche »). Je ne m’attarde pas et je prends ma Mulebar, mon sel, ma sporténine tout en marchant en direction du CP2. Je me rends compte immédiatement de l’apport des bâtons. Que je cours, que je marche c’est une véritable aide. Le travail d’appui soulage les cuisses et permet une propulsion supérieure. Dans la montée du djebel (+ de 15%) au Km 16, c’est encore plus évident et me permet de conserver mon rythme et de ne pas me faire distancer. Dans la descente, surtout quand c’est un peu technique, j’ai quatre jambes, donc un bien meilleur équilibre et la possibilité de garder de la vitesse. J’arrive au CP2 (Km 25) en 1h53. Je suis bien et le couple bâtons/chaussures me semble un bon choix. Après avoir traversé la vallée caillouteuse, j’attaque d’un bon pas la montée en sable du djebel. Ouaouh ! C’est raide, il fait chaud et c’est du sable mou ! Redescente et 3,3 Km de vallée avant l’arrivée que je franchis en 5h24’. Je suis pas mal éprouvé et il me faut du temps pour retrouver une fréquence cardiaque normale. Du CP2 à l’arrivée, j’ai un peu tapé dans la machine. Un petit thé, coucou à la webcam, je récupère les 3 bouteilles et direction la tente 12 ou se trouve Geoffroy, Amandine et Gloria qui est arrivé quasiment en même temps que moi.

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Les gamelles d’eau chauffent

Je m’installe et petit à petit je me déshabille et revêt ma tenue bivouac. Allongé sur mon matelas, les pieds  en l’air sur le sac, je sirote ma boisson de récup qui ressemble à un soda à l’orange (Amino d’Effinov+Vee) tout en grignotant des noix de cajou et des minis saucissons. Elle est pas belle la vie ! Plus tard, j’enlève les chaussettes et je constate les dégâts ! Depuis le CP1, je ressentais un échauffement sur chaque pied et bingo j’ai une belle ampoule (2 épaisseurs de doigt) bien symétrique sur le côté à l’avant de chaque pied et une chtiote sur un orteil. Déjà je ne ferais pas mieux que l’année dernière sur ce plan là (1 ampoule sur l’arrière du pied sur tout le MDS). Je me soigne (perçage, éosine)  on va laisser sécher jusqu’ à demain. Entre temps Foued est arrivé, puis José  blessé assez gravement semble t’il et qui part direct chez les docs. Déjà la veille, il ne semblait pas très confiant, visiblement pas à l’aise, arrivé ici un peu hors sujet et surpris par le contexte. La queue pour les mails, puis arrive l’heure de faire du feu avec le bois ramené par notre  GI Joe (Geoffroy). On chauffe l’eau des gamelles, chacun découpe son fond de bouteille, y verse un succulent lyophilisé (aujourd’hui c’est bœuf bourguignon au menu !) Le facteur passe et c’est ce moment si agréable de la lecture des mails d’encouragements. Il est 20h00, l’heure du journal TV et pour nous l’heure de se coucher. Bonne nuit Foued…

Frank/Dossard 201


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