C’est pour cela que je cours !



 

Allez encore un peu plus haut ! Je sais bien qu’il faudra revenir par le même sentier et que tout le temps rajouté dans la montée sera plus dur encore quand il faudra finir la sortie tout à l’heure…. Mais encore dix petites minutes, juste dix petites minutes. Je vais juste à ce contrefort pour admirer le point de vue… Je vois bien que le ciel est plus proche, que la végétation se fait plus rare, que la montagne se dégarnit… Je ne peux pas en rester là. Il faut que j’aille voir tout en haut… Tant pis pour le trajet retour, tant pis si les jambes vont m’en vouloir tout à l’heure. Mais pour le moment, je suis bien. Dans une sorte d’euphorie animale… Un samedi pas comme les autres. Sur le GR 20 corse dans un petit endroit reculé de la Balagne. Ce n’est pas encore la saison. Il n’y a pas la foule donc et c’est tant mieux. Il fait pourtant déjà chaud. J’ai enlevé le tee-shirt. Le petit vent frais qui circule passe sur ma peau comme un gant d’eau bienfaitrice. J’ai cette sensation unique et éphémère de ne faire plus qu’un avec les éléments qui m’entourent. Juste un short et mes baskets. Une impression de liberté que l’on ne retrouve dans aucun autre sport. Pas de machine, pas d’appareil. Juste moi et la nature. Moi et la montagne. Pas de MP3 non plus. La musique me transcende parfois mais là j’ai le sentiment qu’il faut aussi savoir écouter, discuter peut-être avec son environnement. Comment aurais-ju pu entendre le vent, le frémissement des arbres, le gazouilli du ruisseau…. et mon souffle aussi? Comment aurais-je pu entendre les gens discuter bien au-dessus de moi ou bien quelques chèvres égarées me laissaient le passage?
Je suis bien ici tout simplement. Je regarde attentivement où je dois poser mes pieds. Je me sens léger. J’en profite donc d’une petite foulée régulière et motivée. Je sais que si je bondis d’un rocher sur l’autre, je risque de le payer un peu plus tard. Je sais qu’il ne faut pas gaspiller trop d’énergie dans certains passages et qu’il faut savoir se faire plaisir quand c’est plus plat aussi… Je stoppe quelques secondes au pied d’une cascade. J’y trempe la tête. Frissons immédiats. Ce qu’il y a de bien quand on court ainsi en pleine nature, seul ou presque, dans cette immensité, c’est que tous vos ennuis, toutes vos préoccupations s’envolent d’un coup. Vous ne pensez plus qu’à l’instant présent. Vous regardez devant vous. Juste un peu plus haut et vous vous dites : « il faut que j’arrive là ! ». Pas plus pas moins. Et cela suffit à votre bonheur. Je pense aussi à Kilian dont on parle tant et je me dis qu’il a bien de la chance de pouvoir gambader ainsi toute la journée sur tous les sentiers du globe. Je me dis aussi que ma Quest à moi est ici, que je suis en train de la vivre et que j’aimerais ainsi qu’elle ne s’arrête jamais. Que les années qui passent et qui s’abbatent sur mon corps, ne m’empêchent jamais d’aller encore un peu plus loin, un peu plus haut sur ses sentiers. Mes sentiers. C’est dans ces moments-là que je me dis que je suis heureux d’être en vie, sur cette terre et que l’on a pas besoin d’autre chose pour qu’il en soit ainsi… Je pense aussi que je ferais tout pour transmettre cette valeur, au moins cette valeur là, à ma petite fille…. Mais j’arrive enfin au sommet. A 1260 mètres…. Il faut penser maintenant à redescendre. A redescendre sur Terre aussi !!

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