L’Aller-Retour sur la doyenne ou ma rencontre avec la 180/#5


 

Chapitre 5

Le simple fait de pénétrer au Flore vient me rappeler que j’ai bien quitté le cocon de la 180, pour rejoindre le monde plus impitoyable de la Saintélyon. Avant de pouvoir rentrer dans la salle de restaurant je dois faire la queue jusqu’à un un clown (oui un gars qui est déguisé en clown) et qui empêche quiconque d’aller plus loin tant que celui ci ne sera pas inscrit en bonne et due forme à la pasta party. Holà! Je viens de faire 75 Km, en compagnie de 20 personnes avec qui on a partagés des moments intenses, dans un environnement magnifique, et là je n’ai ni la tête, ni les jambes prêts pour ce type de servitude. Après avoir négocié avec le clown, je peux passer et là je découvre que le restaurant est envahie par une une multitude de gens. Quel choc, moi qui  croyais que l’on serait simplement entre nous. Après un rapide tour de la salle ou les personnes attablés me regardent d’un drôle d’air, du genre: « C’est qui lui? Déjà tout équipé (je n’ai pas quitté ni gants, ni bonnet, ni le sac…), il a l’allure de celui qui a terminé la course avant d’en avoir pris le départ?», je décide d’activer le plan B, c’est à dire celui qui consiste à passer par chez moi. Arthur et les autres arrivent à leur tour, j’en profite pour récupérer mon dossard, le superbe livre et je m’échappe vite fait.

5 mn de voiture plus tard, me voilà à la maison. Je passe sous la douche et après avoir mangé un plat de pâtes que nous a préparé Véronique (Théo est déjà passé par la case «Maison»), au calme dans mon lit, je m’octroie  20 mn de sieste. J’en profite pour recharger ma montre, mon téléphone, la batterie de la Go Pro et vider la carte mémoire Il me reste 1h30 que je vais passer dans mon canapé, devant l’élection de Miss France. Certes, on peut discuter de la pertinence du choix du programme TV (qui en l’occurrence n’est pas le mien), par contre c’est d’une efficacité garantie pour la récupération. Je tente d’effacer au maximum les traces physiques et morales de cette première partie de la course, de mettre de côté toutes les émotions, les ressentis, les efforts. Je dois me conditionner sur le fait que tout démarre maintenant, que tout ce qui s’est déroulé durant la journée doit être rangé et oublié momentanément. Physiquement ça va, pas de lassitude, ni de douleurs musculaires, je n’ai pas de traumatismes et mes pieds sont dans un état impeccable. Je respire profondément pour évacuer toutes les tensions ou le stress,il faut que je me présente au départ aussi neuf physiquement et mentalement que possible.

23h00, je me prépare tranquillement, nouveau slip Thuasne, une 1ère couche avec un maillot Raidlight, par dessus le Winter Trail toujours de chez  Raidlight et enfin la veste Speed Trail Lafuma. J’ai apprécié sa qualité et ses performances durant ces 75 Km, notamment pour sa protection conte le vent et le froid. C’est une veste très respirante et très légère, vraiment un très bon produit. Pour le bas, je délaisse le collant Lafuma pour un 3/4 Skin plus compressif et j’enfile des boosters BV Sports. Une nouvelle paire de chaussettes Compressports et je rechausse les Hoka Mafate. Le confort, l’amorti notamment sur la route, ont été vraiment appréciables, je n’ai eu aucun souci d’adhérence, ni de maintien. Leur bonne portance et l’»oversize» m’ont aidé dans les parties neigeuses ou gelées. Un Buff tout propre sur la tête, je peux installer mon arme fatale, la lampe frontale Ferei HL 20. Je vais utiliser un autre sac, le Quechua 10L, plus petit et léger que le Salomon. J’y range la 2 ème batterie double durée de la Ferei, un maillot et une paire de chaussettes, les chaines «Turttles» , la Led Lenser offerte à Ste Catherine et mon bidon de 600ml rempli du mélange Effinov + eau. Les points de ravitaillements étant plus nombreux, je préfère la solution du bidon beaucoup plus facile à remplir. Je laisse tomber les guêtres (pas de neige profonde, très peu de zones boueuses), je range mon téléphone, je réinstalle la Go Pro,me voilà prêt!

23H45, je dépose mon sac à la consigne. Un flot de coureurs s’écoule du hall B, on se laisse porter avec Véronique par cette vague qui se dirige vers le départ. Cette pause à la maison a été bénéfique, j’ai pu recharger les accus, autant ceux de mon matériel que les miens, je suis détendu, serein, sans stress. C’est dommage de n‘avoir pas pu partager ce moment avec mes partenaires de la 180, mais au vu de l’agitation qu’il y avait au Flore, je ne crois pas que cela aurait pu être convivial et dans l’esprit de ce que l’on a vécu ensemble durant cette journée. J’essaye de voir si je ne retrouve pas quelqu’un, qui serait reconnaissable grâce au sticker que l’on a collé sur notre sac, mais dans cette foule de plus de 7000 coureurs ce serait vraiment un miracle de tomber sur un des 20 participants. Je quitte Véronique pour pénétrer dans le sas, je dois être à 100m environ  de la ligne du départ, je me glisse jusqu’au milieu de l’avenue. Avec tout ce monde serré les uns contre les autres monde, il ne fait pas froid du tout.

H-10 mn, je papote avec mes voisins qui font la Saintélyon pour la première fois. Ils demandent ce que signifie l’autocollant 180? Mais je n’ai pas l’impression que mes explications les convainquent, jusqu’à ce qu’un gars derrière moi s’exclame » Bravo! Tu fais partie de ces 20 fous furieux.» Ils me regardent alors différemment et cela me donne un sentiment bien agréable. 5 mn avant le départ, la tension monte d’un cran, blotti au milieu de cette marée de coureurs je regarde à droite, à gauche, derrière, j’écoute les sons, les cris, la musique, je m’imprègne de cette atmosphère  du départ de la Saintélyon. C’est quelque chose d’unique et qui fait le charme de cette course ou l’on revient toujours malgré le monde et des conditions de course toujours particulières. Minuit, cette foule qui trépigne, ces frontales qui s’allument, ces émotions et ces sentiments que l’on ressent à travers les regards inquiets ou concentrés, c’est çà la Saintélyon. Le speaker chauffe la «salle» , certains crient, d’autre sautillent sur place, la sensation jubilatoire d’en être, de participer à l’aventure, monte en moi. Quand on cours c’est pour vivre cela, se sentir vivant, avec toute cette énergie qui bouillonne en nous. Ce sont des moments forts et rares, qu’il faut savourer et parfois c’est difficile avec le stress du départ. Mais là, je suis dans ma bulle, calme, détendu, serein et déterminé, je peux en profiter totalement.

imgres-2Le temps limite de 15h pour rejoindre l’arrivée me semble une barrière horaire plutôt cool. Bien sur il va falloir parcourir 75 Km, affronter le froid, le verglas, les longues parties bitumées, la foule des coureurs (ce qui peut vraiment devenir un problème avec les embouteillages) les chutes. Mais Jean Francois souhaite 100% de finishers et puis Théo et son équipe sont là pour nous filmer, il est donc impossible que je n’aille pas au bout. Etrangement, plutôt que de m’inquiéter, le fait d’avoir parcouru le trajet dans la journée me donne plutôt un sentiment de confiance. Je l’ai fait en 12h avec plaisir et sans dommage, pourquoi le retour ne se passerait il pas dans les mêmes conditions?

5-4-3-2-1-0. Ca y’est c’est parti pour cette 60ème édition de la Saintélyon, ma 5ème participation et ma 1ère en version Aller-Retour!

 

 

 

 

 

A suivre…

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